Thaïlande

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Contexte agricole et relations internationales

Ce qu'il faut savoir

La Thaïlande couvre une surface de 51,3Mha, dont 2,1Mha de terres agricoles en 2013, soit 43% du territoire national.

Avec près de 6millions d’exploitations agricoles d’une surface moyenne de 3,1ha, l’agriculture contribue à hauteur de 12,5% au PIB et mobilise 47% de la population active, avec 17 millions d’agriculteurs.

La Thaïlande fait partie des puissances agricoles de l’Asie du Sud-Est avec des positions fortes à la fois dans les productions végétales (riz, caoutchouc naturel, sucre) mais aussi animales (poulet, crevettes). Le développement de l’agriculture, entamé dès les années 1960, a été accompagné par la mise en place d’un ensemble d’industries agroalimentaires, qui sont aujourd’hui une force et un moteur pour l’agriculture thaïlandaise.

La filière agroalimentaire thaïlandaise est fortement orientée vers l’international avec 27,1Md€ d’exportations en 2015. Ainsi, la Thaïlande était-elle jusqu’à très récemment le premier exportateur mondial de riz. Elle maintient sa première place pour plusieurs autres productions végétales et animales (caoutchouc naturel, crevette, poulet, ananas,…). Le secteur agroalimentaire représente 14,3% de l’ensemble des exportations du pays.

Toutefois, le secteur agricole thaïlandais est entré ces dernières années dans une période de turbulence qui touche plusieurs piliers de sa réussite (riz, caoutchouc, sucre,…). La filière riz, au coeur des tensions politiques qui traversent le pays, a fortement souffert de plusieurs années de sécheresse consécutives. Les producteurs de caoutchouc souffrent de la faiblesse prolongée du cours de cette matière première. Par ailleurs, les filières sucre et pêche sont confrontées à la question de la durabilité des organisations ou des pratiques qui ont contribué à leur succès.

La Thaïlande entend poursuivre le développement de son secteur agroalimentaire et l’affirmation de son orientation vers l’export, avec l’objectif de devenir la «Cuisine du Monde». Cependant, compte tenu des défis précédemment mentionnés, une évolution de la stratégie de développement agricole paraît nécessaire pour y parvenir. Le gouvernement militaire a fait début 2016 des annonces dans ce sens qui devraient se préciser au fil de l’année.

Production agricole

La Thaïlande demeure, malgré son industrialisation rapide, un pays encore largement tourné vers l’agriculture qui représente 10,5% du PIB en 2014 et emploie 42% de la population active en 2013 d’après la Banque Mondiale. La FAO estime que les terres agricoles occupent au total 22,1Mha, soit 43% du territoire national. La Thaïlande compte 5,9millions d’exploitations agricoles, mobilisant ainsi 25,2% des 23,5millions de ménages comptabilisés en Thaïlande (recensement agricole de 2013). Plus des deux tiers de ces exploitations sont situées dans les Régions Nord-Est et Nord de la Thaïlande. La surface moyenne de ces exploitations est de 3,2ha. Près de 90% des exploitations disposent d’une surface inférieure à 6,4ha et 50% des exploitations se situent entre 1,6 et 6,4ha. Seules 0,5% des exploitations disposent de plus de 22,4ha.

Du fait de l'importance des terres agricoles et de conditions climatiques favorables, la question de l'autosuffisance alimentaire ne s'est jamais posée pour la Thaïlande qui, historiquement, bénéficie d'une production de biens agricoles excédant sa consommation domestique. De plus, le développement de l'agriculture a permis de faire progressivement diminuer le prix de l'alimentation au fil des décennies, en particulier du riz, contribuant ainsi à l'amélioration de la sécurité alimentaire dans le pays. Désormais, la disponibilité et l'accessibilité de la nourriture n'est plus une question problématique pour une très large majorité de ménages thaïlandais, même si le rythme de progression de la sécurité alimentaire dans le pays s’est ralenti depuis plusieurs années. Au niveau national, le taux de prévalence de la malnutrition se situe actuellement à un niveau de 7,4% en 2015 d’après la FAO.

