HARAS DU PIN

Chez tous les peuples on a écrit sur l'amélioration de la race chevaline. Les auteurs latins, grecs, italiens, allemands, anglais et français ont aidé à la prospérité de leur nation en démontrant aux hommes d'Etat combien le cheval est utile, indispensable même.

La production de cette race intéresse spécialement le commerce : de plus, elle s'allie intimement aux progrès de l'industrie agricole et, dans certains cas extrêmes, elle peut devenir pour la nation un gage de sécurité.

Sous le règne de Henri IV, le ministre Sully avait compris l'importance de l'améliora-
tion de la race chevaline : à cette époque, les chevaux français furent très renommés pour le service de la guerre et des chasses. Le résultat prospère de l'élève du cheval permit alors au roi d'envoyer à Elisabeth, reine d'Angleterre, quarante étalons français et un nombre assez considérable de poulinières, qui durent certainement contribuer au perfectionnement de la race britannique.

Le ministre Colbert sentit toute l'importance de l'heureuse pensée de Sully et chercha, par tous les moyens en son pouvoir, à continuer le perfectionne-
ment de la race chevaline et à en augmenter les produits. Il publia notamment sur les haras un règlement par lequel il était défendu à tout propriétaire de livrer à la reproduction des chevaux entiers qui n'auraient pas été

 

reçus par les inspecteurs des haras.
Cette mesure ne tarda pas à produire d'excellents résultats. Malheureusement, les guerres qui eurent lieu pendant les dernières années du règne de Louis XIV détruisirent un grand nombre de chevaux.

Des poulinières, en quantité considérable, furent prises pour les besoins de l'armée : leur absence influa d'une manière désastreuse sur nos espèces chevalines, qui dégénérèrent rapidement.

La pénurie devint telle alors qu'on fut obligé d'avoir recours à l'étranger pour les remontes d'un grand nombre de régiments. Les importations qui eurent lieu à cette époque coûtèrent plus de 100 millions, et, en outre, se firent dans de très mauvaises conditions.

C'est alors que s'imposa la nécessité de réorganiser les haras sur une grande échelle. Des commissaires spéciaux furent nommés, et le roi conçut le projet de créer un établissement modèle.
La Normandie, la province de France la plus riche en prairies et en pâturages, celle qui de tout temps s'était distinguée par la quantité et la qualité de ses chevaux, était tout indiquée pour y fonder cet établissement.
Le Pin, placé au centre de la production, fut choisi comme le lieu le plus convenable. On acheta le domaine à M. de Béchameil, marquis de Nointel, conseiller d' Etat ; on y adjoignit une partie de la forêt d' Exmes, et en 1714, d'après les plans exécutés sur l'ordre de Colbert et soumis à l'approbation de Louis XIV, le Haras du Pin fut commencé.