Stéphane Travert souligne les spécificités du bassin méditerranéen en matière de pêche et d'aquaculture
14/06/2018
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr
Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation a prononcé un discours sur la pêche et l'aquaculture ce jeudi 14 juin 2018 lors des 9e assises de la pêche et des produits de la mer, organisées à Sète, dans l'Hérault. Stéphane Travert s'est notamment exprimé sur les qualités du bassin méditerranéen, a évoqué le brexit, mais également le renouvellement des générations et les avancées des filières pêche et aquaculture grâce au projet de loi agriculture et alimentation. Extraits.

« Je tiens à souligner l’intérêt que je vois à pouvoir tenir ces Assises sur la façade méditerranéenne, pour la première fois je crois, façade aux enjeux maritimes si importants et si divers.

C’est l’occasion de rappeler les spécificités et l’importance souvent oubliées, du bassin Méditerranéen et de nos régions méditerranéennes en matière de pêche et d’aquaculture. En matière d’aquaculture, je pense notamment à l’élevage du bar et de la dorade qui a trouvé ses origines en Méditerranée, mais aussi à la conchyliculture, activité emblématique de la région et dont le dynamisme mérite d’être souligné.

Pour ce qui est de la pêche, on oublie souvent que 46% des navires de la flotte de l’Union européenne exercent en Méditerranée. Presque un patron-pêcheur sur deux en Europe, dépend ainsi, pour assurer une activité économiquement viable, du bon état écologique de cette mer commune. En France, un marin-pêcheur sur six est un méditerranéen pour un tiers de la flotte française, hors outre-mer. Ce sont vingt thoniers-senneurs et plus d’une cinquantaine de chalutiers qui font travailler quatre criées, mais c’est surtout une multitude de petits métiers qui font vivre de très nombreuses familles dans les différents ports tout au long du littoral, de la frontière espagnole à la frontière italienne, sans oublier la Corse bien sûr.

La mer Méditerranée est une mer particulièrement riche qui permet ce dynamisme. Mais je n’en oublie pas moins que c’est un écosystème très fragile, particulièrement exposé à un ensemble de pressions. Qu’il s’agisse de l’urbanisation, du tourisme, de la prospection ou de l’exploitation pétrolière et de toute forme de pollution, qu’elle soit terrestre ou maritime. Les organisations non gouvernementales sont là pour nous le rappeler et je pense en particulier à la récente campagne du WWF sur les enjeux liés aux plastiques spécifiquement en Méditerranée.

Le Brexit

Je souhaite insister sur le fait que la période de transition, synonyme de maintien transitoire, jusqu’au 31 décembre 2020, de l’acquis communautaire notamment en matière de politique des pêche n’est pas encore acquise, loin s’en faut.

Si le 30 mars 2019, par malheur, le Royaume-Uni devait brutalement couper les ponts avec l’Union européenne, sans accord de retrait et donc sans période de transition, les conséquences seraient brutales et immédiates. Si le pire n’est jamais certain, il convient toutefois de s’y préparer, vous comme nous.

Néanmoins, à ce stade, comme vous aurez pu le constater, le Gouvernement mais aussi l’Union européenne, prennent fortement en compte les enjeux et les intérêts de la pêche et nous pouvons nous en féliciter.

Nul ne sait à ce jour si une forme d’union douanière à géométrie variable persistera, mais je défendrai avec force ma conviction : l’accès au marché unique de l’Union est consubstantiel à l’accès aux eaux du Royaume-Uni pour les navires battant pavillon d’un Etat membre.

Des efforts de gestion qui donnent des résultats

Je souhaite, pour le thon rouge, que les négociations de novembre prochain au sein de l’ICCAT débouchent sur l’adoption par cette organisation d’un plan de gestion, se substituant enfin à un plan de reconstitution, après une décennie d’efforts et de restrictions.

Donc, oui, je le dis sans ambages, les efforts lorsqu’ils sont concertés, proportionnés et basés sur des avis scientifiques fiables et concordants, et parce qu’ainsi ils peuvent être compris, permettent de créer les conditions pour vivre décemment et durablement d’un métier passionnant.

Gestion des pêches en Méditerranée

Je souhaite tout d’abord saluer le fait que les activités de pêche au gangui pourront se poursuivre dans le Var selon les conditions renforcées associées au plan de gestion dédié à ce métier si particulier. J’ai personnellement plaidé auprès du Commissaire Vella pour que la double dérogation soit prolongée au moins jusqu’en mai 2020. Il ne faut pas néanmoins se laisser bercer par l’illusion d’une continuation indéfinie, c’est bien d’une extinction progressive du gangui, comme pour les bouilleurs de cru, dont il est question.

