Trophées de l'agro-écologie : les lauréats régionaux 2016
© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr
Le ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt lance la troisième édition des "Trophées de l’agro-écologie". L’objectif est de récompenser, dans la dynamique du projet agro-écologique pour la France, les démarches innovantes, exemplaires d’une agriculture performante économiquement, écologiquement et socialement.
Le ministère a choisi de distinguer deux catégories de projets : les agriculteurs innovants et les démarches collectives.

Les lauréats de chaque région ont été sélectionnés. La remise des prix des deux lauréats nationaux aura lieu le 2 mars 2017 à Paris au Salon international de l'agriculture .

Provence-Alpes-Côte d'Azur

GIEE « Développement d’une filière de production diversifiée en plantes à parfum aromatiques et médicinales biologiques »

Depuis 2014, le « Collectif de transformation des Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales » regroupe une dizaine d'exploitations produisant ou souhaitant produire des plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM) peu présentes dans les Alpes de Haute-Provence. En effet, 90 % des surfaces de PPAM sont concentrées sur trois espèces : la lavande, le lavandin et la sauge sarclée. Le Collectif souhaite diversifier cette production de PPAM et l'élargir à d'autres cultures (thym, origan, millepertuis…), d’autant plus que le marché est demandeur. Pour cela, les membres investissent en commun dans un alambic mobile adapté à la distillation de petites quantités de plantes bio, la "PAPAMobile". Au-delà de cet investissement, les producteurs veulent ensemble se former à ces nouvelles cultures et capitaliser leurs nouvelles connaissances dans la rédaction de références technico-économiques d'une part, et organiser la commercialisation de ces nouvelles huiles essentielles pour les valoriser au mieux d'autre part.

Ile-de-France

GIEE APAD Sud Bassin Parisien, préserver les sols en Île-de-France

10 exploitants d’Île-de-France se sont regroupés pour lever collectivement les freins techniques au développement de l’agriculture de conservation des sols. Afin d'y parvenir, ils testent ensemble des couverts végétaux permanents de luzerne, de mélilot et de trèfle blanc, mais aussi divers fertilisants sur culture de printemps, des méthodes de biocontrôle des campagnols,… En effet, ces derniers font partis des ravageurs auxquels sont confrontés les agriculteurs pratiquant le semis sous couvert. Aussi, les membres du GIEE étudient la biologie du campagnol, apprennent à connaître ses principaux rapaces prédateurs et créent des aménagements favorisant la présence de ces derniers. Les agriculteurs prévoient aussi de tester sur leurs parcelles des variétés de betteraves et de maïs, afin d'identifier les plus adaptées à l’agriculture de conservation des sols en Île-de-France.

 

 Earl Joiris dans le mille du 4 pour 1000 !

Dès son installation en 1999, Ludovic Joiris, agriculteur dans l’Essonne, a maintenu le non-labour. Il convertit en 2003 l’ensemble de son exploitation au semis direct sous couvert pour améliorer la qualité de ses sols. Le passage à l’agriculture de conservation lui a permis d’enrichir ses sols en biodiversité mais également en matière organique : en douze ans, ses sols sont ainsi passés de 1,6 à 3 % de taux de matière organique soit une augmentation de bien plus que 4 pour mille ! Pour réduire l’utilisation de produits phytosanitaires, il allonge ses rotations et découvre le lin et le chanvre… Il se lance dans la vente directe d’huiles alimentaires, savon noir, encaustique, huile de lin technique, etc, via un site internet www.h-o-c.fr. Son exploitation, intégrée au réseau des fermes Dephy, expérimente des techniques économes en produit phytopharmaceutiques. Ses rotations longues, ses mélanges variétaux et ses associations de cultures lui ont déjà permis de réduire fortement les pesticides.

 

Hauts-de-France

GIEE Métha Ternois : favoriser l'économie circulaire locale avec le couple méthanisation-spiruline

C'est au cœur du pays Ternois dans le Pas-de-Calais que quatorze agriculteurs se sont regroupés pour porter un projet ambitieux : celui d'améliorer l'autonomie de leurs exploitations en s'appuyant sur les ressources du territoire. Afin d'y parvenir, ils font le pari de coupler le recours à la méthanisation et la production de spiruline. Un projet bon pour l'environnement puisque la méthanisation des déchets des communes et des industries agroalimentaires (IAA) locales permet de produire de l’énergie renouvelable et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Un projet positif du point de vue social puisqu'il permet la création de deux emplois. Enfin, un projet rentable économiquement pour tous : les exploitants éleveurs économisent le coût de nouvelles installations de stockage des effluents d'élevage, et les IAA économisent le coût de traitement de leurs déchets en Belgique, ces effluents et ces déchets alimentant le méthaniseur.

