Questions / réponses sur les antibiotiques à usage vétérinaire et sur l’antibiorésistance
Campagne d'information "écoantibio" au Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d'Alfort
Campagne d'information "écoantibio" au Centre Hospitalier Universitaire Vétérinaire d'Alfort ©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr

Qu’est-ce qu’un antibiotique ?

Les antibiotiques sont des médicaments capables d’entraîner la destruction (effet bactéricide) ou l’arrêt de la multiplication (effet bactériostatique) des bactéries. Un grand nombre d’antibiotiques sont des molécules naturelles, fabriquées par les micro-organismes eux-mêmes : des champignons ou d’autres bactéries. Ils les produisent pour éliminer les bactéries concurrentes avec lesquelles ils sont en compétition dans leur biotope.

En tant que médicament, à partir d’une certaine concentration et/ou au bout d’un certain temps, les antibiotiques permettent d’assurer efficacement et en toute sécurité, le contrôle de nombreuses bactéries pathogènes à l’origine des maladies dites infectieuses humaines et animales. Ils n’ont en revanche aucune action contre les virus.

Pourquoi utilise-t-on des antibiotiques en élevage ?

Comme tout être vivant, les animaux sont sujets à des maladies qu’il est nécessaire de prévenir ou de traiter. Dès lors qu’un animal est sujet à une infection bactérienne, il doit recevoir un antibiotique pour traiter les maladies infectieuses d’origine bactérienne, car seuls des animaux sains peuvent fournir des denrées alimentaires sans risque pour la santé du consommateur. Par ailleurs, l’éthique impose de prendre en charge un animal malade, pour son bien-être. L’administration d’antibiotiques se fait sous contrôle vétérinaire et sur prescription.

Pourquoi utilise-t-on des antibiotiques en élevage sur des animaux qui ne sont pas malades ?

La plupart des animaux de production ou de rente sont élevés en groupe (volailles, porcs, veaux, bovins …). Pour cette raison, la médecine vétérinaire en élevage est une médecine de population et non d’individus. Quand une maladie apparaît ou lorsqu’il y a un fort risque qu’une maladie se déclare (bactérie présente dans l’élevage), tous les animaux ne sont pas touchés en même temps. Mais compte tenu de la proximité des animaux, le risque de contagion est grand. Le vétérinaire peut être amené à traiter l’ensemble du groupe sans attendre que tous les animaux manifestent des symptômes.

Des antibiotiques sont-ils mélangés aux aliments pour animaux ?

Depuis 2006, il est interdit par un règlement européen d’utiliser des additifs antibiotiques, à effet facteur de croissance, dans les aliments pour animaux.
En revanche, l’usage d’antibiotiques à visée thérapeutique (préventive ou curative) pour traiter des maladies bactériennes. Ces antibiotiques peuvent être introduits dans l’aliment pour faciliter leur administration à un groupe d’animaux. Il s’agit alors d’un aliment médicamenteux, qui est un mode d’administration par voie orale des antibiotiques aux animaux. C’est un médicament vétérinaire à part entière soumis à prescription, la prescription faisant suite à un diagnostic établi par un vétérinaire.

Le diagnostic est établi par le vétérinaire selon trois modalités possibles :

  • au « chevet » du malade. Le vétérinaire se déplace dans l’exploitation pour examiner des signes cliniques ou une situation sanitaire, examen qui débouchera sur un diagnostic particulier puis, éventuellement, sur une prescription.
  • dans le cadre du « bilan sanitaire d’élevage », réalisé une fois par an. Ce bilan permet d’apprécier les maladies récurrentes qui interviennent en élevage. Sur la base de ce bilan, il est établi un « protocole de soins », cadre indispensable à l’émission, le cas échéant, d’ordonnance a posteriori, pour le traitement des maladies identifiées lors de ce bilan.
  • dans le cadre d’un « programme sanitaire d’élevage », à destination d’éleveurs adhérents d’un groupement agréé. Le programme est à visée préventive et sa mise en œuvre est pilotée par un vétérinaire du groupement, assurant a minima un suivi annuel des élevages concernés.

Les fabricants d’aliments médicamenteux sont considérés comme établissements pharmaceutiques ; à ce titre, ils sont soumis à une autorisation d’ouverture délivrée par l’Anses-ANMV (Agence nationale du médicament vétérinaire). Ils sont sous la responsabilité pharmaceutique d’un pharmacien ou d’un vétérinaire.

Qu’appelle-t-on antibiorésistance ?

