Réapprendre la vie du sol
Ci-après
© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr

« Lorsque j’ai mis fin à mes labours, tout le monde s’est moqué de moi et de mes champs bourrés d’adventices ! Mes voisins étaient persuadés que j’étais fou et qu’ils allaient pouvoir racheter mes terres dans dix ans. » On est en 2012. Michel Durand, agriculteur en polyculture, qui laboure à « ses heures perdues » ne voit plus d’oiseaux picorer son sillon de labour. « Je n’avais plus de vers de terre ! Le travail du sol tue la faune du sol qui passe de l’horizon aérobie à anaérobie. Mon sol n’avait plus d’humus, plus de capacité à retenir l’eau. J’ai pris conscience de la perte de la vie de mon sol et arrêté la charrue ».

Retour aux fondamentaux de l’écologie et de l’agronomie

En passant au semis direct, Michel Durand repart de zéro. Aux fondamentaux l’écologie et de l’agronomie. La longue rotation est le seul moyen d’éliminer des mauvaises herbes lorsqu’on ne travaille plus les sols. D’une monoculture intensive de blé et de maïs ce pionnier passe ses 96 hectares en rotation diversifiée de céréales, blé, orge, maïs, soja, sorgho. « Faire 50 quintaux de blé en conventionnel, c’est fastoche. En semis direct, c’est plus compliqué ! J’ai raté 27 hectares de colza avec un précédent blé. Les limaces ont tout dévoré ! Je l’aurais semé après une féverole - la limace en a horreur -, j’aurais pu m’en débarrasser ! Le semis direct est une technique très pointue. Il faut réapprendre la vie du sol, les prédateurs, les auxiliaires, les cycles des espèces et des adventices… Ce sont les plantes qui, avec leurs différentes structures de racines travaillent le sol et remplacent ta charrue. C’est à toi de bien choisir les espèces qui conviennent à tes sols ! ». Ses sols sont maintenant couverts en permanence par six plantes qui apportent au sol de l’azote, qui coupent la diffusion des maladies, qui rebutent les limaces voraces…

Travailler au plus près de la nature

Ses voisins se moquent. Quelques années seulement. « Le soir venu, quand je quittais mes champs, les voisins venaient épier ce que j’avais fait. Leurs rendements étaient supérieurs aux miens… Mais cela leur coûtait plus cher de les produire! ». Aujourd’hui, Michel Durand est fier : « J’ai retrouvé le vrai sens de mon métier. Le goût de travailler au plus près de la nature ! Je pense beaucoup en amont pour bien organiser ma succession culturale, mon agronomie et mes rotations… Pour au final passer moins de temps sur mon tracteur et ne travailler que 35 heures par semaine! ».

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