Les agriculteurs, gardiens de la biodiversité en milieu agricole
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
En France, l’importance des surfaces agricoles explique les liens particulièrement étroits qui existent entre l’agriculture et la biodiversité dans ses trois dimensions : la diversité génétique, celle des espèces et celle des écosystèmes. Les agriculteurs possèdent, par leurs pratiques, les clefs du maintien de la biodiversité en milieu agricole, biodiversité qui est un outil au service d’une agriculture économiquement performante et respectueuse de l’environnement.

Par exemple, les nombreuses techniques de biocontrôle et de lutte biologique facilitent la préservation et même le renforcement de la biodiversité en milieu agricole ; les infrastructures agro-écologiques (haies, arbres, bosquets, etc.) favorisent la présence d’êtres vivants variés, en particulier divers auxiliaires culture pour lutter contre les parasites et les ravageurs ; et les pollinisateurs permettent d’assurer le rendement de nombreuses productions végétales. La diversification à l’échelle des couverts et des parcelles cultivées se traduit quant à elle par l’allongement des rotations et notamment l’introduction des légumineuses contribuant à une réduction de l’utilisation des intrants.

Il est donc indispensable de préserver et de renforcer la biodiversité dans les systèmes agricoles pour valoriser au mieux les services écosystémiques essentiels qui y sont associés.

Pratiques agricoles et biodiversité

Observatoire agricole de la biodiversité (OAB)

Créé en 2009 à l’initiative du ministère de l’agriculture, l’Observatoire agricole de la biodiversité (OAB) a pour objectif de combler le manque d’indicateurs de suivi de l’état de la biodiversité en milieu agricole et de rendre les agriculteurs plus sensibles à ses enjeux.
Initié dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité, il s’agit d’un programme de sciences participatives qui impliquait, en 2018, plus de 400 exploitations agricoles et près de 1 200 parcelles. De nombreux organismes, variés (chambres d’agriculture, lycées agricoles, associations locales) animent des réseaux régionaux. Les agriculteurs participants utilisent différents protocoles (sur les papillons, les invertébrés terrestres, les vers de terre et les pollinisateurs) puis transmettent leurs observations au muséum national d’histoire naturelle, qui assure l’animation nationale en lien avec l’APCA et le ministère de l’agriculture.

Pour en savoir plus :

RMT Biodiversité et Agriculture

Le réseau mixte technologique (RMT) « biodiversité et agriculture », labellisé pour la période 2014-2018, a pour objectif de contribuer au développement et à la promotion de systèmes agricoles respectueux de l’environnement, fondés sur la biodiversité et les régulations naturelles qu’elle favorise, afin de répondre aux grands principes de l’agro-écologie.
En réponse aux politiques actuelles (projet agro-écologique, stratégie nationale pour la biodiversité, etc.), ce RMT doit constituer une plate-forme nationale de référence sur les liens entre la biodiversité et l’agriculture. Grâce à la diversité de ses partenaires, le RMT vise à devenir un lieu d’interactions et de partage entre acteurs évoluant dans des sphères encore cloisonnées.

Pour en savoir plus :

PAC et biodiversité

La PAC soutient les pratiques agricoles favorables à la biodiversité, en particulier les mesures de verdissement (par exemple le dispositif des surfaces d’intérêt écologique), la conditionnalité (par exemple la préservation des haies) et le développement rural avec les mesures agro-environnementales et climatiques, le soutien à l’agroforesterie et le financement de mesures de protection des élevages concernés par la présence de grands prédateurs.

Agroforesterie

L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant arbres et cultures ou pâturages. Contrairement à certaines idées reçues, la cohabitation entre arbres et cultures au sol ne nuit pas à la productivité des terres ; au contraire, elle l’améliore en augmentant leur fertilité et la biodiversité environnante. Il s’agit donc de pratiques très productives puisqu’elles utilisent au maximum le potentiel des sols.

Journée nationale agroforesterie

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet agro-écologique, le ministère de l’Agriculture, en collaboration avec le réseau mixte technologique (RMT) « AgroforesterieS » (cf. infra), organise des journées nationales. La dernière a eu lieu le 18 décembre 2018 et a porté sur le thème « Agroforesterie et changement climatique ».

Pour en savoir plus :

RMT AgroforesterieS

Le RMT « agroforesterieS » concerne le développement des systèmes agroforestiers, modèles associant arbres et systèmes de production agricole. Il permet de consolider et coordonner les synergies entre les acteurs de la recherche, du développement et de la formation. Il synthétise et porte à connaissance les résultats des travaux systémiques et thématiques liés à ces pratiques. L’animation, financée par le Casdar, en est assurée par la chambre d’agriculture du Loir-et-Cher.