L’apparition de l’antibiorésistance est un phénomène naturel de défense des bactéries vis-à-vis de l’action exercée par l’antibiotique qui est là pour détruire ou arrêter la multiplication de la bactérie. Le support de cette résistance chez les bactéries est génétique, ce qui suppose que ce caractère génétique peut subir des modifications au cours du temps (comme la mutation). Ainsi, certaines bactéries auparavant sensibles à l’antibiotique ne sont plus détruites ou leur multiplication n’est plus arrêtée.

C’est la bactérie qui devient résistante et non pas l’homme ou l’animal.

Le développement de la résistance aux antibiotiques est devenu une préoccupation majeure en termes de santé humaine et animale, car il réduit les possibilités de traitement en cas d’infection. Certaines familles d’antibiotiques ne sont plus efficaces contre certaines espèces bactériennes.

Comment cette résistance aux antibiotiques est-elle survenue ?

Ce phénomène de résistance est naturel, certaines bactéries ne sont pas sensibles naturellement à certains antibiotiques. Cependant la résistance peut être acquise par des bactéries préalablement sensibles, puis être amplifiée.

L’acquisition d’une résistance est liée à des modifications génétiques de la bactérie : soit des mutations de gènes, soit des échanges de plasmides (éléments mobiles supports d’information génétique) avec d’autres bactéries résistantes.

L’acquisition de cette résistance peut ensuite être amplifiée par la sélection. Toute utilisation d’antibiotique en médecine humaine ou vétérinaire va exercer une pression de sélection sur les bactéries : les sensibles vont disparaître et les résistantes vont persister, se multiplier et devenir prépondérantes.

Par exemple, dans le cas de la bactérie Salmonella kentucky, les premières résistances sont apparues dans les élevages aquacoles en Egypte dès le début des années 1990. L’utilisation d’antibiotiques aurait favorisé la sélection des souches de salmonelles résistantes à certains antibiotiques. La bactérie se serait ensuite propagée récemment en Afrique du Nord et de l’Ouest, dans la filière volailles, grande consommatrice de fluoroquinolones. ( Source : Journal of Infectious Diseases, août 2011)

Quelles sont les conséquences possibles de l’apparition de résistances aux antibiotiques ?

L’apparition de résistance à un antibiotique a pour conséquence d’affaiblir l’efficacité de l’antibiotique dans le traitement des infections dues à la bactérie résistante chez l’animal ou l’homme. Cette résistance peut se propager dans l’environnement, être transmise à d’autres bactéries, être à l’origine de résistances croisées à d’autres antibiotiques.
Ces phénomènes se développent plus ou moins rapidement selon les antibiotiques et les bactéries concernées et selon l’importance de l’utilisation de l’antibiotique.

A terme, les conséquences sont le manque de moyens efficaces pour traiter certaines infections animales et humaines, en l’absence de nouveaux antibiotiques.

Par exemple, en Afrique du Nord, en 2010 sont apparues sur des bactéries Salmonella kentucky déjà résistantes à la ciprofloxacine, d’autres résistances à d’autres antibiotiques comme les céphalosporines de troisième génération, et les carbapénèmes dont l’usage n’est pourtant pas autorisé en médecine vétérinaire. Ces antibiotiques sont dans certains cas les seules substances restantes qui demeurent efficaces contre les salmonelles. Bien qu‘encore rarement isolées, ces souches de Salmonella kentucky multi-résistantes présentent une impasse thérapeutique pour certaines infections alimentaires en l’absence de nouveaux antibiotiques en développement.

Quels sont les facteurs favorisant la diffusion de souches résistantes ?

La rapidité de la progression de résistances au sein d’une population animale ou humaine dépend de l’interaction entre plusieurs facteurs (caractéristiques de la bactérie, exposition aux antibiotiques, contacts entre individus, etc… ).

Reste-t-il des traitements efficaces contre les souches résistantes ?

Des souches résistantes voire multi-résistantes peuvent être sensibles à quelques familles d’antibiotiques. Dans de telles situations, il convient de préserver l’arsenal thérapeutique mis à disposition en utilisant de telles molécules conformément aux bonnes pratiques.

Qu’appelle-t-on antibiotiques critiques ?

Les céphalosporines de 3ème et 4ème génération et les fluoroquinolones sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine car elles constituent une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme. Ces 2 classes de molécules sont disponibles en médecine vétérinaire depuis une quinzaine d’années. Selon les recommandations européennes, ces classes d’antibiotiques doivent ainsi être réservées chez les animaux au traitement curatif en deuxième intention.

Existe-t-il d’autres antibiotiques en développement ?

Après un âge d’or de découverte de nouvelles familles d’antibiotiques, de la seconde guerre mondiale aux années 80, le rythme de développement de nouvelles familles d’antibiotiques par les compagnies pharmaceutiques s’est réduit et presque tari à la fin des années 90, pour de multiples raisons, à la fois scientifiques et économiques.

