À Mafate (La Réunion), un Projet alimentaire territorial pour redonner sa place à l'agriculture
Jean-François Bègue / Parc national de La Réunion

Le Projet alimentaire territorial « Planté pour manzé » de Mafate fait partie des 31 lauréats de l’édition 2018-2019 du Programme national pour l'alimentation. Ce  PAT, porté par le Parc national de La Réunion, veut redynamiser un territoire où l’agriculture a été peu à peu abandonnée avec l’arrivée du tourisme.

La beauté de l’île de La Réunion attire plus de 500 000 visiteurs par an dont environ 100 000 à Mafate. Situé sur le territoire du Parc national de La Réunion, ce lieu isolé fait partie des « Pitons, cirques et remparts », inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. Ici pas d’hôtels, pas de routes, mais 140 km de sentiers escarpés et des gîtes qui font le bonheur des randonneurs. « Le cirque de Mafate est constitué de plusieurs îlets séparés par de grandes failles et accessibles, parfois, par 4 ou 5 heures de marche. Historiquement, c’est un lieu refuge, où les habitants ont toujours dû s’adapter aux conditions de milieu du fait de l’isolement et de la difficulté d’accès », décrit Jean-Philippe Delorme, le directeur du Parc national de La Réunion. Jusqu’au début des années 80, Mafate était un espace très autonome dans sa production agricole, qui avait su organiser une agriculture très inventive, très adaptative mais avec la demande touristique et la facilité d’approvisionnement par l’hélicoptère, une partie de la population a basculé sur l’économie touristique, abandonnant l’agriculture.

Le Projet alimentaire territorial part d’un constat : la mauvaise alimentation de la population. Les Mafatais se nourrissent essentiellement de produits achetés sur le marché, souvent de basse qualité, comme par exemple les poulets importés, ce que le parc national déplore. « L’alimentation locale est devenue très normée et n’a rien à voir avec le lieu. Il faut ré-ancrer l’offre alimentaire dans le territoire à travers une agriculture redynamisée », explique Jean-Philippe Delorme. Intégrer l’économie agricole à l’économie touristique reste un grand défi mais l’objectif majeur est de développer une qualité d’alimentation locale et d’en faire bénéficier les touristes dans la mesure du possible. « Avec ce PAT, nous travaillons sur le circuit court, la reconquête de friches agricoles, la redynamisation de la culture vivrière sur un plan alimentation-santé-territoire. Il y a une agriculture mafataise à réinventer en revalorisant une tradition culinaire et un savoir-faire perdu », souligne le directeur du Parc national.

Des études sont menées afin de connaître le potentiel agricole, d’identifier les réservoirs en terme de semence, de retrouver le parcours technique à mettre en place notamment pour les cultures dites oubliées et les planter à une échelle suffisante. Les premières cultures test devraient démarrer en juin 2019. En parallèle, une étude des populations est réalisée pour évaluer celles en activité et celle privée de travail.

Le Projet alimentaire territorial doit recréer à terme du lien entre les activités et redonner un rôle à chacun sur le territoire. Il s’agit d’un outil qui peut permettre, comme le démontre l’exemple mafatais, une relocalisation de l’alimentation dans les territoires ultramarins, objectif central visé par le Livre Bleu Outre-Mer, issu des Assisses des Outre-mer.