Des dépendances moins visibles
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La question de la souveraineté alimentaire ne se limite pas aux volumes de denrées alimentaires importées ou exportées chaque année. Elle se joue aussi dans les moyens de produire au quotidien dans les fermes. Deux exemples l’illustrent bien : l’alimentation animale et les engrais azotés, deux piliers indispensables de notre production agricole. Sur ces deux fronts, la France est dépendante des pays tiers… mais des marges de manœuvre existent pour aller vers plus d’autonomie.
Pois, féverole, soja : vers plus de protéines françaises
Avant de vendre de la viande, des œufs ou du lait, il faut nourrir les animaux. Pour leur apporter les protéines nécessaires, les éleveurs utilisent notamment des tourteaux de colza, de tournesol ou de soja. C’est sur ce dernier que notre dépendance est la plus forte : la France en importe massivement, notamment du Brésil, des États-Unis ou d’Argentine, qui en sont les principaux exportateurs au niveau mondial.
Pour gagner en autonomie, l’État soutient depuis 2020 le développement des protéines végétales françaises : soja, pois, féverole, lupin ou encore luzerne. L’objectif est de doubler les surfaces en plantes riches en protéines d’ici 2030. En juillet 2026, un nouvel appel à projet doté de 10 millions d’euros est venu renforcer cette stratégie. Il vise à accélérer les progrès génétiques sur les légumineuses afin d’obtenir de nouvelles variétés plus productives, plus résistantes, et plus rémunératrices pour les agriculteurs.
Engrais azotés : sécuriser les récoltes de demain
Indispensables à la croissance des plantes, les engrais leur apportent les éléments nutritifs – principalement azote, phosphore et potassium – dont elles ont besoin pour produire en quantité et en qualité. Sans eux, les rendements des grandes cultures comme le blé, l’orge ou le colza sont fortement réduits.
Mais cette ressource stratégique est aussi une source de vulnérabilité. La France importe une part importante des engrais azotés qu’elle utilise – ammonitrate, solution azotée, urée… – et reste donc exposée aux variations de prix comme aux risques de rupture d’approvisionnement. Leur fabrication dépend fortement du gaz naturel : une hausse du coût de l’énergie se répercute directement sur celui des engrais. Les crises récentes, de la guerre en Ukraine aux tensions au Moyen-Orient, ont ainsi perturbé les marchés internationaux et provoqué de fortes hausses de prix, avec un impact direct sur les charges des exploitations agricoles.
Répondre à l’urgence, préparer l’avenir
Pour aider les exploitations en difficulté, le Gouvernement a annoncé au début de l’été 2026 un plan d'urgence de 145 millions d'euros destiné à soutenir les achats d'engrais et à sécuriser les récoltes en 2027. Il prévoit une aide de 50 € par tonne d'engrais azotés simples achetés entre le 1er juin et le 31 décembre 2026, portée à 70 € par tonne pour les exploitations les plus exposées.
Cette réponse immédiate s'accompagne d'une stratégie de long terme : développer les cultures de légumineuses, qui sont capables de fixer l’azote, mieux valoriser les effluents d’élevage comme alternative naturelle aux engrais, mais aussi favoriser la construction de nouvelles usines de fabrication en France. L'objectif : renforcer durablement la résilience et la souveraineté de l'agriculture française sur le front de la fertilisation.
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