« Maintenir l’équilibre économique de l’exploitation en baissant l'utilisation de produits phytosanitaires demande plusieurs années »
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr
Diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires ne se fait pas du jour au lendemain. Ludovic Joiris, céréalier dans l’Essonne, s’est tourné vers l’agriculture de conservation en 2003. Et depuis, chaque année, il fait des essais, pour arriver à son objectif : préserver la biodiversité, enrichir la fertilité de son sol, réduire voire ne plus utiliser de produits phytosanitaires, mais sans mettre en danger la rentabilité économique de son exploitation.

« Tester de nouvelles méthodes, comme ne plus utiliser de glyphosate, est un pari sur l’avenir. Lorsque qu’une culture est semée, il faut patienter jusqu’à la récolte pour voir le résultat, par exemple 10 mois pour le blé. En agriculture, le cycle est d’un an. Sur une carrière on ne peut faire que 30 à 40 tests. Ainsi, depuis 7 ans, dans mon blé, je plante du trèfle blanc nain qui étouffe les plantes nuisibles, ce qui me permet de réduire de moitié les désherbants, notamment le glyphosate. Aujourd’hui seulement, je commence à en voir les premiers bénéfices, il m’a fallu plusieurs années pour trouver la bonne combinaison entre les deux plantes. Trop de trèfle, je perds en récolte de blé. Pas assez de trèfle, je dois utiliser des phytos.


Actuellement, je fais des tests, j'essaye de supprimer le glyphosate, Sauf que dans mon champ de blé, il reste toujours des petites herbes que je dois enlever pour ne pas diminuer les rendements. Mon problème c’est d’enlever ces mauvaises herbes sans recourir au glyphosate, avec un procédé qui reste dans un coût acceptable, et qui n’abime pas la vie la vie du sol. C’est ça l’équation. Être agriculteur, c’est travailler avec du vivant. En fonction des parcelles, du climat, nous pouvons avoir de belles surprises comme des mauvaises. »

L'agroécologie demande de repenser tout le système économique de l'exploitation

Ludovic Joiris pratique l’agriculture de conservation depuis 2003. « Pourquoi ne pas laisser les plantes et les vers de terre travailler le sol ? Les galeries qu’ils creusent permettent de le structurer et de maintenir la matière organique d’une année sur l’autre », raconte-t-il.
Sur son exploitation céréalière de 288 hectares, il alterne les cultures pour diminuer les insecticides, il diversifie les variétés de céréale pour réduire les fongicides et cultive des plantes diverses et variées entre les récoltes pour limiter les désherbants.

« Je cultive du lin avant le colza pour assécher la terre et repousser les limaces. Je mélange plusieurs variétés de blé qui sont résistantes à différents champignons, pour empêcher leurs proliférations », détaille-t-il.

L’autre étape pour Ludovic Joiris est de trouver des débouchés économiques pour ces nouvelles plantes :  le lin, mais aussi  le chanvre ou la cameline qu’il utilise pour enrichir le sol. Il a donc spécialement conçu un atelier de transformation pour en faire de l’huile, des savons ou des farines, qu’il vend sur les marchés. En prenant le temps d’expliquer aux consommateurs, cette complexité du vivant.

 


Partager les expériences réussies grâce au réseau Dephy

Ludovic Joiris fait partie du réseau Dephy dans le cadre du programme Écophyto pour développer des systèmes agricoles réduisant l’usage des produits phytosanitaires. Ce réseau lui permet de chiffrer et partager ses améliorations en termes de biodiversité et de réduction des produits phytosanitaires auprès des autres membres. Il recense par exemple aujourd’hui 220 vers de terre au mètre carré dans ses sols et observe une augmentation des rapaces qui ont accès à plus de nourritures.

Voir aussi