Avec une industrie agroalimentaire qui a fortement progressé dès les années 1980, donc plus précocement que la plupart de ses voisins d’Asie du Sud-Est, la Thaïlande fait aujourd’hui partie des grands pays producteurs de produits agricoles et alimentaires. Elle a largement orienté sa filière agroalimentaire vers l’exportation (27,1Md€ en 2015). Ses principaux postes d’exportation sont le caoutchouc naturel, le riz, le sucre, les produits de la mer (thon et crevettes) et la volaille (poulet).

Productions végétales

La culture du riz domine nettement les productions végétales et occupe de l’ordre de 50% des surfaces agricoles du pays. D’après la FAO, la surface récoltée est de 10,8Mha en 2014 pour une production de 32,6Mt de riz (paddy), ce qui place la Thaïlande au rang de 6e producteur mondial (après la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh et le Vietnam).Toutefois, les surfaces occupées par le riz sont actuellement en recul, à la fois sous l’effet de conditions climatiques défavorables (années 2014 et 2015 marquées par une sécheresse intense) et le souhait du gouvernement actuel de réorienter une partie des surfaces vers d’autres productions agricoles. Ainsi, l’USDA1 estime la surface récoltée en riz pour l’année 2015 à 10,6Mha et anticipe des surfaces récoltées de 9,5Mha en 2016 et de 9,9Mha en 2017.

Les rendements rizicoles thaïlandais sont faibles (3t/ha de riz paddy) en comparaison avec ceux observés pour les autres principaux pays producteurs, par exemple le Vietnam qui se situe à 5,8t/ha. Cette situation s’explique d’une part par le fait que 80% des surfaces cultivées en riz ne sont pas irriguées en Thaïlande et d’autre part par l’utilisation de variétés qualitatives (notamment riz au jasmin) mais également moins productives.

La Thaïlande a exporté 9,8Mt de riz usiné en 2015. Elle occupe ainsi la position de deuxième exportateur mondial, derrière l’Inde et devant le Vietnam. Ces exportations importantes intègrent du riz à la fois issu de la dernière récolte mais également des récoltes précédentes du fait des importants stocks constitués les années passées suite à la mise en place d’un dispositif d’achat public de riz fin 2011 (cf. infra).

Les plantations d’hévéas constituent la deuxième production thaïlandaise en surface, après le riz, avec environ 3Mha (près de 15% de la surface agricole) et ont permis une production de 4,3Mt de caoutchouc naturel en 2014 d’après l’Association thaïlandaise du caoutchouc. Avec environ un tiers de la production mondiale (12Mt), la Thaïlande est le 1er producteur de caoutchouc naturel devant l’Indonésie et le Vietnam. Elle est également le 1er pays exportateur mondial de caoutchouc naturel (3,8Mt en 2014). Par ailleurs, en aval, la Thaïlande dispose d'une filière de valorisation du caoutchouc (recherche, transformation), notamment à travers des partenariats avec des entités françaises (Cirad, Michelin). Elle exporte ainsi également des produits transformés dérivés du caoutchouc, en particulier des pneumatiques. Au total, les exportations de caoutchouc et de ses produits dérivés représentent ainsi 11Md€ en 2015. Toutefois, la filière hévéa de Thaïlande souffre actuellement du faible cours du caoutchouc, une réalité qui persiste déjà depuis plusieurs années (ralentissement de l’augmentation de la demande mondiale et en particulier chinoise couplée à la progression de la production) et d’une insuffisante recherche-développement permettant la création de nouvelles applications à base de caoutchouc.

Avec 1,4Mha de canne à sucre (6% de la surface agricole) et une production de 103,7Mt en 2014 d’après la FAO, la Thaïlande est le 4e pays producteur de canne à sucre au monde après le Brésil, l’Inde et la Chine. Sa production de sucre a atteint 10,2Mt en 2014 d’après l’USDA. Elle est également le 2e exportateur de sucre après le Brésil avec 8,5Mt en 2014 selon l’USDA, soit plus de 15% du marché mondial. Les perspectives sont favorables pour cette filière compte tenu d’une part de la progression de la demande domestique (évolution des modes de consommation vers davantage de produits sucrés) et d’autre part des opportunités de marché croissante dans la région Asie-Pacifique (où seules la Thaïlande et l’Australie sont en mesure d’exporter du sucre de manière structurelle). L'agriculture thaïlandaise est également bien placée pour d’autres productions végétales :

