Les experts alim'agri : comment lutter contre l'antibiorésistance ?

Comment limiter l'usage des antibiotiques dans les élevages et lutter contre l'antibiorésistance, qui menace la santé humaine et animale ? À travers le plan Écoantibio, le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation a mis en place des actions concrètes pour relever le défi majeur et mondial que représente la perte d'efficacité des antibiotiques, due à l'antibiorésistance. Notre expert, Stéphane Larréché, chef du bureau des intrants et de la santé publique en élevages, nous explique tous les enjeux de ce plan et les résultats de sa mise en place depuis 2012.

Qu'est-ce que l'antibiorésistance ?

Stéphane Larréché : L'antibiorésistance est la résistance des bactéries aux antibiotiques. Elle vient d'un usage des antibiotiques en trop grande quantité ou d'un mauvais usage des antibiotiques qui génère de la résistance et rend l'antibiotique inefficace. Cela en fait évidemment un enjeu de santé majeur, qui concerne à la fois l'homme, l'animal et l'environnement.

Quelles mesures ont été mises en œuvre pour limiter le recours aux antibiotiques ?

SL : Le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation a lancé le premier plan Ecoantibio, en 2012, avec l'objectif de faire reculer l'antibiorésistance. Nous avons donc mis en place des mesures, d'une part incitatives - qui s'appuyaient sur la formation des éleveurs et des vétérinaires - et des campagnes de communication comme « Les antibiotiques, pour nous non plus, c'est pas automatique » ou « Nourri, logé, vacciné » pour la promotion des vaccins. Nous avons également instauré des mesures réglementaires pour restreindre la prescription, en médecine vétérinaire, d'antibiotiques que l'on souhaite absolument préserver pour l'homme.

Le succès a été au rendez-vous puisqu'au bout de 6 ans, l'exposition des animaux d'élevage aux antibiotiques a diminué de 39%. Et pour les antibiotiques que l'on souhaite réserver pour l'homme, les résultats sont encore plus spectaculaires puisqu'on atteint le chiffre de 90%. Ces excellents résultats sont notamment dus à l'engagement des professionnels - vétérinaires et éleveurs- dans le plan Ecoantibio.

Comment poursuivre la lutte contre l'antibiorésistance ?

SL : Aujourd'hui, il faut poursuivre les efforts pour inscrire ces bons résultats dans la durée. C'est tout l'objet du plan Ecoantibio II, lequel apporte des nouveautés par rapport au plan Ecoantibio I notamment avec une nouvelle campagne de communication « Les antibiotiques, comme il faut, quand il faut » mais aussi la mise en place de bonnes pratiques pour améliorer l'hygiène en élevage, pour sécuriser les élevages contre des maladies animales mais aussi pour respecter le bien-être animal. Ce plan Ecoantibio II s'intéresse aussi au développement d'alternatives aux antibiotiques.

Enfin, la France a obtenu des négociations avec l'Union européenne que des mesures visant à avoir un usage prudent des antibiotiques soient imposées aux pays tiers qui souhaiteraient exporter des denrées alimentaires vers l'Europe.

Le plan Ecoantibio et la lutte contre l'antibiorésistance s'inscrivent pleinement dans la transition agroécologique. C'est un ensemble de démarches vertueuses, qui participent au développement d'une agriculture durable.

« One Health, une seule santé »

Chaque année en France, on estime que 12 500 décès humains sont liés à une infection par une bactérie résistante aux antibiotiques. En médecine vétérinaire, les objectifs chiffrés fixés par le premier plan Ecoantibio sont en passe d'être atteints : sur les quatre premières années du plan (2012-2015), l'exposition des animaux aux antibiotiques a reculé de 20% (les données de 2016 seront connues au second semestre 2017).

L’approche « One Health » considère aujourd’hui que la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont interconnectées et forment un tout. Ces trois santés sont impactées par la perte d'efficacité des antibiotiques vis-à-vis de bactéries pathogènes. L'antibiorésistance est un phénomène naturel amplifié par l’administration abusive ou inopportune, tant en médecine humaine que vétérinaire, d’antibiotiques, et potentiellement aussi par la circulation de bactéries antibiorésistantes via l’environnement. C'est pourquoi la lutte contre l'antibiorésistance est un défi à relever sous une approche « One health, une seule santé ».

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