Les vétérinaires, acteurs de la santé publique

Quel lien entre santé animale et santé humaine ? Alors qu’un nouveau virus fait actuellement son apparition dans certains élevages français, alimgouv revient sur le dispositif de surveillance de la santé des animaux de nos fermes. Dispositif au cœur duquel on trouve un métier : celui de vétérinaire. Interview du premier d’entre eux : Jean-Luc Angot, Directeur général adjoint de l’alimentation au Ministère de l’agriculture.

Quel est le lien entre santé des animaux et santé des hommes ?

Jean-Luc Angot : Né pour soigner les animaux, le vétérinaire s’est peu à peu intéressé aux maladies transmissibles à l’homme (zoonoses), puis à celles transmissibles par le biais de l’alimentation. La notion de sécurité sanitaire de l’alimentation est née au XIXè siècle. Aujourd’hui 60% des maladies de l’homme sont d’origine animale, c’est dire l’actualité de la conception française originelle du lien santé animale/santé humaine ! Les vétérinaires jouent un rôle de préservation de la santé des hommes au travers de celle des animaux, en somme de santé publique. Les services vétérinaires sont reconnus par la Banque Mondiale comme un bien public international depuis 2001 et doivent, à ce titre, constituer une priorité en termes d’investissements publics. Les pays en développement sont aidés pour développer, voire mettre en place leurs services vétérinaires, sur la base de normes de gouvernance et de qualité fixées par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

En quoi la France est-elle un modèle en matière de santé publique vétérinaire ?

J.L. Angot : La France est reconnue pour la qualité de sa formation et pour l’excellence de son dispositif sanitaire dans lequel les vétérinaires jouent un rôle primordial. Notre approche est en effet globale : des contrôles sont effectués par les services vétérinaires sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Dans d’autres pays, agriculture d’une part et alimentation-santé de l’autre sont cloisonnées, alors que la vision globale est fondamentale ! Il est par exemple utile, lorsque l’on inspecte des viandes dans un abattoir, de savoir ce qui s’est passé au sein de l’élevage et durant le transport.

Comment s’organise la surveillance sanitaire en France ?

J.L. Angot : Grâce aux “sentinelles” que sont les vétérinaires et les éleveurs, notre organisation repose sur un réseau de surveillance très performant qui permet de détecter précocement les foyers de maladie et de réagir très rapidement. Il faut savoir que lorsque l’on dépense 1 euro en prévention, il en faudrait 5 pour lutter contre la crise une fois celle-ci déclarée.

Quels sont les enjeux de ce début de siècle ?

J.L. Angot : Les changements climatiques et la mondialisation des échanges font apparaître de nouvelles maladies. A l’heure actuelle, nous avons à peu près une nouvelle menace sanitaire tous les ans, contre une tous les 15 ans dans les années 70 ! Notre dispositif est performant, mais il doit sans cesse s’adapter à ces nouveaux défis. C’est tout l’enjeu des états généraux du sanitaire, qui se sont tenus en 2010 et ont découlé sur un plan en 40 actions, dont la création d’une plateforme d’épidémiosurveillance pour renforcer encore le dispositif de prévention. Cette plateforme, mise en place en octobre dernier, fédère l’ensemble des acteurs de la santé animale (publics et privés) sur le territoire français. Toutes les données sont mises en commun par les différents partenaires, ce qui permet de mettre en place un dispositif de surveillance adapté. Nous avons aujourd’hui un bon exemple de son efficacité avec le virus Schmallenberg, qui est un virus émergent et pour lequel la France a mis en place un dispositif de surveillance performant.

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