À la recherche des blés du futur
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L’un des grands défis de l’agriculture sera de disposer, dans les années à venir, de variétés de céréales résistantes au dérèglement climatique. À Crouël, près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), les équipes de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) participent à cet effort de recherche sans précédent, entre sélection variétale, génotypage et tests en situation réelle dans les champs.
Sans conteste, le blé est la céréale qui nous est la plus familière. Domestiqué il y a 10 000 ans dans le croissant fertile, entre le Tigre et l’Euphrate, il a évolué au fil d’hybridations naturelles et de sélections variétales, volontaires ou non, réalisées chaque année par des générations d’agriculteurs. À partir des années 1950 et de la « révolution verte », cette sélection a gagné en technicité, en précision. Le contexte était alors celui d’un climat stable et globalement prévisible, où la recherche du meilleur rendement était la priorité absolue.
Le changement climatique, avec ses menaces, est venu chambouler ce paradigme. « Notre objectif, désormais, est de développer des plantes ayant un bon rendement mais aussi robustes, adaptées aux températures élevées ou au manque d’eau, car on sait grâce aux rapports du GIEC(1) que ces contraintes vont s’accentuer dans les années à venir », confirme Jérôme Salse, directeur de l’unité de recherche INRAE dédiée à l’étude de la génétique, diversité et écophysiologie des céréales (ou GDEC). « Le blé qu’on cultive aujourd’hui ne sera peut-être pas adapté aux contraintes de 2050. » Sur le site de Crouël, les recherches portent sur le blé, l’orge, mais aussi l’avoine, le seigle et le triticale.
Des outils et des compétences au service de la recherche
Pour tester des croisements entre espèces, les chercheurs peuvent piocher dans le conservatoire des ressources biologiques (CRB) de Crouël, sorte de bibliothèque vivante rassemblant près de 17 000 blés et 6 600 orges différents, originaires du monde entier. Une collection précieuse, conservée à +4°C et 30 % d’hygrométrie, qui se révèle un atout formidable : le blé de demain, conjuguant résistance au stress hydrique et bons rendements, naîtra peut-être d’un croisement entre une variété moderne et une autre « oubliée », qui n’est plus en usage aujourd’hui.
Génotypage et phénotypage : les deux facettes de la recherche
Pour trouver les bons croisements entre variétés, la génétique est incontournable. L’ADN de la plante est sa carte d’identité : il est possible d’identifier les gènes responsables du rendement, de la teneur en protéines, de la résistance à la chaleur, à certaines maladies… C’est le rôle de la plateforme Gentyane, installée sur le site de Crouël. « Avec 15 milliards de nucléotides, l’ADN du blé est une véritable encyclopédie ! », détaille Charles Poncet, responsable de la plateforme. « Nous avons ici des outils de pointe pour décrypter le génome, aller y chercher des éléments précis qui nous intéressent : l’information génétique n’a d’intérêt que si elle est liée à un caractère observable ensuite sur le terrain. » Cette richesse génétique est plutôt une bonne nouvelle : la combinatoire est infinie, et tous les croisements n’ont pas été testés, loin de là.
Après le génotypage en laboratoire, l’autre facette de la recherche est le phénotypage, autrement dit l’observation en situation réelle. Si dans un blé donné, on identifie un gène de tolérance à la chaleur, comment ce gène va-t-il s’exprimer dans le champ ? La plateforme Pheno3C, emmenée par Laurent Falchetto, assure ce travail de test. Des dizaines de variétés de blé tendre, blé dur, orge ou triticale sont semées sur une centaine d’hectares, puis soumises à des conditions diverses : stress hydrique (on prive la plante d’eau pendant plusieurs mois grâce à de grands parapluies mobiles), mais aussi réaction à un taux de CO2 élevé dans l’air, qui est aussi une caractéristique du climat de demain.
La recherche, une affaire internationale
Comme le rappelle Jérôme Salse, la recherche d’INRAE sur la sélection variétale des céréales ne se fait pas en vase clos : dans cette course contre la montre, personne ne peut jouer dans son couloir. « Dans la recherche, tout est fait en collaboration nationale, européenne, internationale. Nous avons des partenaires historiques en Europe, comme l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, mais aussi au-delà, États-Unis, Chine, Australie… » Tout le monde est sur le pont, car l’urgence est là : « Il faut dix à douze ans de recherche pour développer et commercialiser une nouvelle variété de blé. Pendant ce temps-là, les contraintes climatiques s’accentuent. Il faut donc aller vite, et être pertinent dans nos choix. »
Le blé Géopolis, une innovation signée INRAE
Inscrit au catalogue des variétés de blés en 2025, Géopolis est le résultat d’un travail de recherche de longue haleine. Pour l’inscrire, il a fallu prouver par de nombreux tests qu’il apportait un bénéfice significatif en termes de résistance aux maladies, de rendement, de teneur en protéines… Sa mise sur le marché s’est faite par l’intermédiaire d’Agri-obtentions, une filiale d’INRAE. L’espèce est protégée par un certificat d’obtention végétale (COV), sorte d’acte de propriété qui reconnaît le travail du sélectionneur tout en garantissant la liberté de travail de l'agriculteur.
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