Bella, star du Salon, fierté de la Savoie
26/02/2014
Dans la vallée de la Haute-Maurienne où elle réside, le choix de Bella comme égérie du Salon de l’agriculture 2014 est vécu comme une véritable aubaine. Plus que jamais, c’est un rendez-vous à ne pas manquer pour promouvoir une agriculture savoyarde basée sur l’entretien des territoires et les produits de qualité. Reportage.

REPORTAGE - Dans la vallée de la Haute-Maurienne où elle réside, le choix de Bella comme égérie du Salon de l’agriculture 2014 est vécu comme une véritable aubaine. Plus que jamais, c’est un rendez-vous à ne pas manquer pour promouvoir une agriculture savoyarde basée sur l’entretien des territoires et les produits de qualité.

Il suffit de pousser quelques portes pour réaliser à quel point, ici, au cœur de la Savoie, les destins des hommes et des animaux sont intimement liés. La race de vache locale, la tarine – ou tarentaise, au choix – passe tout l’été en pâturage, empêchant ainsi la forêt de gagner du terrain et de détruire les précieuses pistes de ski qui font venir les touristes l’hiver. Le lait, que Bella et toutes ses congénères produisent, est utilisé pour fabriquer le fameux Beaufort AOP, emblème du pays qui régale bien au-delà de la Savoie. En somme, toute l’économie de la vallée semble reposer sur ce triptyque « territoire, animal, produit » qu’ici tout le monde vante. C’est cette histoire que les hommes qui en sont les acteurs ont prévu d’aller conter à Paris. Alors, la vallée s’organise pour sélectionner le meilleur, la crème de la crème de ce que cette montagne peut enfanter. 

 Des vaches d’abord. En ces premiers jours de janvier, Émilien Odouard avale des kilomètres de lacets au volant de sa voiture. En tant que technicien de l’organisme de sélection qui gère la race au quotidien, il a la délicate mission de sélectionner les quinze heureuses élues qui représenteront fièrement la tarentaise à Paris, aux côtés de Bella. La tâche est sérieuse ; les sélections, drastiques. « Il s’agit de choisir les bêtes les plus en cohérence avec les objectifs définis collectivement, et que les éleveurs cherchent à atteindre, chaque jour de l’année », explique Émilien. Est-ce « l’effet Bella » ? Il y a eu un regain d’inscriptions cette année. Après avoir effectué un premier tri sur papier, en fonction de la productivité de chaque candidate, ce fils d’agriculteurs stéphanois tombé amoureux de la montagne prend le temps d’aller les voir, une par une. Il visitera ainsi plusieurs dizaines d’élevages pour dénicher les championnes. Pas question d’envoyer à Paris une vache dont les qualités morphologiques ne correspondent pas précisément aux standards de la race !Émilien scrute chaque vache, note tout. « Les qualités morphologiques que nous recherchons ont toutes une justification technique », commente-t-il. Pour espérer concourir, il faut ainsi « des aplombs solides et une ligne de dos rectiligne pour les longues marches en montagne, des mamelles équilibrées et bien attachées pour la traite, un bassin large pour un vêlage facile, un bon développement au niveau du flanc pour bien valoriser le foin… », énumère Émilien, qui apprécie également « l’harmonie globale de l’animal ». Sur le papier, pour un novice, tout cela a l’air simple. « En réalité, il faut en général plusieurs années pour qu’un élevage qui fait de la sélection atteigne le niveau nécessaire pour prétendre envoyer une vache à Paris », commente le technicien au sortir d’un élevage, comme pour s’excuser de n’avoir retenu aucune bête. « Et puis une vache pour Paris, ça se prépare : il faut la bichonner, la nourrir un peu plus dans les mois qui précèdent le salon pour que sa robe soit bien soyeuse et ses flancs bien développés », confie-t-il.

Ce travail de longue haleine, qui requiert patience et savoir-faire, on le retrouve également quelques mètres en contrebas de l’élevage de Bella, à la Coopérative laitière de Haute-Maurienne Vanoise. Ici, on collecte le lait d’une quarantaine d’éleveurs de la vallée pour fabriquer du Beaufort AOP, et on espère bien décrocher cette année une médaille au Concours général. La dernière date en effet d’une dizaine d’années, avant que la coopérative ne rénove intégralement son atelier de transformation, puis sa cave d’affinage, en 2009. Des mises aux normes « qui ont chamboulé le fragile équilibre microbiologique nécessaire à la fabrication de cette matière vivante qu’est le fromage », explique David Patton, le directeur. Année après année, il a ainsi fallu reconquérir la qualité, trouver des solutions aux problèmes liés aux nouveaux équipements : équilibrer la saumure, améliorer l’air ambiant de la cave… Pas sûr que les consommateurs aient noté la différence, mais les jurés du Concours général agricole ne s’y sont pas trompés ! Aujourd’hui, la coopérative pense avoir retrouvé le chemin de l’excellence, et rêve d’une nouvelle médaille. On la lui souhaite, à elle et aux quinze vaches qui accompagnent Bella, soigneusement sélectionnées par Émilien. Car, ici, que les trophées soient attribués aux vaches ou aux produits, ils rejailliront sur toute l’économie de la vallée. Pour le plus grand bonheur de ses habitants.

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