 

Normandie

GIEE Association des couverts permanents des trois vallées

En Normandie, 16 exploitations se sont regroupées pour se lancer dans le semis direct sous couvert végétal permanent. Le groupe souhaite améliorer la fertilité des sols et gérer le salissement et les ravageurs des cultures, tout en limitant l’emploi des produits phytosanitaires d'une part, et en maintenant, voire en améliorant la marge nette à l'échelle de la rotation d'autre part. Formations, rencontres et expérimentations au champs sont ainsi mises en place dans le but de tester la fiabilité économique de cette pratique mais aussi les retombées positives sur l’environnement (diminution de l’IFT (indice de fréquence de traitement), structuration du sol…). Concrètement, les exploitants mènent de nombreux essais sur leurs exploitations : associations de cultures (féverole associée au pois fourrager, pois associé à la cameline), semis sous couvert permanent de luzerne et de trèfle blanc, recours à des macérats de plantes (purin d'orties…) en remplacement ou en complément de fongicides sur pois et blé... Le groupe mène aussi une réflexion sur la gestion des ravageurs par des produits de biocontrôle et en favorisant la présence de leurs prédateurs naturels, tels les rapaces.

 

Yoann Noël, élevages et maraîchage circulaires !

Sur ses terres normandes Yoann Noël mise sur la polyculture élevage en Bio avec une autonomie maximale ! Dans sa ferme de 28 hectares, il élève à l'herbe un troupeau d'une vingtaine de vaches allaitantes ainsi que des poulets plein air nourris par les grains produits sur la ferme. Il produit aussi des légumes et des céréales. L’ensemble de ses productions est vendu en direct ou en filière courte. L’agriculteur fertilise naturellement ses parcelles grâce à ses élevages. Il projette de créer un poulailler où alterneront des lots de volailles et des cultures maraîchères : ainsi, les volailles fertiliseront et débarrasseront le sol des mauvais parasites. Pour lui, « ces démarches n’apportent pas de réel impact économique mais améliorent la productivité des parcelles ainsi traitées. La réintroduction des animaux et des arbres dans les cultures permet de retrouver un équilibre agro-sylvo-pastoral indispensable ».

 

 

Nouvelle Aquitaine

GIEE Adapter l'agriculture de conservation des sols à la polyculture élevage

Les 14 agriculteurs membres du « Groupement de développement agricole et rural de la Petite Creuse » cherchent à adapter l'agriculture de conservation des sols (ACS) à leurs exploitations. En effet, les travaux sur l'ACS se situent essentiellement dans des exploitations de grandes cultures, et moins dans les exploitations de polyculture élevage caractéristiques du nord de la Creuse. Après six ans d'efforts en commun, de nombreuses actions sont mises en place, telles que l'allongement des rotations avec l'introduction de légumineuses et de cultures de printemps. Ces dernières permettent de rompre le cycle des pathogènes (maladies) et des ravageurs qui s'installent en présence de cultures d'hiver et de diminuer ainsi le recours aux traitements phytopharmaceutiques d'une part, et les légumineuses apportent de l'azote, ce qui permet de diminuer les apports d'engrais azotés d'autre part. De nombreuses autres actions sont à l'actif du groupement : essais sur les couverts d'intercultures, analyse de groupe sur les marges brutes de chacun, formations… Avec in fine un travail important de capitalisation qui bénéficiera à tous.

 

SCEA Larrous : l'agro-écologie en polycultures élevage

Félix Noblia dirige une exploitation de polycultures élevage dans le piémont basque d'une centaine d'hectares, dont 40 de prairies et 60 hectares de cultures, avec une cinquantaine de vaches allaitantes Blonde d'Aquitaine. Dès son installation en 2008, il vise « un système économiquement, écologiquement très durable, avec un temps de travail raisonnable » dans 10 ans. Aujourd'hui, il travaille environ 40 heures par semaine, dispose de 15 jours de vacances par an, et peut ainsi dégager du temps pour se former et pour s'investir dans des projets collectifs. Sur le plan technique, il met en œuvre de façon simultanée et cohérente un ensemble de leviers : semis direct sous couvert vivant, voire permanent, allongement des rotations avec introduction des légumineuses, aménagement spatial de l'exploitation avec des parcelles de 3 hectares environ, autoproduction de semences avec l'achat collectif d'une trieuse… Les résultats sont là : arrêt de l'érosion des sols et économies d'intrants, dont 200 euros par hectare de charges en moins grâce au semis direct. L'élevage n'est pas en reste, notamment avec le pâturage tournant dynamique qui permet de doubler la productivité des prairies ! Du côté de l'aval, l'exploitant privilégie les filières courtes et la vente directe plus valorisantes. Ainsi, Félix Noblia montre qu'une alternative solide, durable et vivable existe dans une région très investie dans la culture du maïs.