  • manioc : avec 1,3Mha et 30Mt en 2014 (FAO), la Thaïlande est le 4e producteur mondial derrière le Nigeria et devant l’Indonésie. Elle est également le 1er exportateur de racines de manioc (environ 7Mt en 2014) ;
  • Huile de palme : la Thaïlande en est le 3e producteur (2Mt en 2013 d’après la FAO), mais demeure très loin derrière l’Indonésie et la Malaisie dont les niveaux de production sont plus de 10 fois plus importants ; —
  • maïs : avec 1,1Mha et 4,8Mt en 2014 d’après la FAO, il s’agit également d’une culture importante destinée au marché domestique. En effet, la production de maïs est essentiellement destinée à l’alimentation animale (élevages avicoles et porcins). La Thaïlande n’est pas loin de l’autosuffisance mais se voit obligée d’importer du maïs (0,2Mt environ en 2014). Elle impose un contingent tarifaire pour le maïs à ses partenaires commerciaux, à l’exception du Laos, du Cambodge et de la Birmanie qui sont, de ce fait, ses principaux fournisseurs. En revanche, le pays importe la quasi-totalité de son soja (1,9Mt) et la majorité de son blé (1,66Mt) en 2014 d’après les Douanes thaïlandaises. Ces productions figurent ainsi parmi les premiers postes d’importations de produits agricoles de la Thaïlande ;
  • Fruits et légumes : la production de fruits et légumes est principalement destinée au marché intérieur. Parmi les principales productions, il faut notamment citer les mangues dont la Thaïlande est le 3e producteur mondial (3,1Mt en 2013 d’après la FAO) après l’Inde et la Chine et devant l’Indonésie. Par ailleurs, la Thaïlande est le 4e producteur mondial d’ananas après le Costa Rica, le Brésil et les Philippines, avec 2,2Mt en 2013, et le 1er exportateur d’ananas en boîte et de jus d’ananas. La Thaïlande est exportatrice de longan et de durian, qui avec l’ananas, représentent plus de 50% des exportations de fruits de la Thaïlande. Par ailleurs, la Thaïlande produit des bananes (15e producteur mondial avec 1,6Mt en 2013) et des noix de coco (9e producteur mondial avec 1Mt). Enfin, la Thaïlande est le 2e producteur mondial de maïs doux, derrière les états-Unis et devant la Hongrie et la France.

Productions animales

La filière d’élevage la plus dynamique pour la production de viande est la filière avicole. 267millions de poulets et 15millions de canards sont recensés en 2014 par la FAO. La Thaïlande a produit environ 1,5Mt de viande de poulet en 2015. En termes d’exportation, avec de l’ordre de 0,5-0,6Mt exportés, la Thaïlande est le 4e exportateur mondial de viande de poulet après le Brésil, les états-Unis et l’Union Européenne. Il s’agit principalement de viande de poulet transformée, destinée en premier lieu au Japon et à l’Union Européenne, la Thaïlande s’étant repositionnée sur ce créneau suite aux fermetures de marché rencontrées pour la viande non transformée suite à la catastrophique épidémie de grippe aviaire de 2008. Toutefois, la réouverture des marchés européen (juillet 2012), japonais (décembre 2013) et coréen (juin 2015) pour la viande non transformée alimente également la croissance des exportations ces dernières années.

La viande de porc est la deuxième la plus consommée en Thaïlande après la viande de poulet. La Thaïlande dispose d’un cheptel de 7,6 millions de porcs en 2014 d’après la FAO, essentiellement destinés à la production pour le marché intérieur. De manière plus marginale, le secteur de l’élevage thaïlandais compte 448000 caprins et 44000 ovins.

Le cheptel bovin compte 4,9millions de têtes en 2014 d’après la FAO, auxquelles il faut ajouter 1million de buffles. Ce cheptel bovin inclut de l’ordre de 0,6million de vaches laitières. La production de lait est relativement développée en Thaïlande, tout au moins en comparaison avec celle de ses voisins d’Asie du Sud-Est. Elle est en croissance et la Thaïlande est autosuffisante à 50-60% pour les produits laitiers. Cependant, cette filière demeure peu compétitive par rapport à ces compétiteurs d’Océanie (Nouvelle-Zélande, Australie) et même d’Asie du Sud-Est (Vietnam) et son avenir demeure largement conditionné au maintien des soutiens et des barrières tarifaires actuels.

