Cépages résistants : l’innovation agronomique au service de la viticulture
Pascal.Xicluna/Minagri.fr
Depuis 2011, des expérimentations sont conduites dans certains départements pour développer des variétés de cépages moins vulnérables aux maladies. Les agriculteurs volontaires peuvent participer à ces recherches en implantant sur leurs exploitations des parcelles expérimentales. Les premiers bilans sont attendus entre 2017 et 2020.

Rendre la vigne plus résistante aux maladies fongiques, c’est aussi une façon de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires. En 2008, dans le cadre du premier plan Ecophyto, des expérimentations ont ainsi été initiées en ce sens, avec le concours de l’Inra et de FranceAgriMer. Elles sont en cours dans plusieurs départements du bassin méditerranéen. Les Chambres d’agriculture de l’Aude et de l’Hérault ont notamment impulsé la mise en place de parcelles expérimentales et l’achat de premiers plants de vigne étrangers résistants. Des initiatives qui font rimer recherche scientifique et travail de terrain.

Obtenir des vignes moins vulnérables : mode d’emploi

Les maladies fongiques qui atteignent les vignes sont dites « cryptogamiques ». Dans la plupart des cas, il s’agit du mildiou et de l’oïdium, à l’origine d’importants ravages sur les exploitations. Depuis le XIXe siècle, des programmes d’hybridation ont été imaginés pour créer des variétés de cépage naturellement plus robustes. Aujourd’hui, alors que la réduction des traitements phytosanitaires est un objectif prioritaire fixé dans le cadre du plan Écophyto II, les viticulteurs s’intéressent de plus en plus aux avancées des chercheurs agronomes dans ce domaine. Un intérêt mutuel, puisque les expérimentations in situ sont également le meilleur moyen pour les scientifiques de valider leurs travaux.

Concrètement, il existe deux méthodes pour créer de nouvelles variétés :

  • le bouturage : des mutations intéressantes peuvent apparaître naturellement dans les populations de vigne. Il suffit de bouturer les plantes pour conserver ces mutations.
  • la reproduction sexuée : on sème un pépin qui est le résultat d’un croisement, naturel ou volontaire, entre deux géniteurs. On obtient alors une nouvelle plante, originale, distincte des deux parents, mais qui combine leurs caractéristiques.

Objectif : 30 nouvelles variétés d’ici 2025

La méthode de reproduction sexuée porte essentiellement sur la Vitis vinifera (ou vigne cultivée). Il s’agit de la principale variété de vigne utilisée par les agriculteurs, en raison de ses qualités gustatives remarquables. Cependant, il existe, à l’état naturel, d’autres espèces non utilisées pour la production de vin. Certaines d’entre-elles ont l’avantage d’être bien plus résistantes aux maladies cryptogamiques. Par série de croisements, il est possible d’obtenir une plante combinant les caractéristiques de plusieurs espèces pour concilier goût et résistance. C’est dans cette logique que sont menées les expérimentations actuelles.

Entre 2012 et 2014, 6 cépages d’origine allemande partiellement résistants ont ainsi été plantés dans l’Aude et l’Hérault. Dans le Var, 3 autres cépages « expérimentaux » ont été implantés en 2014. Par ailleurs, une nouvelle série, d’origine asiatique, cette fois-ci, est également testée depuis 2015. Les suivis agronomiques et œnologiques de ces expérimentations sont assurés par les Chambres d’agriculture, avec le soutien de France AgriMer. 

L’objectif est d’évaluer leur "Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale"(VATE, cet acronyme donne également son nom au protocole expérimental utilisé). L’objectif annoncé par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) est ambitieux : inscrire d’ici 2025 une trentaine de nouvelles variétés plus résistantes de raisins rouges et blancs.

Des expérimentations sur le terrain

Le protocole expérimental VATE permet de renforcer le travail collaboratif entre les chercheurs et les agriculteurs. Une dimension qui répond aux principes issus du plan Ecophyto, notamment « favoriser l’innovation et développer les interactions entre tous les acteurs ». Les viticulteurs souhaitant participer à ces expérimentations peuvent adresser un « Dossier exploitant » à France AgriMer. Ils pourront alors implanter sur leur exploitation une parcelle de vignes expérimentales. Le retour d’expérience sera pris en compte lors de la restitution des bilans d’expérimentation qui seront rendus publics entre 2017 et 2020. Les agriculteurs participants pourront, soit utiliser des cépages étrangers résistants déjà élaborés, soit implanter de nouvelles innovations variétales développées par l’INRA. Une façon de décloisonner la recherche tout en impliquant les viticulteurs.

 

Voir aussi