#SIA2018 : être juré consommateur au Concours Général Agricole
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© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr
Chaque année, le Concours Général Agricole récompense les meilleurs produits du terroir français. Parmi le jury, des professionnels, mais aussi des consommateurs avertis venant du grand public. Comment participer ? Comment se déroule la finale ? Réponses de Benjamin Filaferro, grand passionné de fromages et juré de l'édition 2017.

Après une carrière de consultant aux Emirats Arabes Unis, Benjamin Filaferro est rentré en France. Il travaille actuellement pour un éditeur juridique. Ce parisien de trente-sept ans n'a à priori aucun ancrage avec le milieu agricole…

Étape 1 : une candidature motivée

Mais en 2017, un jeune collègue lui raconte une expérience étonnante : il a été juré consommateur averti au Concours Général Agricole. « Cela m'a intrigué. J'ai toujours porté attention aux produits que j'achète, j'avais déjà remarqué le logo avec la feuille de chêne », se souvient Benjamin Filaferro. Il a alors découvert que le jury du Concours est composé de professionnels et de consommateurs avertis, c'est-à-dire des amateurs de la gastronomie

française.

Depuis tout petit, Benjamin s'est découvert une passion… pour les fromages. « J'ai une préférence pour les fromages fatigués, forts, du type roquefort. Lorsque j'étais enfant, je pouvais me lever au beau milieu de la nuit pour aller en grignoter un morceau », raconte-t-il.

C'est donc tout naturellement que l'ingénieur s'est inscrit pour la catégorie fromage. « J'étais curieux de voir comment les médailles étaient attribuées et de confronter mon palais à un exercice sérieux. Je voulais également participer à la sélection des bons produits. »

Étape 2 : former les palais à la dégustation

La participation à une formation gratuite est vivement recommandée. L'objectif ? Se former à la technique de la dégustation. Ces cours théoriques et pratiques sont dispensés par des professionnels à Paris et en Province. Pour être sélectionnés, les candidats doivent postuler en ligne et rédiger une lettre de motivation. Seule condition obligatoire : être présent lors de la finale qui a eu lieu lors du Salon international de l'agriculture, à la Porte de Versailles à Paris.

« Pour les fromages, un spécialiste de niveau international nous a tout d'abord appris les procédés de fabrication des produits. C'est important de bien les connaître pour ensuite apprécier les critères de sélection », explique Benjamin Filaferro.

La dégustation d'un produit commence dès le plateau : « on commence par regarder l'aspect extérieur du fromage, la croûte, la texture, l'odeur. Puis on découpe le fromage, on passe à la dégustation et au goût, au jeu de texture en bouche. On apprend à qualifier ce que l'on ressent ».

Étape 3 : la finale

Porte de Versailles, jour J. Ce n'est qu'après avoir décliné son identité que Benjamin Filaferro apprend quelle spécialité de fromages il va juger, une mesure de confidentialité pour éviter tout risque de favoritisme envers les producteurs. Benjamin rejoint les autres jurés. Autour de la table, ils sont six jurés consommateurs avertis et professionnels pour juger six tommes de brebis.

« Pour moi, cela représentait une vraie responsabilité. Les producteurs ont investi du temps et de l'argent pour participer à ce concours. On doit être à la fois impartial sur la remise des médailles et  justifier pourquoi tel produit mérite une médaille ou pas. Un produit primé peut augmenter ses ventes de 30 % dans l'année suivante ».  

Aucun logo ne figure sur les tommes : tous les produits sont anonymisés selon une méthodologie stricte. Après s'être présentés, les membres du jury commencent à noter les produits puis se concertent, échangent leurs impressions.

Verdict ? Les six membres s'accordent sur deux médailles d'argent. En revanche, pas de médaille d'or. C'est l'une des spécificités du Concours Général Agricole : il n'est pas obligatoire de remettre la plus haute distinction si le jury estime que le niveau d'exigence n'est pas atteint. On ne peut ainsi primer que 30% des échantillons dégustés.

Étape 4 : le bilan

Après avoir été juré consommateur averti, change-t-on sa manière de consommer et d'acheter des produits ? Pas si l'on est un grand amateur de gastronomie depuis des décennies, d'après Benjamin. « Je prêtais déjà attention aux signes de qualité. Dorénavant, j'ai étoffé mon vocabulaire et appris de nouveaux termes comme dire qu'un fromage « sent l'animal » ou bien « sent le cuir » ».

Le bilan de cette expérience ? Un « exercice sérieux mais bon enfant » qui a séduit Benjamin Filaferro. Pour l'édition 2018, il réitère l'expérience et jugera des foies gras.

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