Avec environ 2 600 km de côte et une aire maritime de 316000 km2, la Thaïlande présente un secteur de la pêche et de l’aquaculture très développé. Celui-ci joue ainsi un rôle important dans la sécurité alimentaire et l’économie du pays. La pêche marine représente un total de captures de 1,6Mt en 2012 (14e producteur au monde) d’après la FAO, en baisse par rapport à ce qu’elles étaient dix ans plus tôt (2,7Mt et 9e producteur mondial en 2003) du fait de la surexploitation des ressources halieutiques. La production aquacole se monte à 1,2Mt en 2012 (7e producteur au monde), dont 50% consiste en l’élevage de crevettes (2e producteur mondial après la Chine). Toutefois, la production de crevettes a été divisée par deux en 2013 du fait de problèmes sanitaires (syndrome de mortalité précoce) ; elle est en cours de rétablissement pour retrouver son niveau antérieur.

L’industrie agro-alimentaire thaïlandaise

La Thaïlande dispose de l’industrie agroalimentaire la plus développée d’Asie du Sud-Est. à l’échelle nationale, il s’agit du premier secteur industriel du pays. L’agroalimentaire compte 9130entreprises (2010), dont 91% de petites entreprises, 6% de moyennes entreprises et 3% de grandes entreprises. 870000 personnes travaillent dans le secteur agroalimentaire (2007), dont 37% dans des petites entreprises, 12% dans des moyennes entreprises et 51% dans des grandes entreprises. Les groupes dominant le secteur agroalimentaire thaïlandais, jusqu’à récemment d’importance régionale, commencent à émerger à l’échelle mondiale. Ainsi, ThaiBev est le premier groupe d’Asie du Sud-est à rentrer dans le top 100 mondial des principales entreprises de produits alimentaires (classé n° 74 dans le classement 2015 du magazine Food Engineering).

La stratégie de développement de l’industrie agroalimentaire thaïlandaise est tournée vers l’exportation. De fait, elle a acquis des positions très fortes pour plusieurs productions à l’échelle internationale : les produits de la mer congelés ou transformés (en particulier crevette et thon), le traitement du riz, la préparation et la transformation de la viande de poulet, la transformation de l’ananas (conserves, jus de fruit) et du maïs (conserves de maïs doux et de maïs miniature), les assaisonnements. Si le développement de l’industrie agroalimentaire thaïlandaise s’est construit sur des produits peu transformés (conserves, produits congelés), la tendance est au développement croissant de produits davantage sophistiqués (ingrédients, plats cuisinés).

Politique agricole

Un développement de l’agriculture historiquement soutenu de manière efficace par l’Etat

La première phase de développement de l’agriculture thaïlandaise s’étend des années 1960 à 1980 et a principalement reposé sur l’extension, soutenue par l'état, des surfaces agricoles (déforestation) et la mobilisation de la main d’oeuvre disponible croissante du pays du fait de sa transition démographique. Dans la période suivante, des années 1980 à la crise asiatique de la fin des années 1990, l’agriculture voit une partie de sa main d’oeuvre se tourner vers le secteur manufacturier, très dynamique, et doit ainsi progresser en matière de productivité (variétés améliorées, utilisation croissante d’intrants, mécanisation…).

Ce développement de l’agriculture a été soutenu par d’importants investissements en matière d’infrastructure, notamment en matière de route et d’irrigation. Par ailleurs, une attention a été portée à la question de l’accès au crédit des agriculteurs avec en particulier la mise en place dès 1966 de la Bank for Agriculture and Agricultural Cooperatives (BAAC) appartenant à l’état. Enfin, la Thaïlande a fortement soutenu le développement de son industrie agroalimentaire, notamment à travers des entités publiques ou semi-publiques, qui a joué un rôle important dans la spécialisation et l’orientation vers l’exportation de son agriculture.

Avec la fin de la crise asiatique, l’agriculture thaïlandaise connaît une nouvelle phase d’essor depuis le début des années 2000 avec trois orientations : intensification, spécialisation et amélioration de la qualité pour accéder aux marchés les plus rémunérateurs. Dans ce cadre, les grands enjeux agricoles pour la Thaïlande sont ceux du développement durable :

  • amélioration de la productivité et de la compétitivité de l’agriculture et de l’élevage, tout en faisant face aux grands défis environnementaux (aquaculture, gestion des intrants) ;
  • amélioration de la qualité des produits et de la sécurité sanitaire des aliments, en particulier à l’exportation ;
  • meilleure distribution des richesses et diminution des disparités entre villes et campagnes, de l’insécurité foncière et de l’important endettement du petit paysannat.