Agriculture et paysage

L’agriculture tient une place importante dans la qualité et la diversité des paysages français. Le rôle des agriculteurs dans la création et la gestion des paysages a d’ailleurs été reconnu dans la loi d’orientation agricole de 1999. La loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014 confirme la prise en compte des paysages dans les politiques agricoles. Un exemple en est le renforcement de la préservation des espaces agricoles.
La qualité des paysages ruraux est toutefois menacée par le phénomène de l’étalement urbain qui déstructure les paysages, par certaines pratiques agricoles qui tendent à les banaliser ou par des phénomènes de déprise agricole qui les ferment.
Les orientations données à l’agriculture pour qu’elle contribue au développement durable des territoires remettent au cœur du projet agricole la question de la restructuration du paysage comme outil pour mettre en place des systèmes de production agricole orientés vers l’agro-écologie en valorisant des ressources naturelles et humaines locales. Le paysage contribue à la qualité du cadre de vie des populations. Il joue en outre un rôle majeur dans l’attractivité touristique de nos régions.

Ressources génétiques [niveau national]

Les plantes cultivées, les animaux d’élevage, les organismes aquatiques, les essences forestières, les micro organismes et les invertébrés – soit des milliers d’espèces et leur variabilité génétique – forment le tissu de la biodiversité sur lequel repose la production agricole et alimentaire.

L’évolution future de l’agriculture et la sécurité alimentaire mondiale dépendent de la possibilité pour les agriculteurs, les sélectionneurs et les chercheurs d’avoir un accès facile à ces ressources génétiques nécessaires afin d’affronter les nouveaux enjeux agricoles et environnementaux, en particulier le changement climatique.

Au niveau national, la gestion et l’utilisation durable de cette diversité est soutenue dans le cadre de la politique agricole commune et du projet agro-écologique. Par ailleurs, la loi biodiversité de 2016 a mis en place une réglementation sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation (APA).

Pour en savoir plus :

Biodiversité à l’international

Au niveau international, le ministère de l’Agriculture est impliqué activement dans les travaux de différentes instances, qui concernent soit la biodiversité de manière générale, soit la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture :

  • la commission des ressources génétiques pour l’agriculture et l’alimentation (CRGAA) de la FAO constitue la seule enceinte permanente où les gouvernements peuvent examiner et négocier des questions intéressant particulièrement la biodiversité  pour l’alimentation et l’agriculture. Elle a pour but de parvenir à un consensus international sur les politiques assurant la conservation et l’utilisation durables des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation.
  • mettre en place un système mondial permettant de fournir un accès facilité aux matériels phytogénétiques aux agriculteurs, aux sélectionneurs de végétaux et aux scientifiques ;
  • s’assurer que les bénéficiaires partagent les avantages qu’ils tirent de l’utilisation de ces matériels génétiques avec les pays d’où ils proviennent.
  • la conservation de la biodiversité ;
  • l’utilisation durable des espèces et des milieux naturels ;
  • le partage juste et équitable des bénéfices issus de l’utilisation des ressources génétiques.
  • le protocole de Nagoya un protocole additionnel à la convention sur la diversité biologique qui précise les modalités d’application de son troisième objectif.

Conciliation entre les activités agricoles et les espèces et espaces protégés

Avec 51% et 31% des surfaces de la France métropolitaine, l’agriculture et la forêt jouent un grand rôle dans la préservation de la biodiversité. L’Union européenne et le ministère de l’agriculture financent, au travers de la PAC (verdissement, mesures agro-environnementales et climatiques, etc.), des pratiques agricoles tendant à une meilleure préservation de la biodiversité (agroforesterie, agriculture biologique, etc.). Au travers de ces aides, le ministère de l’agriculture contribue aussi à la conservation d’espaces (parcs, zones Natura 2000, zones humides, prairies permanentes, trame verte et bleue, etc.) et d’espèces protégés (Plans nationaux d’action notamment).

Parmi les espèces protégées juridiquement au niveaux européen et français, le loup, l’ours, le lynx et le vautour fauve sont celles qui interfèrent le plus avec les activités agricoles, en particulier le pastoralisme. L’État met en œuvre les mesures afin de concilier au mieux leur présence pérenne avec l’élevage. La politique de l’État repose notamment sur un fort investissement du ministère de l’Agriculture et de l’Union européenne dans le soutien financier de la protection des troupeaux

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