Ukraine

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Contexte agricole et relations internationales

Ce qu'il faut retenir

L'Ukraine possède de fortes potentialités agricoles,à la fois par la dimension de sa surface arable et par la richesse intrinsèque de ses terres noires (tchernoziom), mais son agriculture souffre d’un manque d’efficacité, au niveau administratif et logistique autant que dans l’organisation de la production, dans un contexte de dualité contrastée entre quelques centaines de très grandes exploitations et des millions de petites exploitations de semi-subsistance.

Même si la production a fortement chuté après l'indépendance en 1991, en particulier dans l'élevage, le secteur agricole demeure une richesse majeure de l'Ukraine. A la différence de la Russie, l'Ukraine dégage un excédent commercial pour les produits agroalimentaires de près de 9 Md€ améliorant d'autant une balance commerciale structurellement déficitaire. Les principales exportations sont les céréales (notamment le maïs) et l’huile de tournesol. L'Ukraine est dorénavant un concurrent sérieux de la France pour les exportations de céréales vers le Proche et Moyen-Orient.

Les échanges bilatéraux de produits agricoles entre la France et l'Ukraine sont favorables à l’Ukraine depuis 2006, en raison des exportations d'huile de tournesol qui représentent plus des 2/3 des exportations totales ukrainiennes vers la France.

Le marché du foncier agricole, sujet très sensible politiquement, fait l’objet d’un moratoire qui interdit toute vente de terrain agricole. Une réforme foncière annoncée en 2013 a été reportée sans date, au moins pour laisser le temps à la finalisation du cadastre numérique des terres agricoles et à la conception des dispositions qui encadreront le moment venu les transactions foncières.

Production agricole

Avec une superficie supérieure de 10% à celle de la France, l'Ukraine dispose d’une surface agricole considérable de 41,2Mha, dont 32Mha de terres labourables, soit le double de la France. Une part non négligeable se localise sur les fameuses terres noires tchernoziom, qui figurent parmi les plus fertiles au monde. La part de l’agriculture et de l'industrie agroalimentaire dans le PIB était de 11,8% en 2015, mais elle peut atteindre plus de 40% dans les régions agricoles de l’Ouest. En 2015, la population rurale représentait plus de 30,9% de la population totale.

Après une baisse de la production agricole brute d'environ 50% dans les années 1990, l'agriculture ukrainienne a commencé à se redresser en 2000, et a progressé pour atteindre, dans le secteur des productions végétales, des records de production.

L’Ukraine est un champion mondial des grandes cultures. Le pays est un grand producteur et un important exportateur net de céréales. Les cultures céréalières représentent près de 50% de la surface cultivée (15Mha). La production de 2014 a atteint un record absolu depuis 1991, et s'est élevée à plus de 64Mt. En 2015 elle a atteint 61Mt. Le tournesol, autre production à forte valeur exportatrice, a donné lieu à une récolte de 11,2Mt en 2015 soit une augmentation de 9,5% par rapport au record de 2014. Les perspectives de développement restent encore significatives compte tenu de la faible utilisation de produits fertilisants et de protection des cultures.

Le secteur de l'élevage est en restructuration. De grosses unités de production se développent en volaille et en porc, filières à cycles de production courts. Par contre l'élevage bovin, lait et viande, ne progresse pas. Les effectifs ont été divisés par 6 en 20 ans et 72% de la production laitière est assurée par de petits éleveurs, ayant moins de 10 vaches laitières. La médiocre qualité sanitaire du lait et l’éclatement de la production restent les principaux problèmes pour les transformateurs. Après être parvenu à stabiliser le niveau de production ces dernières années, la tentative de croissance a été annulée par le conflit avec la Russie qui s’est traduit par un embargo sur les produits laitiers. Au cours des dernières années, les transformateurs ont cherché à mettre en place une organisation de la collecte liée à un contrôle de la qualité, en s’appuyant sur des coopératives de service qui sont aujourd’hui encore en nombre très réduit.

À la suite du partage des ressources, notamment foncières, des kolkhozes et sovkhozes à l’issue de la réforme agraire post-socialiste, près de 6millions de petits propriétaires, avec une surface moyenne de moins de 4ha, constituent aujourd’hui la base foncière agricole de l’Ukraine.