Un modèle de développement de l’agriculture tourné vers l’exportation qui se heurte à actuellement à la question de sa durabilité

Après une phase de limitation des exportations agricoles (du fait de taxes sur les exportations de produits agricoles afin de financer le développement d’autres secteurs d’activité), notamment de riz, jusqu’au début des années 1980, la Thaïlande a progressivement renforcé l’orientation exportatrice de son agriculture. Le ministère de l’agriculture et des coopératives dispose d’une stratégie spécifique de développement à l’international, récemment mise à jour pour la période 2012-2016, visant à faire de la Thaïlande la «Cuisine du Monde ».

Membre fondateur du groupe de Cairns des pays exportateurs de produits agricoles, la Thaïlande est favorable à la libéralisation des échanges dans ce domaine. Toutefois, elle maintient des dispositifs de soutien forts pour plusieurs secteurs, comme par exemple le sucre. Plus globalement, elle fait preuve de peu de transparence sur les soutiens apportés au secteur agricole, notamment au regard de ses obligations en la matière en tant que membre de l’OMC. Ainsi, faute d’obtenir des réponses satisfaisantes aux questions posées sur la conformité des soutiens apportés au secteur sucrier en Thaïlande, le Brésil a décidé en avril 2016 de porter plainte auprès de l’OMC à ce sujet. Par ailleurs, à titre d’exemple complémentaire, l’Union Européenne applique depuis 2006 des droits anti-dumping aux exportations thaïlandaises de maïs doux en direction du marché communautaire.

Au-delà des questions commerciales, la Thaïlande doit également faire face de manière accrue au défi du développement durable de son secteur agricole, à la fois dans sa dimension environnementale mais également sociale. à titre d’exemple, le secteur de la pêche et de l’aquaculture fait actuellement l’objet d’une attention forte de la part des pays consommateurs, en particulier l’Union européenne et les états-Unis. En effet, la Thaïlande est sous la menace d’une fermeture d’accès au marché européen du fait des pratiques constatées de pêche illégale. Par ailleurs, les états-Unis ont rétrogradé en 2014 (décision renouvelée en 2015) la Thaïlande dans la catégorie la plus basse de leur classement en matière de lutte contre la traite des personnes, notamment dans le secteur de la pêche.

Une filière riz qui se retrouve au coeur des tensions politiques et du virage vers une nouvelle stratégie pour le secteur agricole

Alors que la Thaïlande avait occupé la position de premier exportateur mondial de riz pendant une trentaine d’année, l’année 2012 a marqué un tournant dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.

Suite aux élections de 2011, la Thaïlande a mis en place un dispositif de soutien du revenu des riziculteurs (achat public de riz à un prix supérieur de 50% environ au prix pratiqué sur les marchés internationaux) qui a réorienté vers le marché domestique des volumes importants de riz auparavant exportés. Ainsi, en 2012, la Thaïlande est passée de 1ère à la 3e position parmi les pays exportateurs de riz, après l’Inde et le Vietnam, Le caractère non soutenable du dispositif s’est confirmé dès l’année 2013 avec la saturation des capacités intérieures de stockage, les risques croissants de dégradation de la qualité du riz (et donc d’accentuation des pertes à la revente) et des difficultés budgétaires croissantes pour assurer le paiement des quantités achetées aux riziculteurs, sans parler des soupçons de corruption qui ont entaché sa mise en oeuvre. Dans un contexte plus général de crise politique et de paralysie de l’état, le programme s’est brutalement arrêté début 2014.

En parallèle, depuis le début de l’année 2014, la vente du riz stocké a démarré et se poursuit encore en 2016. Elle a conduit à une nouvelle hausse des exportations malgré un contexte de récoltes limitées par des sécheresses consécutives. Compte tenu de ces difficultés et du contexte de faiblesse des ressources en eau qui se poursuit en 2016, la junte militaire actuellement au pouvoir tâche d’encourager les agriculteurs à abandonner le riz au profit d’autres cultures (maïs, canne à sucre, fruits et légumes,…) et souhaite limiter la récolte pour 2015 à 25Mt de riz (paddy). Plus globalement, une nouvelle stratégie à un horizon de 20 ans a été annoncée non seulement pour le secteur rizicole mais également pour le caoutchouc, le manioc et la canne à sucre. La préparation de cette nouvelle stratégie, centrée sur la diversification de l’agriculture, devrait s’étendre sur 2016 pour une mise en oeuvre à compter de 2017.

