À Toulouse-Auzeville, l'agro-écologie en marche, les élèves aux commandes
Investie dans l’agro-écologie, l’exploitation du lycée agricole de Toulouse-Auzeville a réussi à réduire de moitié le recours aux pesticides … et à séduire des étudiants de plus en plus nombreux, sensibles aux changements de pratiques agricoles et pédagogiques !

Etudiants dans une parcelle d'essais de céréales lors d'un TP.
©Xavier Remongin/Min.agri.fr

Ici, les piquets pousseraient presque plus drus que la végétation ! Sur les 40 hectares de l’exploitation du lycée agricole d’Auzeville de Haute-Garonne, coincée entre le canal du midi, les coteaux et l’agglomération toulousaine, les essais pour réduire les pesticides vont bon train. Au programme : désherbage mécanique, biocontrôle, traitements à bas volume, sans-labour, cultures sous couvert… Et ça marche ! En cinq ans, l’exploitation a réduit de moitié sa consommation de pesticides.

"Ce sont les élèves qui pilotent les essais"

Une formation qui change… les profs

Convertie au bio sur la moitié de ses surfaces depuis 2000, l’exploitation passe il y a six ans ses 20 derniers hectares en agro-écologie. « L’agro-écologie enseignée sur un tableau noir, ça ne marche pas : il fallait s’y lancer ! », explique Frédéric Robert, responsable de l’agro-écologie sur l’exploitation et professeur d’agronomie. Un nouveau système d’apprentissage se met en place : ce sont les élèves qui pilotent les essais à la fois sur le lycée et chez des agriculteurs qui s’interrogent sur leur réduction des phytos… « C’est de la co-construction des savoirs ; on ne leur dit plus « c’est comme ça », ce sont à eux d’apprendre via la mise en place de leurs projets. Les étudiants vont aujourd’hui plus loin que le seul apprentissage de l’agronomie et découvrent comment réaliser et animer des essais, conseiller les agriculteurs,... C’est un besoin que nous formulait les coopératives. C’est aussi cette demande qui nous a motivé à créer la licence agro-éco Cosyca », ajoute le professeur.

Dans les champs aux sols très hétérogènes, une mosaïque de verts colore la plaine. Une bande, qu’on ne croirait presque semée que de folle avoine, se détache du blé ; « là c’est notre témoin ; il n’y a eu aucun désherbage, ni chimique, ni mécanique. Mais regardez, sur la bande voisine, en comparaison : l’effet positif du désherbage mécanique ! », s’exclame un deuxième année du BTSA agronomie productions végétales. « On passe une journée et demie par semaine à concevoir, mener les essais pour au final les présenter aux agriculteurs. On est autonome, c’est motivant et enrichissant ! » Frédéric avoue : « Les élèves ont pris à bras le corps les essais… Certains peuvent passer une journée à régler la herse étrille ! Ils finissent même par en savoir plus que moi ! ». Sophie Rousval, directrice de l’exploitation confirme : « avec l’arrivée de l’agro-écologie nous avons bouleversé nos démarches pédagogiques. Ces cas concrets travaillés dés la première année de BTS déroutent mais professionnalisent l’élève. Nos rapports avec les élèves changent, le relationnel est différent, ils deviennent plus impliqués, plus pro-actif, et nous plus en retrait, c’est un vrai changement de posture ! »

Succès auprès des agriculteurs

Essai de semis direct de blé tendre aprés culture de sorgho. Exploitation du lycée agricole de Toulouse-Auzeville.
©Xavier.Remongin/Min.Agri.Fr
Sur les essais, les groupes d’étudiants bruissent d’une étonnante diversité d’accents. « Oui, ils viennent de partout ! Du Sud-Ouest surtout mais aussi de Champagne berrichonne, du Puy-de-Dôme… La diffusion de nos essais nous donne une visibilité importante et nos formations attirent beaucoup les fils d’agriculteurs « leader », ceux, autonomes sur leurs prises de décisions, qui s’interrogent sur leurs manières de produire », explique le responsable de la plateforme. Réduire les phytos en traitant à bas volume, c’est-à-dire en divisant les quantités préconisées par le fabricant par deux, intéresse beaucoup les agriculteurs qui viennent nombreux aux visites d’essais ou aux portes ouvertes organisées par le lycée. Pour Sophie, « on estime toucher entre 1 000 et 3000 hectares via notre implication dans trois projets Casdar « mobilisation collective pour l’agro-écologie » avec les coopératives, la chambre d’agriculture, l’Inra… Les transferts de techniques sont importants : si des essais réalisés par les étudiants chez l’agriculteur l’ont convaincu, il diffuse sur l'ensemble de ses surfaces l’année suivante ! »