La structure des exploitations agricoles ukrainiennes connaît une dynamique d'évolution relativement rapide. Se combinent :

  • 156 grandes exploitations dénommées agroholdings (d’après les données de l’Académie des sciences agricoles), de plus de 10000 ha (dont 21 de plus de 10000 ha). Ces exploitations gigantesques sont confrontées à des problèmes de financement et de gestion opérationnelle en raison des besoins en trésorerie très importants.
  • Environ 59000 entreprises agricoles dont 38800 exploitations dites fermières, issues de la réforme agraire postsoviétique, exploitant généralement de 50 à quelques milliers d’hectares. Ces fermiers indépendants essaient de se développer mais les conditions de crédit sont défavorables et le soutien de l'État est inexistant.
  • 4,1 millions de micro-exploitations, fondées sur des lopins villageois d'environ un hectare (la plupart de ces microexploitants étant par ailleurs propriétaires d'une part foncière issue de la redistribution et louée à un autre exploitant, souvent de plus grande taille). Le 31 mars 2016 le Parlement ukrainien a voté la loi relative aux petites fermes individuelles, qui les reconnait officiellement comme unités économiques et leur donne le droit de s’enregistrer comme personnes juridiques.

Environ 60% de la production agricole brute, notamment des fruits, des légumes et des produits animaux, est fournie par les micro-exploitations, sur environ 40% de la surface agricole du pays. L'essentiel de la production de céréales (61Mt en 2015, dont 46,3Mt récoltées par les entreprises agricoles) et d'oléagineux (13Mt en 2015 dont 11,2Mt récoltées par les entreprises agricoles) est assuré par les exploitations spécialisées des deux premières catégories, qui louent une partie de leurs terres aux collectifs de petits propriétaires.

L'industrie agroalimentaire représente le deuxième secteur manufacturier du pays. L'Ukraine compte environ 2 000 entreprises agroalimentaires, aux productions et aux tailles variées. La production de ce secteur a significativement progressé sous l'effet de la forte hausse de la demande. Les plus forts taux de croissance ont été enregistrés dans la production de jus de fruits, de conserves de légumes, de produits laitiers dont les fromages, ainsi que de produits à base de viande et de dérivés du cacao. De nombreux investissements étrangers se sont orientés vers ce secteur.

Politique agricole

Les principes et objectifs de la politique agraire ukrainienne,formulés pour la période 2010-2015, incluent la sécurité alimentaire, l'efficacité et la compétitivité internationale du secteur agricole ukrainien, en lien avec la candidature puis l'accession de l'Ukraine à l'OMC en 2008, le développement intégré des zones rurales, et l'amélioration des conditions sociales en zone rurale.

Dans le contexte de l’application de l’accord d’association UE-Ukraine signé en juin 2014, une stratégie pour le développement agricole et rural 2015-2020 a été élaborée et approuvée par le Cabinet des ministres. Elle attend toujours son adoption par le Parlement ukrainien. À la suite des événements politiques de l’année 2014, et la mise en place d’un nouveau gouvernement, de nombreuses réformes d’envergure ont été entreprises en 2015 par un gouvernement réformateur pour dynamiser ce secteur stratégique, simplifier les procédures administratives et lutter contre la corruption.

À la suite d’une grave crise politique qui a délité la coalition gouvernementale, l’action du Cabinet des Ministres a été reconnue comme insatisfaisante par le Parlement ukrainien le 16 février dernier. La crise a trouvé un dénouement le 14 avril 2016 avec la constitution d’une nouvelle coalition et la nomination d’un nouveau Cabinet des ministres. Le nouveau ministre de la politique agraire, Taras Koutovyi, ex-président du comité agricole du Parlement, a été nommé à cette occasion.

Les contraintes budgétaires générées par une chute de 7,5% du PIB en 2015 et le financement de la guerre menée contre des groupes indépendantistes du Donbass, ont entraîné en 2015 comme en 2016, la suppression des crédits d’intervention du Ministère de la politique agraire et de l’alimentation en faveur du soutien de certaines filières comme les secteurs céréalier, laitier, les fruits et légumes et les marchés agricoles.

Cette pause dans l’intervention de l’État donne lieu à l’heure à l’actuelle à la définition d’une doctrine en matière d’aides d’état dans l’agriculture et à la conception d’une agence de paiement, pour soutenir prioritairement les petites exploitations de semi-subsistance.

En outre, la gestion du dispositif de formation agricole (les collèges et les universités agraires) a été transférée au ministère de l’éducation nationale. Enfin, des restructurations importantes ciblent les services d’inspection et devraient donner lieu à des simplifications dans le courant de l’année 2015.