Pays de la Loire

Les Vergers de la Tesserie, favoriser les insectes auxiliaires

« Les Vergers de la Tesserie » est une entreprise familiale de production, stockage et conditionnement de pommes et de poires de 155 hectares. Elle se situe dans la région des Pays-de-la-Loire et adopte pleinement la démarche agro-écologique, avec par exemple 65 % des inter-rangs enherbés en permanence, le recours à la confusion sexuelle et aux auxiliaires, l'irrigation par un système de gouttes à gouttes, une station pour adoucir l'eau... Son objectif ? Produire des fruits bons et sains en amplifiant les services rendus par les écosystèmes et en favorisant les ressources renouvelables. Une réussite puisque jusqu'ici, cet engagement est synonyme d’intérêt des clients et d'économies liées à l'achat d'intrants : -30 % de consommation d'eau, -10 % de traitements phytosanitaires... Un bon point aussi pour l'environnement : cette démarche contribue à la bonne santé du sol et à la multiplication des insectes, symbole d'une augmentation de l'activité biologique. Enfin, cette approche fait naître une nouvelle dynamique parmi les salariés, dont les observations et réflexions sont valorisées avec ce nouveau mode de production.

 

GIEE Pour une autonomie en protéines

18 exploitations se sont regroupées dans le GIEE « Agriculture de Conservation des Mauges » des Pays de la Loire pour favoriser la biodiversité au service de leur autonomie en protéines. À l’aide de formations et d’expérimentations collectives, ce groupement veut améliorer sa pratique de l'agriculture de conservation des sols, et l'élargir à l'augmentation des performances des exploitations et au dialogue avec les élus. Sur les 3000 hectares du groupe, la totalité des sols est maintenant couverte quasiment en permanence. A travers divers tests, ce GIEE affine les techniques d’agriculture de conservation des sols : par exemple, 30 hectares de céréales ont été semés en semis direct sous couvert permanent de luzerne vivante. De plus, les céréales sont semées majoritairement avec des mélanges de diverses variétés pour diminuer la pression des maladies. Autre action, la quasi-totalité du ray-grass italien en dérobée a disparu au profit des méteils beaucoup moins exigeants en azote, qui laissent le sol en meilleur état pour le maïs qui suit et qui fournissent un fourrage de meilleure qualité aux animaux. Cette dernière action permet l'économie de 50 unités d'azote par hectare, soit 40 euros d'économisés par hectare.

 

Bourgogne-Franche-Comté

Gaec du champ beaublé, élever des vaches pour une belle cohérence environnementale

C’est en cherchant à donner une cohérence agronomique et sociale à une exploitation céréalière en agriculture biologique que le « Gaec du champ beaublé » s’est lancé dans l’élevage et la transformation laitière en 2013 ! Les légumineuses introduites dans la rotation servent ainsi d'aliments pour le troupeau de vaches laitières. L’exploitation transforme le lait en produits laitiers et en fromages affinés. Ils vendent en direct à la ferme et dans les Amap 80% de la production. Cette modification structurelle de l’exploitation a permis d’accueillir deux associés et deux salariés sans modification du parcellaire. Ainsi, l'exploitation de 310 hectares fait désormais vivre 6 personnes ! 2,5 kilomètres de haies arbustives sont en cours d’implantation ainsi qu’une chaudière à bois pour la production de chauffage et d’eau chaude sanitaire dans les bâtiments. Dans leur système en économie circulaire, les associés n’oublient pas l’eau : ils ont installé un système de traitement des eaux usées par phyto-épuration et récupèrent les eaux de pluies.

Grand Est

 

GIEE MAGIEE : culture d'orties en plein champs

C'est dans le département de la Meuse et plus particulièrement dans le Barrois qu'un collectif de dix exploitations agricoles a adopté la culture d'orties en plein champs. L'objectif ? Investir dans les multiples bienfaits de cette plante, notamment pour restaurer un milieu dégradé. L'ortie pourrait entre autres réguler la teneur en azote des sols, renforcer les défenses naturelles des plantes, ou augmenter la sécrétion lactée chez les vaches. Une expérience prometteuse au regard de ses potentiels bénéfices économiques, environnementaux et sociaux : valoriser la culture de l'ortie, c'est valoriser l'environnement, ouvrir la voie à des produits de meilleure qualité, mais aussi créer de nouveaux débouchés autour de la commercialisation et de la transformation de produits à base d'ortie. Au-delà du projet « orties », le collectif d'exploitants suit des formations et met progressivement en place l'agriculture de conservation des sols : tous ont ainsi implanté des couverts dans leurs exploitations et deux d'entre eux sont déjà passés au semis direct.

