Manger, le restaurant où l'on partage

Dans le 11e arrondissement de Paris se cache un restaurant gastronomique pas comme les autres. Sous les lumières tamisées qui éclairent un décor raffiné, travaillent des personnes en réinsertion professionnelle à qui Thierry Monassier a décidé de faire confiance et de donner une chance.

1. Le chef William Pradeleix veille à ce que tout soit en place. ©Xavier Remongin

Présentation des assiettes, accueil, service en salle, à première vue rien ne change au restaurant Manger... à une exception près. Parmi les petites mains se trouvant en cuisine, quatre paires d’entre-elles appartiennent à des personnes en réinsertion professionnelle, une volonté du patron Thierry Monassier pour qui la cuisine est affaire de transmission.

Cette aventure, c’est « un projet de vie » et même « un acte citoyen » pour l’instigateur du projet qui a créé l’association Toques et Partage, dont est issu ce restaurant solidaire. Après avoir travaillé 30 ans dans la restauration, il a souhaité transmettre sa passion pour ce domaine afin d’en assurer la pérennité. Soucieux de donner une chance à ces personnes qui ont décroché du système traditionnel à cause de vies faites « d’échecs sociaux ou scolaires », il s’attache dans son restaurant à « recréer un climat de confiance qu’ils n’ont jamais connu ou qu’ils ont perdu ».

L’apprentissage d’un métier

Ce sont des personnes « motivées », à qui l’on apprend le métier de cuisinier. « On leur fait toucher et goûter des produits qu’ils n’avaient jamais goûtés, des produits de luxe » explique Pascal Bonsignon, l’encadrant technique et cuisinier chargé de faire le lien entre ces personnes et le personnel. Ils apprennent à travailler des produits de saison, car dans le restaurant, rien n’est congelé. Cette expérience leur permet aussi de travailler sous les regards des clients grâce à une cuisine ouverte.

Si certains d’entre-eux demandent plus d’attention, ils ont tous un point commun, l’envie d’y arriver. « On les mets aux mêmes postes pour qu’ils se sentent accepté », ils « veulent apprendre et prennent des photos et des notes » souligne Pascal. Une motivation récompensée par la venue de chefs comme Christophe Michalak, champion du monde de pâtisserie, qui viennent montrer leurs plats et la façon de les préparer. Pour l’encadrant, « c’est une source d’inspiration ».

Un premier pas vers la vie active

Si cette expérience au restaurant, d’une durée de six mois à deux ans maximum, leur permet de faire un premier pas dans la vie active, l’intérêt est de les porter un plus loin en les aidant à passer d’autres étapes. C’est dans cette optique que l’association Toques et Partage leur offre des livres afin qu’ils puissent passer un CAP de cuisinier et obtenir un diplôme. « On essaie de leur transmettre la passion du métier et de leur montrer que si on a l’envie, il y a des moyens d’évoluer » souligne William Pradeleix.

Un avenir que Thierry Monassier voit grand, et c’est dans toute la France qu’il espère recréer son modèle. En plus accessible, certes, comme des bistrots ou des cafés, mais toujours avec le cœur sur la main.


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