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Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr

19 septembre 2022 FAQ

Foire aux questions : Le vaccin, une piste à explorer pour lutter contre l’influenza aviaire

Lors du Conseil européen des ministres de l’agriculture le 24 mai 2022, l’ensemble des ministres de l’agriculture des États membres de l’UE se sont entendus pour engager des travaux dans le domaine de la vaccination contre l’influenza aviaire.
Dans cette démarche, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaires a initié en mai 2022 une expérimentation destinée à tester des vaccins sur des palmipèdes pour les protéger de l’influenza aviaire. L’objectif est de disposer de preuves scientifiques quant à l’efficacité et l’intérêt de la vaccination face au virus. Les premiers résultats de cette étude sont attendus fin 2022 avant un bilan global prévu au premier semestre 2023. Les données récoltées seront portées au niveau européen pour permettre l’élaboration d’une stratégie vaccinale en France et en Europe contre l’influenza aviaire.
La France ne s’engagera pas seule dans la vaccination sans avoir le soutien des autres États membres de l’Union européenne (UE) et des garanties des pays tiers quant au maintien des marchés.

  • Aucun vaccin n’est disponible à l’heure actuelle pour lutter contre l’influenza aviaire hautement pathogène chez les palmipèdes. Le seul vaccin autorisé aujourd’hui en France (Nobilis) vise le virus H5N2 chez les espèces Gallus gallus (poules) et n’est donc pas efficace contre les souches circulant actuellement ; il est utilisé pour vacciner les oiseaux de parcs zoologiques lorsque les conditions ne permettent pas de les mettre à l’abri.

    L’expérimentation lancée en France consiste à acquérir des données sur la capacité de deux vaccins à protéger les palmipèdes et à limiter l’excrétion et la diffusion du virus. L’étude est conduite sous contrôle de vétérinaires, de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, de l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et des services de l’Etat.

  • Les deux vaccins sélectionnés sont ceux des laboratoires Ceva Santé Animale et Boehringer Ingelheim.

    Plusieurs financeurs sont mobilisés pour accompagner l’expérimentation : l'Etat et les conseils régionaux de Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Pays de Loire et Bretagne sont les principaux contributeurs. Le CIFOG (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras) et les deux laboratoires qui fournissent les vaccins participent également. Le coût total ne sera connu qu'en fin d'expérimentation car il dépend majoritairement du nombre de lots de canards testés et du nombre d'animaux par lot.

  • Les sites dans lesquels les lots de canards sont mis en place sont répartis dans 4 départements du sud-ouest.
    Point important : les animaux vaccinés n’entreront pas dans la chaîne alimentaire et seront ainsi euthanasiés en fin de période d’élevage. Les éleveurs volontaires bénéficieront d’indemnisations afin de couvrir tous les frais liés à l’élevage des animaux, et aux pertes économiques induites par l’absence de production.

     

  • L’expérimentation a pour objectif de disposer d’informations chez le canard concernant :

    • la réponse immunitaire induite et la capacité à réduire l’excrétion virale,
    • la capacité de ralentissement de la transmission des virus.

    L'étude comprend deux phases correspondant chacune à l’un de ces deux objectifs.
    La première phase est réalisée sur le site d’élevage. Des animaux sont vaccinés et leur réponse à la vaccination est étudiée pendant les 12 à 13 semaines d’élevage. Des prélèvements virologiques et sérologiques sont réalisés pour respectivement :

    • détecter d’éventuels virus influenza circulant dans les élevages suivis ;
    • et mesurer la réponse immunitaire dans ces élevages.

    La deuxième phase est réalisée dans les animaleries confinées du Laboratoire national de référence de l’Anses à Ploufragan (LNR). Des animaux vaccinés seront transférés vers le LNR et se verront administrer du virus influenza hautement pathogène. Cette étape a pour objectif d’évaluer le niveau de réplication et la durée d’excrétion du virus d’épreuve chez les canards préalablement vaccinés.
    En termes de calendrier, les premiers résultats de l’expérimentation sont attendus d’ici la fin de l’année 2022 et un rapport sera produit pour le premier semestre 2023.

     

  • La France n’est pas le seul Etat membre de l’Union européenne (UE) à tester des vaccins : les Pays-Bas et la Hongrie, par exemple, ont aussi lancé des expérimentations vaccinales sur leur territoire.
    Au niveau des instances européennes, le sujet est clairement identifié dans l’ordre du jour des sujets de santé animale. Des conclusions du Conseil de l'UE relatives à la vaccination contre l'IAHP ont été adoptées le 24 mai 2022 et les chefs des services vétérinaires des différents pays européens réunis à Paris le 15 juin ont convenu d'une feuille de route pour les rendre opérationnelles. Quatre volets sont prévus :

    • Disposer de toutes les données nécessaires sur le plan scientifique et épidémiologique (évaluation des risques, outils de modélisation, essais de vaccination) ;
    • Disposer de vaccins efficaces et sûrs ;
    • Définir les politiques publiques appropriées (règles de surveillance, stratégie de vaccination, communication...) ;
    • Engager un dialogue international sur la vaccination contre l’influenza aviaire.

    Au plan international, la question de la vaccination est portée par l'Union européenne auprès de l'Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). Le sujet sera discuté au niveau technique lors de la 30ème conférence de la commission régionale de l'OMSA qui se tiendra à Catane (Sicile), début octobre. Puis, le sujet devrait être évoqué lors de la session générale de l'OMSA en mai 2023.
    Un important exercice de pédagogie et de sensibilisation sera conduite auprès des pays tiers qui souvent craignent que des animaux vaccinés ou des produits animaux exportés ne véhiculent le virus à leur insu et contaminent des élevages. A titre d’exemple, le Japon, les Etats-Unis et le Canada interdisent formellement ce type d’importations à l’heure actuelle.

    La feuille de route de l’UE doit permettre - dès lors que les résultats seront au rendez-vous - d’apporter toutes les garanties aux pays tiers pour lever leur défiance ou leurs craintes.
     
    C’est dans ce cadre global que s’inscrit l’expérimentation vaccinale conduite en France.