Les indications géographiques (IG)

La Thaïlande a adopté en 2003 une législation spécifique aux IG, d’inspiration largement européenne (Act on Protection of Geographical Indication BE 2546). Entrée en vigueur le 28 avril 2004, elle bénéficie aussi aux IG étrangères. L’implication de la Thaïlande dans les questions relatives aux IG est reconnue à l’échelle régionale : lors d’une réunion des pays de l’ASEAN tenue en 2010, la Thaïlande a été désignée par ses pairs comme chef de file des IG dans le plan stratégique de l’ASEAN. Par ailleurs, la Thaïlande a été en 2013 l’hôte du Symposium mondial sur les IG organisé tous les deux ans par l’OMPI.

Depuis l’adoption de sa loi sur les IG, la Thaïlande en a déjà reconnu 74 (dont 11 étrangères parmi lesquelles figurent Champagne et Cognac) à fin décembre 2014 d’après le Département de la propriété intellectuelle de Thaïlande. De plus, elle examine actuellement l’enregistrement de plusieurs dizaines d’IG supplémentaires. Elle a créé un logo officiel de reconnaissance des IG, apposé sur les produits concernés. Parmi les IG thaïlandaises, figurent des produits alimentaires, en particulier plusieurs variétés de riz aromatiques, de fruits (ananas, pomelo, litchi, mangue, banane,…) et des cafés, mais aussi des produits artisanaux, en premier lieu des soies mais également d’autres produits du tissage et des poteries.

Enfin, la demande présentée par la Thaïlande en juin 2010 (première demande issue de l’ASEAN) auprès de la Commission européenne pour l’enregistrement du riz sous IG «Khao Hom Mali Thung Khula Rong- ai2 » a été validée en février 2013. Suite à ce premier succès, la Thaïlande a obtenu en juillet 2015 l’enregistrement de deux IG complémentaires concernant des cafés (Kafae Doi Tung et Kafae Doi Chaang) et une demande a été introduite pour un second riz (Khao Sangyod Muang Phatthalung).

Echanges commerciaux

Le commerce agroalimentaire thaïlandais est structurellement excédentaire depuis plusieurs décennies et tourné vers le développement des exportations.

Les exportations

Les exportations de produits agroalimentaires de la Thaïlande représentent 27,1Md€ en 2015 d’après les Douanes thaïlandaises, soit 14,3% de l’ensemble des exportations du pays (190Md€). à ces exportations, il faudrait également ajouter les exportations de caoutchouc et de ses dérivés qui représentent 11Md€ en 2015.

Les préparations de viandes, poissons ou crustacés constituent le premier poste d’exportation avec 5,3 Md€, soit 19,6% des exportations agroalimentaires. Il s’agit principalement de préparations à base de thon (1,8Md€), de poulet (1,8Md€) et de crevette (0,8Md€). Par ailleurs, les exportations de poissons, crustacés et mollusques (non transformés) représentent 1,6Md€, soit 5,9% du total, dont 0,7Md€ de crevettes.

Le riz, second poste d’exportation, représente 4,2Md€ en 2015 (15,5% des exportations agroalimentaires). Suivent, en troisième position, les exportations de sucres et sucreries (essentiellement du sucre de canne) qui représentent 2,6Md€, soit 9,6% des exportations agroalimentaires. Les préparations à base de légumes ou de fruits se situent en quatrième position avec 2Md€, dont environ 1/3 à base d’ananas (conserves, jus de fruits,…).

Les exportations agroalimentaires de la Thaïlande en direction de la France s’élèvent à 313M€ en 2015 d’après les Douanes françaises. à ce total, il faudrait également ajouter 167M€ pour le caoutchouc et ses produits dérivés. En ce qui concerne les produits agroalimentaires, Il s’agit en premier lieu de céréales (riz) pour 65M€, de cacao (beurre, graisse et huile) pour 38M€ et de préparation à base de viandes, poissons ou crustacés (essentiellement thon, poulet et crevette) pour 34M€.

