Bruno Le Maire favorable à une politique publique ambitieuse de l'alimentation
« Je veux mettre en place une politique publique de l'alimentation » a expliqué Bruno Le Maire, au court d'un débat sur « l'Europe à table », organisé dans le cadre de la 20ème Semaine du Goût, réunissant une centaine de jeunes étudiants européens et élèves d'écoles hôtelière ainsi que des professionnels renommés des arts de la table et de l'alimentation.
Prenant l'exemple de la sécurité routière pour souligner la nécessité d'une implication à long terme des pouvoirs publics et des opérateurs économiques, le ministre de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche estime qu'il est temps de passer des indications ponctuelles du type « 5 fruits et légumes par jour »... à une vraie politique ambitieuse qui pourrait s'articuler autour de trois pistes :-
diffuser les recommandations nutritionnelles auprès de tous les publics, « les populations les plus favorisées étant souvent les mieux informées sur la question ».
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concevoir un soutien public à l'alimentation de tous les Français pour assurer une alimentation décente et de qualité. Ce point revêt selon le ministre une dimension européenne. « Sur 100 milliards de budget annuel agricole, les USA consacrent 60 milliards de dollars (environ 55 Md€) à l'alimentation de leurs concitoyens (Food stamps, aide alimentaire... – ndlr). En Europe, le budget alloué est dix fois moins important de l'ordre de 500 millions d'euros ».
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objectiver et expliciter les liens entre santé et alimentation : « quels aliments, quelles pratiques permettent de s'assurer une meilleure santé, de se prémunir de certaines maladies ? »
« Un enjeux pour la fin du quinquennat », estime Bruno Le Maire qui a indiqué que des premières dispositions législatives viendront dès la fin de l'année donner une première traduction à cette politique publique de l'alimentation. Des pistes qu'il propose de discuter également avec les grands noms de la gastronomie française.
Un débat sans concessions
Les chefs et artisans de renom entourant le ministre ont prouvé qu'ils ne manquaient pas de visions en la matière. Éric Fréchon, élu meilleur chef de l'année 2009 pour son travail au Bristol (Paris), est convaincu que « les jeunes savent faire la différence entre des bons et des mauvais produits » mais qu'il convient « d'éduquer le palais dès le plus jeune âge », et qu'on ne juge pas de la qualité d'un fruit ou d'un légume que sur son apparence.
Le célèbre pâtissier Pierre Hermé a lui souligné l'importance de la culture dans un aliment : « expliquer sa dimension culturelle, son histoire, sa géographie c'est permettre un meilleur discernement entre les produits ». « Il y a une dimension sociale, un goût du partage, d'être à table qui est propre à notre culture alimentaire française et européenne » a répondu Bruno Le Maire, « Il faut transmettre cette dimension et cette envie ». Mais « comment faire quand notre organisation sociale et économique nous presse et nous laisse peu de temps ? » s'est interrogée Anna, étudiante allemande. « Il y a une connaissance de la préparation du vite et bon à manger qui a tendance à disparaître » évoque Pierre Hermé.
Mais des signaux positifs, comme les résultats du programme de recherche Alim'Ado cités par le ministre, existent et montrent qu'il n'y a pas lieu d'opposer « fastfood » et « bonne bouffe », que les pratiques sont plus complexes et que le bien manger peut prendre des formes variées et adaptées aux nouvelles contraintes.
Patrick Roger, chocolatier meilleur ouvrier de France, et Alex Croquet, meilleur boulanger du monde à Wattignies (nord), se sont inquiétés de la disparition des commerces et de l'artisanat de proximité. « C'est un espace d'échanges pour le consommateur qui est en danger. La consommation c'est l'exercice d'une liberté ».
Autre levier identifié pour agir sur l'alimentation, celui de la restauration collective et des cantines. Pour Éric Fréchon, « il faudrait déjà commencer par remettre les cuisiniers derrière les fourneaux dans les cantines » et réduire la part des produits préparés. C'est un domaine où « la volonté politique a manqué jusqu'à présent et où elle peut typiquement s'exprimer à l'avenir », assume Bruno Le Maire. « Nous avons déjà pris l'engagement, lors du Grenelle de l'environnement, de porter à 20 % la part d'aliments issus de l'agriculture biologique d'ici 2012. Pourquoi ne pas s'inspirer également de ce que font les américains en incitant les cantines scolaires à s'approvisionner en produits frais dans un périmètre restreint ? Pourquoi ne pas y valoriser les produits européens ? »
Une concurrence équitable
« Halte au protectionnisme à l'égard des produits agricoles des pays en développement comme ceux de l'Amérique latine », s'interroge Rodrigo, un étudiant brésilien. « L'Union européenne n'est pas la zone la plus défensive en matière d'alimentation, rétorque Bruno Le Maire. Je suis favorable à l'équité totale dans les échanges. Il n'y a pas d'ambition à fermer les frontières mais de s'assurer que la concurrence est loyale entre un produit européen et un produit venant de pays tiers. Quand je demande à un producteur de fruits et légumes de réduire l'usage de pesticides, les produits étrangers doivent offrir les mêmes garanties sociales, environnementales... Sinon, on met la clé sous la porte », explique Bruno Le Maire, regrettant pour l'occasion la décision des États-Unis d'attaquer l'Union européenne devant l'Organisation mondiale du commerce du fait de son refus d'importer les poulets américains décontaminés avec des produits chlorés.
Mais tout cela a un coût, reconnaissent l'ensemble des parties présentes. « Est-ce que l'Europe veut se préoccuper de bien nourrir ses habitants ? Il est clair qu'il ne faut pas attendre des ménages qu'ils arbitrent spontanément leurs dépenses en faveur d'une meilleure alimentation. Il faut que ce choix soit fait à l'échelle de l'Union européenne », reconnaît Bruno Le Maire qui entend bien convaincre ses partenaires européens.
L'Europe à table
Ce débat était aussi l'occasion du lancement d'une exposition itinérante en Europe jusqu'en juillet 2010. Les 27 photographies illustrant « l'Europe à table » ont été sélectionnées parmi plus de 1000 clichés dans le cadre du concours du Jeune Prix de la Culture Européenne (www.jpce.org) édition 2009, organisé par l’Association Française Internationale et Globus Mundi.
Vidéo : "L'Europe à table", exposition-débat dans le cadre de la Semaine du Goût
Vidéo : Intervention de Bruno Le Maire sur la politique publique de l'alimentation




