Clément Crété, pépiniériste : « le Plan de Relance est fait pour nous »
Xavier Remongin/agriculture.gouv.fr
À la tête d’une pépinière lauréate de la mesure investissements productifs dans la filière graines et plants du volet forêt bois du plan de relance, Clément Crété explique comment les financements obtenus vont lui permettre de moderniser son outil de production, réduire la pénibilité du travail de ses équipes, et s'adapter face au changement climatique.

Entreprise familiale créée en 1976, les pépinières Crété, situées dans la Somme (Hauts-de-France), revendiquent une identité et un savoir-faire ancrés sur le territoire. « Nous faisons un métier de terroir qui demande une connaissance des plantes et du secteur pour conseiller au mieux nos clients. Nous cultivons cet attachement à la terre. »

Avec ses parents, créateurs de l’entreprise, et son frère Pierre, Clément Crété gère une pépinière de reboisement de 65 hectares sur laquelle sont produits des plants forestiers et bocagers. En plus de la production des plants, ils assurent des chantiers de reboisement forestiers et agricoles. L’entreprise intervient majoritairement au nord du bassin parisien et cultive une production de pleine terre essentiellement constituée de feuillus forestiers : chêne, hêtre, châtaignier et peuplier.

En décembre 2020, les pépinières s’agrandissent grâce à l’acquisition de 25 hectares supplémentaires, introduisant la rotation au sein des cultures et garantissant une augmentation des capacités de production qui s’est déjà concrétisée par l’embauche de cinq personnes. « Le plan de relance nous permet de transformer l’essai : nous allons rapidement pouvoir réaliser des projets d’investissements qui en temps normal auraient pris plusieurs années. »

S’adapter face au changement climatique

« Nous arrivons à un moment où il faut faire face à une forte demande : il y a un réel besoin de replanter. »  En réponse à ce besoin grandissant, des investissements matériels doivent être réalisés pour augmenter la production tout en garantissant la qualité et la résistance des plants, de plus en plus en proie aux aléas climatiques. « Nous vivons sur des terres limoneuses, qui n’ont pas de besoins importants en eau. Malgré tout, depuis une dizaine d’années, nous faisons face à des aléas climatiques – épisodes de gel tardif, fortes chaleurs – qui mettent à mal les capacités de production.
La création de bassins et de réservoirs d’eau de pluie va venir compléter l’arrosage naturel via une irrigation en cas de chaleurs trop importantes. C’est le plan de relance qui va nous permettre d’investir dans du matériel d’irrigation. »

Renforcer et créer des infrastructures

Augmenter la production ne peut être possible sans une augmentation des capacités de tri et de stockage de la pépinière : « les productions sont semées et cultivées en pleine terre. Lors de la chute des feuilles, alors que les plants ont un à deux ans, ils sont déterrés, triés et calibrés en fonction des normes en vigueur. Nous avons besoin d’une salle éclairée et isolée pour calibrer et conditionner les plants, puis les acheminer sur le chantier de reboisement ou en chambre froide. Grâce au plan de relance, nous pouvons créer une seconde salle de tri et une nouvelle chambre froide : nous allons travailler dans de meilleures conditions. »

Moderniser les outils de production

Les conditions de travail sont au cœur des préoccupations de l’entreprise : « c’est un métier très valorisant : on plante des arbres ! Mais les conditions sont particulières, c’est physique et difficile. Quand on les affronte avec du matériel performant, on est plus serein. Avoir des outils réduisant la pénibilité du travail, c’est aussi un gage de fidélisation des salariés. »

Dans le cas des activités de reboisement de l’entreprise, cela passe par l’acquisition de matériels de préparation de sol, comme la mini pelle – engin de chantier utilisé pour réaliser des travaux de terrassement et d’excavation – figurant au catalogue des équipements éligibles du Plan de Relance. « Avant, il fallait dix coups de pioche pour planter un arbre. Grâce à la mini pelle, deux à trois coups suffisent. En plus de préserver la santé de nos collaborateurs, cela améliore la qualité d’implantation des arbres. »

Répondre à une demande croissante d’essences plus résilientes

Les effets du réchauffement climatique sur les forêts imposent aux pépinières d’adapter les essences pour les rendre plus résilientes. Selon Clément Crété, c’est près de 50% de la liste des arbres de la région qui va évoluer : « la demande en hêtre va décliner tandis que le chêne sessile va devenir une valeur sûre, tout comme le chêne pubescent. »

En parallèle, la demande s’intensifie, notamment encouragée par la mesure de reboisement des forêts françaises du plan de relance qui permet aux propriétaires forestiers, publics et privés, de bénéficier de financements : « on essaie d’anticiper l’augmentation des commandes qui devraient notamment concerner les forêts domaniales du nord de la France, comme les forêts de Compiègne et d’Eu. » L’objectif : doubler la production actuelle et passer de 500 000 à 1 million de plants d’ici 4 ans.
 

Soutien à la filière graines et plants

Cette mesure fait partie du plan de reboisement des forêts françaises et de soutien à la filière bois, doté de 200 M€.
Par ce soutien de 5,5 millions d’euros, le plan France Relance vient en renfort des pépiniéristes forestiers et entreprises de reboisement, deux maillons essentiels de l’amont de la filière bois-forêt face au défi du renouvellement forestier. Celui-ci implique de mobiliser les pépiniéristes sur la production d’un nombre croissant de plants d’essences diverses tout en accompagnant les reboiseurs dans la conduite des chantiers de renouvellement.

Au total, 97 lauréats (pépinièristes et entreprises de reboisement) bénéficient de la mesure.