Les importations

Les importations de produits agroalimentaires de la Thaïlande ne représentent que 11,7Md€ en 2015 d’après les Douanes thaïlandaises, soit 6,4% de l’ensemble des importations du pays (182Md€). La balance commerciale agroalimentaire de la Thaïlande est ainsi très nettement positive avec un excédent de 15,4Md€.

Le premier poste d’importation agroalimentaire de Thaïlande est occupé par les poissons, crustacés et mollusques avec 2,1Md€, soit 17,9% du total des importations agroalimentaires. Il s’agit principalement de thon destiné à la transformation et, pour partie, réexporté une fois transformé.

Le soja constitue aussi un important poste d’importation avec 1,1Md€ de tourteaux et 1Md€ de fèves de soja. Les importations de céréales, constituées en quasi-totalité de blé, représentent 1,1Md€. Suivent les fruits avec 0,8Md€, dont un tiers de pommes, et les produits laitiers avec 0,6Md€.

Les importations agroalimentaires en provenance de France s’élèvent à 267M€ en 2015. Les principaux postes d’importation sont occupés par les céréales (blé) avec 98M€, les produits laitiers avec 36M€, les aliments pour animaux avec 33M€ et les boissons (essentiellement des vins et spiritueux) avec 32M€, etc. La réalisation d’importations importantes de blé en provenance de France par la Thaïlande en 2015 a permis de rééquilibrer la balance des échanges agroalimentaires entre les deux pays, jusqu’à présent très favorable à la Thaïlande.

Les conditions d’accès au marché thaïlandais

Malgré son ouverture internationale et une implication forte dans les différentes enceintes de négociations multilatérales, un certain nombre de contraintes tarifaires et non tarifaires subsistent concernant l’accès au marché agroalimentaire thaïlandais. Ni la création de l’Asean Economic Community (AEC) en 2015, ni les négociations d’un accord de libre échange avec l’Union Européenne, suspendues depuis 2014, n’ont permis de progresser sur ces points. La France a été autorisée à exporter du boeuf et du foie gras en 2014. Les discutions concernant les autorisations sanitaires d’exportations de produits animaux portent actuellement sur les abats de porc et de boeuf.

Accords internationaux

La Thaïlande est membre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) depuis le 1er janvier 1995. Elle est membre de la Commission du Codex alimentarius, de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et signataire de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). Le Codex alimentarius, la CIPV et l’OIE sont les trois organisations « sœurs » normatives reconnues par l’accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS) de l’OMC.

C'est un pays agro-exportateur très compétitif qui se situe parmi les états les plus offensifs dans le cadre de la négociation du cycle de Doha, du moins pour le volet agricole. Il est membre du groupe de Cairns, où figurent notamment le Brésil, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, ainsi que, pour l’ASEAN, l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines. Cet intérêt pour la libéralisation des marchés agricoles se retrouve logiquement dans les négociations bilatérales menées dans le domaine commercial. Au-delà de la coopération économique entre membres de l'ASEAN et des accords négociés à l’échelle de l’ASEAN, des accords ont d'ores et déjà été signés avec le Laos (1991), la Chine (accord agricole de 2003), le Pérou, l'Inde, l'Australie (2003), la Nouvelle-Zélande (2005), le Japon (2007) et le Chili (2015).

Devant les difficultés à progresser dans les négociations d’un accord de libre-échange avec l'ensemble de la zone ASEAN, l'Union européenne (UE) négocie pays par pays depuis 2009. A ce jour, les négociations sont achevées avec Singapour et le Vietnam et sont en cours avec la Malaisie, la Thaïlande les Philippines et devraient prochainement commencer avec l’Indonésie. Les négociations avec la Thaïlande ont débuté en mai 2013 et sont actuellement gelées dans l’attente d’une stabilisation de la situation politique.

Compte tenu de sa position sur le marché international du riz, la Thaïlande participe à l'initiative «Agricultural Market Information System» (AMIS) lancée dans le cadre du G20 et hébergée par la FAO à Rome. Ce projet vise à améliorer la transparence et la coordination politique sur les quatre principaux marchés agricoles (blé, riz, soja, maïs).