GIEE Apad Nord-est, réduire les intrants au max

Tester l’efficacité du purin d’ortie sur la croissance des cultures et son effet fongicide, évaluer sur grande parcelle le blé en association avec d’autres cultures…, telles sont les expérimentations lancées par ce GIEE de Moselle en agriculture de conservation des sols. Les agriculteurs de 16 exploitations se regroupent pour organiser et suivre des formations très pointues (exemple : l'appropriation du « test-bêche ») afin que chacun puisse évaluer l’intérêt de ses pratiques agro-écologiques, et plus globalement les conséquences de ses pratiques agricoles, sur son sol. Cherchant à réduire leurs intrants au maximum, les exploitants prévoient un essai sur grande parcelle d’itinéraire à bas intrant : suppression des traitements de semences, quasi disparition des fongicides, suppression des engrais de fond et réduction de la fertilisation azotée. Pour maintenir néanmoins de bons résultats, ils exploiteront au maximum les atouts de l’agro-écologie grâce à l’utilisation optimale des couverts végétaux à base de légumineuses.

Occitanie

GIEE La Clé des Champs Fleuris : les éleveurs ne s'en frichent plus !

La Clé des Champs Fleuris regroupe 8 exploitations d'éleveurs ovins catalans de piémont. Ces élevages extensifs et transhumants doivent acheter des fourrages et des concentrés pour alimenter leurs troupeaux, les apports alimentaires fournis par les parcours étant insuffisants. D'un autre côté, des communes sont confrontées à des friches sur leur territoire, avec risque d'incendies et de squat. Aussi, un partenariat local est né entre les éleveurs et les collectivités territoriales afin de mettre à la disposition des éleveurs des friches qu'ils remettent en culture pour produire des fourrages et des céréales biologiques. Les éleveurs ont ainsi appris un nouveau métier : celui de cultivateur ! Aujourd'hui, 100 hectares d'anciennes friches sont mobilisés, ce qui a permis la conversion à l'agriculture biologique de 2 exploitations et une meilleure sécurisation des approvisionnements de fourrages. De plus, cela conforte économiquement les éleveurs qui sont moins contraints d'acheter de coûteux fourrages à l'extérieur.

BLB Vignobles : à fond les ballons pour le HVE

« BLB Vignobles » est un domaine de 54 hectares de vignes situé dans le département de l'Hérault dont l'engagement est le suivant : « Vinifions un monde meilleur ». Pour ce faire, Bruno Le Breton, à la tête du domaine, adopte une stratégie de responsabilité et de durabilité. L'entreprise est certifiée Haute Valeur Environnementale (HVE) et s'est engagée dans une démarche de « Responsabilité Sociétale des Entreprises ». Par exemple, Bruno Le Breton tend vers des traitements de la vigne mixant des produits bio et conventionnels, tout en excluant les substances CMR (Cancérigènes – Mutagènes – Reprotoxiques). Aujourd'hui, cette ligne de conduite lui réussit puisque son chiffre d'affaires a augmenté, tandis que sa consommation en eau et en énergie a diminué, avec une quasi-autonomie électrique grâce à l'installation de panneaux photovoltaïques. Un succès aussi auprès des salariés qui ont vu leur qualité de vie au travail nettement s'améliorer.

Outre-mer

 

 

Le jardin de Mahavel, biodiversité naturelle et cultivée au top !

À la Réunion, « Le jardin de Mahavel » est une exploitation de 2 hectares, dont un hectare consacré au maraîchage biologique et agro-écologique. Les exploitants cultivent plus d’une cinquantaine d’espèces différentes, dont divers légumes, des plantes aromatiques, des plantes médicinales ainsi que des plantes à parfum. Des arbres fruitiers, des espèces endémiques et des arbres pour le bois de chauffe sont disséminés sur l’ensemble du terrain pour que l’association des cultures maraîchères et des arbres soit bénéfique, notamment en termes d’apport de nutriments. N’irriguant pas, les maraîchers ont recours à la couverture des sols par du paillage vivant et plantent en respectant les saisons propices à chaque espèce. Ils ont installé des haies brise vent comestibles de goyaviers, ainsi que des zones de friches qui servent de refuge aux insectes et de nourriture aux animaux de la basse-cour. Ils ont démarré une première sélection commensale de certaines espèces (rhubarbe, poivrons, piments…) afin de les adapter à leur conduite de culture à bas intrants, ainsi qu'aux conditions climatiques de La Réunion. Au final, « Le jardin de Mahavel » favorise la biodiversité naturelle et cultivée, en mettant l'accent sur les espèces « lontan et de péi «(anciennes et locales).