Un moratoire interdit actuellement toute transaction foncière en Ukraine. La mise en place d’un marché du foncier agricole est toujours reportée, sans date précise, et le moratoire a été prorogé jusqu’à janvier 2017 dans l’attente des dispositions législatives qui permettront l’ouverture du marché du foncier. Le gouvernement se consacre actuellement à la finalisation du cadastre numérique. Une loi a été adoptée en février 2015 pour allonger la durée minimale de location des terres destinés à la production agricole à 7 ans, sécuriser le statut des fermiers et par ce biais encourager les investissements dans les structures agraires.

Echanges commerciaux

Les produits agro-alimentaires représentent en 2015 38,2% des exportations ukrainiennes (contre 30,2% du total des exportations ukrainiennes en 2014) soit 12,9Md€.

Le pays est revenu dans le concert des grands exportateurs de céréales et oléagineux, avec 37,4Mt de céréales en 2015 et 3,8Mt d’oléagineux (dont 2,2Mt soja). L'Ukraine exporte aussi de l’huile de tournesol (1er exportateur mondial), des boissons (notamment vodka et bière), et du bois. Le pays présente un avantage certain par rapport à ses principaux voisins exportateurs, la Russie et le Kazakhstan, grâce à ses accès portuaires sur la Mer noire. Cette région joue d'ores et déjà un rôle majeur sur le marché mondial des céréales,rôle qui pourrait s'accroître si une véritable politique incitative se mettait en place, accompagnée d'investissements substantiels ; Le ministre de la politique agraire et de l’alimentation a fixé l’objectif de multiplier par deux les exportations de céréales en 3 ans, en comptant notamment sur le développement des productions du sud du pays grâce au recours à l’irrigation. Les principaux clients de l'Ukraine sont la Chine, l’Egypte, l’Espagne, la Turquie, les Pays- Bas, l’Italie, et l’Arabie Saoudite. L’exportation des oléagineux a dépassé 3,8Mt (dont 2,2Mt soja) en 2015 (les importateurs principaux sont la France, les Pays Bas, l’Italie, la Belgique et la Turquie) selon les informations de l’Agence nationale statistique. Depuis dix-huit mois, les exportations vers la Russie se sont sensiblement réduites du fait des tensions politiques entre les deux pays, Moscou imposant de fortes restrictions sur les productions ukrainiennes les plus importantes (productions végétales, viande de porc, produits laitiers, confiseries).

En 2015, les importations agroalimentaires de l'Ukraine s'établissent à 3 1Md€, concernant principalement les fruits, les préparations alimentaires, les poissons.

L’Ukraine a exporté vers la France des produits agroalimentaires pour une valeur de 410M€ en 2015 (contre aprox. 346M€ en 2014, et 380M€ en 2013), essentiellement de l'huile de tournesol et de colza, des tourteaux, ainsi que du maïs et des noix.

Pariant sur le potentiel de l’Ukraine en matière de production et d’exportation de céréales principalement à destination des pays de la Méditerranée et du Proche-Moyen Orient dans les années à venir, de nombreuses sociétés françaises, nord-américaines ou australiennes ont déjà pris position et cherchent à développer leurs capacités. Le secteur agricole et agroalimentaire ukrainien a ainsi attiré près de 35Md€ d’investissements étrangers dont de 1,2Md€ d’investissements français depuis 1991 (chiffre 2014).

Les principales entreprises françaises présentes en Ukraine sont notamment :

  • Soufflet, Louis Dreyfus, Malteurop : céréales et malterie,
  • Agritel : analyse de marché,
  • Bel, Danone, Bongrain, Lactalis : produits laitiers,
  • Euralis, Maisadour, Limagrain, RAGT semences,
  • Caussade : semences végétales,
  • Kuhn, Grégoire-Besson, Sojam : machinisme et intrants agricoles,
  • Crédit agricole, BNP Paribas : banque,
  • Auchan : grande distribution,
  • Pernod Ricard, Vinolioub : vins et spiritueux
  • Bioproject-F, Beten : biomasse, bioénergie.

Des exploitants français sont aussi présents dans la production de céréales en particulier.

Accords internationaux

L’accession de l’Ukraine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) clôture ainsi des négociations entamées en 1993. Les discussions avec l’Union européenne ont longtemps été bloquées par la question des taxes à l’exportation que l’Ukraine mettait régulièrement en place sur les matières premières.