Relations bilatérales

L’Institut Agronomique, Vétérinaire et Forestier de France (IAVFF-Agreenium), rassemblant des établissements d’enseignement supérieur agricole sous la tutelle du MAAF et des organismes de recherche investis dans les domaines de l’agriculture, de l’alimentation, de la santé animale et de l’environnement (www.iavff-agreenium.fr/), est bien représenté en Thaïlande au travers de l'activité de plusieurs de ses membres.

De nombreux enseignants chercheurs issus des institutions relevant de ce consortium, et particulièrement du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), de Montpellier Supagro, d’AgroParisTech, d'Agrosup Dijon et de l’école Vétérinaire de Toulouse interviennent en Thaïlande par des missions de recherche, d’expertise, de formation et d’encadrement diplômant d’étudiants.

à noter sur le front de l’enseignement supérieur la mise en place, avec l’appui du CIRAD, dans le cadre du dispositif en partenariat sur les maladies émergentes GREASE (www.grease-network.org/), d’un master en co-diplomation intitulé InterRisk (Assessment and management of health risks at the human, animal and ecosystems interfaces) entre l’Université de Kasetsart et l’école Nationale Supérieure Vétérinaire de Toulouse. La première promotion d’étudiants est effective depuis 2015. Certains étudiants de ce master sont du reste soutenus par le Southeast Asian Regional Center or Graduate Study and Research in Agriculture (SEARCA) avec qui l’IAVFF-Agreenium à signé un accord le 25 février 2013.

Par ailleurs, la Thaïlande, pays émergent à revenus intermédiaires, est considérée par le CIRAD comme un partenaire privilégié pour une coopération centrée sur l’excellence scientifique, compte tenu de son investissement dans la recherche et l’éducation. Le CIRAD conduit donc, depuis plus de 30 ans, une activité de recherche forte, fondée sur des partenariats institutionnels et scientifiques de haut niveau, en particulier avec les grandes universités thaïlandaises. La Thaïlande est, pour le CIRAD, le 2e partenaire le plus important au monde, après le Brésil, en nombre de chercheurs expatriés. Le CIRAD dispose en 2016 d'un effectif de 16 chercheurs en Thaïlande, regroupés dans 3 structures d’enseignement recherche: l’Université de Kasetsart, King Mongkut's University of Technology Thonburi et l’Asian Institute of Technology. Ils interviennent essentiellement dans 3 dispositifs de recherche et enseignement, en partenariat avec plusieurs autres institutions, nationales ou internationales :

  • la plateforme de recherche sur l’hévéa et le caoutchouc naturel (www.hrpp.ku.ac.th) ;
  • le réseau régional GREASE de recherche formation sur l’épidémiologie des maladies émergentes (http://greasenetwork. com) ;
  • CANSEA - Agriculture de conservation en Asie du Sud-Est (www.cansea.org.vn ).

Les grands thèmes de recherche sur la période prennent en compte les priorités du CIRAD et du gouvernement thaïlandais :

  • comprendre les relations entre l’agriculture et l'environnement et entre les sociétés humaines et la nature pour gérer durablement les espaces ruraux ;
  • inventer une agriculture écologiquement intensive pour nourrir les hommes ;
  • anticiper et gérer les risques sanitaires infectieux liés aux animaux domestiques et sauvages et aux changements environnementaux ;
  • innover pour une alimentation accessible, diversifiée et sûre ;
  • étudier les conditions d'émergence et les modalités de valorisation des bioénergies en faveur des populations ;
  • accompagner les politiques publiques pour la réduction des inégalités structurelles et de la pauvreté.

Il convient de noter une implication de plus en plus marquée du partenariat avec le secteur privé français, européen et thaïlandais dans les recherches qui sont menées en Thailande.

L’INRA qui est en train de formaliser son partenariat avec le Land Development Departement (LDD) devrait être amené à s’impliquer plus significativement dans la recherche agronomique en Thaïlande.

Par ailleurs, un accord INRA-LDD (Land Development Departement – Unité mixte de recherche Ecologie de Biogéochimie des sols et des agro-éco systèmes) est en cours de préparation.

Dans le domaine de l’enseignement, on dénombre une vingtaine de mobilités sortantes d’étudiants stagiaires inscrits dans l’enseignement technique et autant provenant de l’enseignement supérieur.

Sources : Ambassade de Thaïlande, MAAF

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