En matière de gestion de la ressource, la situation de certains stocks reste préoccupante. C’est en particulier le cas, nous le savons tous, en Méditerranée, d’espèces telles que le merlu ou le rouget, que nous devrons mieux gérer, ensemble, avec nos voisins espagnols et italiens.

Des travaux ont démarré sur des outils concrets au niveau communautaire, avec la récente proposition de plan pluriannuel pour les espèces démersales de Méditerranée occidentale. Sans attendre, nous avons su avec l’Espagne, dès cette année, prendre les devants pour protéger juvéniles et reproducteurs de merlu et de rouget dans le golfe du Lion, en imposant, notamment, des fermetures spatio-temporelles.

Au sujet du plan pluriannuel, je l’ai dit en Conseil des ministres à Bruxelles, cette proposition est une bonne base de discussion, qui témoigne d’une prise en compte des spécificités méditerranéennes

Pour autant, plusieurs points importants ne sont pas satisfaisants et nécessitent des évolutions substantielles :
davantage de progressivité dans les efforts ;
une meilleure intégration des contraintes socio-économiques ;
et un recadrage de mesures disproportionnées telle la fermeture de larges zones de pêche durant la pleine saison touristique, génératrice d’effets report dangereux.

Les enjeux de l’aquaculture

Le développement de l’aquaculture est une priorité politique, tant européenne que nationale. C’est l’une de mes priorités car ce secteur dispose d’un fort potentiel de développement et d’un contexte très porteur :

  • demande soutenue des consommateurs de produits de qualité ;
  • capacité des professionnels français à répondre à cette demande, car ils sont engagés dans des démarches de qualité et disposent d’un savoir-faire reconnu en s’appuyant sur une recherche très performante.

Il n’en demeure pas moins que le développement de l’aquaculture en France est confronté à de nombreux défis, voire parfois à de véritables freins, qu’il importe de lever si l’on veut libérer l’important potentiel de la filière : image de l’aquaculture ; gestion des risques qu’ils soient sanitaires ou environnementaux ; accès à l’espace, réglementation complexe et difficilement lisible…

L’un des principaux enjeux pour le secteur de la pisciculture est donc de faire connaître et valoir ces réels efforts, ainsi que les effets positifs qu’elle peut – comme la conchyliculture - avoir pour l’environnement.

Le renouvellement des générations dans les filières pêche et aquaculture

Le renouvellement des générations passe, avant tout, par l’attractivité des métiers. Qui dit métier attractif, dit d’abord mise à disposition d’outils de production modernes répondant aux attentes des jeunes, leur donnant envie de s’engager dans ces secteurs.

Mais, au-delà de ces leviers juridiques ou financiers dont dispose l’État, le renouvellement des générations passe également et surtout par la mobilisation des acteurs professionnels eux-mêmes qui doivent savoir faire connaitre leurs métiers et le faire aimer.

Les avancées des États généraux de l'alimentation

Le projet de loi, en cours de discussion à l’Assemblée Nationale, traduit l’engagement du Président de la République d’approvisionnement de la restauration collective en 50% de produits locaux, sous signes de qualité ou issue d’une agriculture biologique d’ici 2020. En ce qui concerne spécifiquement la pêche, le Gouvernement a tenu à citer explicitement l’écolabel des produits de la pêche parmi les produits répondant à cette obligation.

Cet écolabel, conforme aux lignes directrices de la FAO sur la pêche responsable et sur l’éco-étiquetage, a été enrichi de critères sociaux et économiques (valorisation par la qualité) respectant la définition du développement durable.

Compte tenu du puissant levier de changement des comportements alimentaires que représente la restauration collective, cette évolution législative est un élément extrêmement important pour développer cette certification publique en faveur d’une pêche durable. »

Une journée de déplacement dans l'Hérault

Plus tôt dans la journée du 14 juin, Stéphane Travert avait commencé son déplacement à Montpellier, partageant un temps d'échanges avec des enseignants-chercheurs et des étudiants dans la vigne pédagogique de l'Institut national d'études supérieures agronomiques, Montpellier SupAgro. La dimension patrimoniale de l'établissement lui a été présenté, ainsi que le plan du campus « cœur d'école numérique ».

Dans l'après-midi, le ministre visite l’entreprise Les poissons du Soleil qui lui présentera ses bassins d’élevage des alluvions. Enfin, la technique d’élevage des huîtres sur fil avec collage sera présentée au ministre lors de sa visite du mas « La Catonière » à Bouzigues, puis Stéphane Travert terminiera sa journée par la visite de la criée de Sète.