Saumur-Champigny: la biodiversité fait son retour dans les vignes !

Depuis 2004, l’appellation Saumur-Champigny a lancé une grande campagne de plantation de haies et de bosquets pour permettre le retour de la biodiversité au cœur des vignes. Les paysages changent, et avec eux la perception de la viticulture qui favorise désormais les interactions avec le milieu naturel pour lutter contre les insectes ravageurs.

Inverser la tendance : le choix des producteurs de Saumur-Champigny

« C’est un vin léger, fruité, charnu, facile à boire : complexe et décomplexé… », explique Patrice Retif, Président du syndicat des producteurs de Saumur-Champigny. Fier de son produit, le viticulteur est également attaché à ces paysages de bord de Loire où cohabitent depuis des siècles la vigne, les bois et les autres cultures.
Pourtant, dans les années 80, le vignoble connaît - comme beaucoup d’autres - une certaine dérive vers l’intensif : moins d’arbres isolés et de murets, plus de désherbage... Au début des années 2000, les viticulteurs de l’appellation décident d’inverser la tendance. Soucieux de leur image et de leur cadre de vie, ils se rapprochent de Maarten Van Helden, professeur à Bordeaux Science Agro (anciennement Enita) et de Guillaume Pain, de l’ESA d’Angers, qui travaillent sur le rôle de la biodiversité et des paysages pour réguler naturellement les populations de ravageurs (1). Il apparaît en effet que les haies, bosquets, talus et autres murets végétalisés offrent des abris pour la faune, notamment pour les prédateurs de ces insectes ravageurs. Sur la base du volontariat, certains vignerons commencent dès 2005 à planter ici et là des haies et des arbres.

Des amandiers dans les vignes

En replantant des haies, certains viticulteurs ont également renoué avec la tradition de planter des amandiers au milieu des vignes. Cet arbre d’origine méditerranéenne, qu’on n’imagine pas dans une région si septentrionale, apprécie en effet les sols calcaires et la douceur du climat lié à la proximité de la Loire

Dans un premier temps, des études sont menées pour identifier les différents ravageurs dans les parcelles et observer leur répartition dans le vignoble. On remarque ainsi que l’espèce Eudemis - un papillon dont le ver s’attaque à la grappe de raisin - est moins présent quand le paysage est plus diversifié (2).

20 kilomètres de zones écologiques réservoir aménagées depuis 2004

En 2008, la démarche est formalisée à l’occasion de l’adoption d’un plan d’aménagement d’appellation. Dans certaines zones, les grandes étendues de vigne sont alors fragmentées en créant des corridors de biodiversité (3). Plantation de haies, de bosquets, végétalisation d’anciens murs… en tout 20 kilomètres de zones écologiques réservoir sont aménagés entre 2004 et 2012, en plus des 14 kilomètres déjà existants. Les espèces buissonnantes utilisées (viorne, cornouiller, fusain, bourdaine, etc) sont des essences champêtres déjà présentes dans les espaces naturels environnants. Elles sont ainsi plus rustiques et mieux adaptées pour accueillir la faune locale.

Il est prouvé que la plantation de ces haies favorise la présence des insectes auxiliaires et accroît la biodiversité autour des vignes, mais permet-elle pour autant d’utiliser moins de pesticides ? « Il est encore trop tôt pour chiffrer les effets liés à ces nouveaux aménagements paysagers », reconnaît Marie-Anne Simonneau, animatrice pour le syndicat des producteurs de Saumur-Champigny et en charge du projet. « En rendant obligatoire l’enherbement des inter-rangs, nous avons déjà fortement réduit l’utilisation d’herbicides, et nous commençons depuis 2009 à réduire également l’utilisation d’insecticides », précise-t-elle. En parallèle, l’appellation Saumur-Champigny met régulièrement à la disposition des vignerons des bulletins d’information détaillant le niveau de pression exercé par les parasites et les maladies sur l’aire de production. Ces outils d’aide à la décision accompagnent la réduction de l’usage des produits phytosanitaires et en premier lieu celui des insecticides.

Au-delà de la plantation de haies, c’est donc une démarche globale en faveur de l’agriculture durable qui se met en place dans ce vignoble. Des initiatives qui doivent beaucoup au dialogue et à l’entraide entre vignerons, comme le souligne Patrice Rétif : « La bonne entente qui règne dans l’appellation est une force. On arrive à bouger et à faire des choses ensembles. Dans une démarche collective comme la nôtre, ça change tout ».

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L’AOP Saumur Champigny en chiffres :

9 communes
120 producteurs
1600 hectares de vignes en production, dont 95%de cépage cabernet franc
10 millions de bouteilles produites par an en moyenne
50 millions d’euros de chiffre d’affaires
93%des ventes réalisées en France, essentiellement dans le quart nord-ouest
100%des inter-rangs enherbés ou cultivés

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