En 2007, l’UE et l’Ukraine ont entamé des négociations pour un accord d’association, en remplacement de l'accord de partenariat et de coopération (APC) qui régissait leurs relations depuis 1998. Fin septembre 2011, la Commission européenne a annoncé la conclusion de ce volet commercial, sous forme d’un accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA). Le reste de l’accord d’association, finalisé dans les mois suivants, a été paraphé le 30 mars 2012. Dans le cadre de cette négociation, la France avait identifié dès 2009 les secteurs des céréales, du sucre et de l’éthanol comme particulièrement sensibles, l’Ukraine ayant un fort potentiel de production et d’exportation. En contrepartie de concessions tarifaires accordées à l'Ukraine sur le volet agricole, l'UE a obtenu la reconnaissance et la protection de plus de 3000 indications géographiques européennes (sachant que les cas d'usurpation sont particulièrement fréquents en Ukraine, notamment pour le Champagne, le Cognac et le Roquefort). En 2013, la signature de l’accord d’association était conditionnée à la réalisation par les autorités ukrainiennes de progrès tangibles dans trois domaines : élections, justice sélective et réformes générales. Ces conditions faisaient notamment référence à l’emprisonnement de l’ex- remier ministre Ioulia Timochenko en 2011. L’annulation de cette signature par le Président Ianoukovitch, alors qu’elle était prévue lors du sommet de Vilnius de novembre 2013, a entraîné un mouvement de protestation de la population sans précédent.

Finalement, suite aux récents événements politiques qui ont conduit au renversement du gouvernement ukrainien en février 2014, la Commission européenne a proposé d’accélérer la mise en oeuvre de l’accord d’association en mettant en oeuvre de façon anticipée et unilatérale les dispositions commerciales de l'accord d'association à partir d’avril 2014. À la suite de l'élection présidentielle tenue en Ukraine le 25 mai 2014, l'Ukraine et l'Union européenne ont signé cet accord d'association le 27 juin 2014 et les parlements ukrainien et européen ont ratifié ce texte le 16 septembre 2014. Dans le contexte d’un processus de paix global en Ukraine et de l’exacerbation des tensions avec la Russie suite à la signature de l’accord, l’UE a décidé de repousser jusqu’au 31 décembre 2015 l’application provisoire de l’ALE, tout en maintenant les mesures commerciales autonomes octroyées par l’Union européenne au profit de l’Ukraine au cours de cette période. L’accord est entré pleinement en vigueur le 1er janvier 2016.

Comptant parmi les plus importants exportateurs mondiaux de céréales, l'Ukraine a été invitée à participer à l’initiative AMIS (Système d’information sur les marchés agricoles) issue du «Plan d’action sur la volatilité des prix alimentaires et l’agriculture » du G20 approuvé par les ministres de l’agriculture lors de la présidence française du G20 en 2011.

L'Ukraine participe activement au système AMIS, notamment en matière de transmission de statistiques. La candidature ukrainienne à la présidence d'AMIS pour 2014-2015 n'a cependant pas reçu l'appui des États membres, du fait de la crise politique en cours.

L’Ukraine est membre de la Commission du Codex alimentarius, de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), de l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP) et signataire de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), qui sont les trois organisations « soeurs » normatives reconnues par l’accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS) de l’OMC.

Relations bilatérales

Dans le contexte ukrainien des réformes et de la mise en oeuvre de l’Accord d’association avec l’Union européenne, de nombreux domaines techniques donnent lieu à des coopérations bilatérales. Les secteurs considérés comme prioritaires par les deux parties sont les suivants : politiques agricoles et organisation de filière, coopération vétérinaire, semences et productions végétales, élevage, signes de qualité et agriculture biologique, enseignement agricole et coopération scientifique.

Les actions entreprises en 2015, séminaires, conférences et visites d'études, ont concerné aussi bien des domaines institutionnels (missions des chambres d'agriculture, laboratoire vétérinaire de référence, gestion des aides d'État) que l'enseignement et la recherche (gestion des stages dans les cursus agricoles, organisation de trois jours de conférences regroupant près de 500 personnes en Ukraine en mai 2015, accueil de délégation d'enseignants en France, développement de nouveaux partenariats entre établissements) et l'appui au secteur privé (semences végétales dans le cadre des procédures d'équivalence communautaire, génétique animale, présentation des races bovines, promotion du savoir-faire français à l'occasion d'une «journée française du lait» organisée sur la ferme du groupe Euralis et regroupant 400 producteurs ukrainiens).

Les actions prévues en 2016 s’inscrivent dans la continuité de 2015, avec des attentes fortes dans le domaine des outils d’analyse de marché (convention de coopération en cours de finalisation entre le ministère de la politique agraire et de l’alimentation et FranceAgriMer).

 Sources : Banque mondiale, PNUD, douanes françaises citées par Ubifrance 2011, 2012 et 2013, MAAF, Ambassade de France en Ukraine

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