Il est nécessaire de soutenir la recherche de nouvelles molécules antibiotiques réservées à la médecine vétérinaire et non critiques pour la médecine humaine.

En l’absence d’apparition de nouvelles familles d’antibiotiques, il apparaît primordial de maintenir l’efficacité de l’arsenal thérapeutique existant.

L’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques présente-t-elle un risque pour le consommateur ?

Le risque existe à la fois pour la santé animale et pour la santé humaine. Nous serons face à un problème de santé animale car nous ne disposerions pas de traitements efficaces pour lutter contre ces bactéries. Le problème peut alors devenir un problème de santé humaine par voie de contamination alimentaire ou par contact direct avec les animaux contaminés.

Quelles sont les tendances principales de l’utilisation des antibiotiques en santé animale en France

Depuis 1999, l’Anses suit les volumes des ventes d’antibiotiques vétérinaires, en se basant sur la déclaration annuelle des ventes des laboratoires qui les commercialisent. Ce volume s’élevait en 2010 à 1014 tonnes. Il est en baisse de près de 24% par rapport à 1999. Cette diminution est principalement liée à deux familles d’antibiotiques : les tétracyclines et les sulfamides.

En revanche, par rapport à 1999, les ventes de fluoroquinolones ont augmenté de près de 50% et celle des céphalosporines ont quasiment doublé. De même depuis le début du suivi des ventes d’antibiotiques en France, le niveau d’exposition des animaux aux fluoroquinolones a quasiment été multiplié par deux et l’exposition aux céphalosporines a quant à elle presque triplé.

L’exposition à ces deux familles d’antibiotiques s’est stabilisée au cours des trois dernières années, après une période de forte augmentation. Il est important de confirmer cette tendance qui est vraisemblablement liée aux efforts de communication sur l’utilisation de ces deux familles de molécules.

Cependant, la diminution globale des volumes de vente ne traduit pas nécessairement une diminution de l’utilisation car les quantités d’antibiotiques actuelles sont plus faibles, les antibiotiques récents étant plus actifs avec des doses moindres. Il faut plutôt se baser sur l’exposition des animaux aux antibiotiques, c’est-à-dire le nombre et la durée des traitements administrés à un animal, au cours de sa vie. Ce niveau d’exposition global des animaux aux antibiotiques a diminué, toutes familles d’antibiotiques confondues, de 12,2% entre 2007 et 2010. Bien que cette tendance reste à confirmer, cette baisse traduit la prise en compte de ces préoccupations nouvelles par les acteurs professionnels et leurs efforts pour réduire le recours à ces molécules.

Comment limiter l’apparition de résistances ?

Plusieurs précautions sont prises :

  • les antibiotiques sont délivrés sur prescription du vétérinaire traitant qui juge du médicament à utiliser en suivant les règles de bonnes pratiques d’utilisation ;
  • les pratiques vétérinaires recommandent d’intervenir précocement et avec discernement afin d’éviter l’extension de la maladie.

Quelles sont les actions déjà engagées pour lutter contre ce phénomène de résistance aux antibiotiques ?

La surveillance des résistances et des produits
Il est important d’assurer une veille active sur le plan national et international afin de déceler toutes les souches de bactéries antibiorésistantes.

  • Le Réseau de surveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes, coordonné par l’Anses, joue ce rôle en France. Avec le Ministère en charge de l’Agriculture, l’Anses a mis en place des programmes de surveillance de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries sentinelles, les bactéries pathogènes pour les animaux ainsi que celles qui provoquent des maladies transmissibles à l’homme.
    En particulier, la résistance aux antibiotiques des salmonelles isolées d’animaux, de produits animaux ou de leur environnement est surveillée.

C’est l’EFSA (Agence européenne pour la sécurité alimentaire) qui joue ce rôle au niveau européen.
Les salmonelles, responsables de zoonoses, font l’objet d’un programme de réduction de leur prévalence en élevage aviaire, enjeu prioritaire de santé publique en production animale et notamment en aviculture.

  • Des programmes de surveillance spécifiques existent dans les abattoirs sous le contrôle de la DGAL.
  • En outre, les produits animaux importés de pays tiers sont soumis à des contrôles vétérinaires microbiologiques à leur entrée sur le territoire national.

Le contrôle de l’usage des antibiotiques
Malgré la multiplicité des acteurs de l’utilisation des antibiotiques et l’absence d’informatisation centralisée des prescriptions d’antibiotiques, des progrès majeurs ont été réalisés en France depuis la fin des années 1990 dans le domaine de la surveillance de l’usage des antibiotiques en élevage .

Des efforts ont été entrepris pour rationaliser et réduire autant que possible leur utilisation qui doit être réservée aux cas où elle s’avère indispensable pour la santé et le bien-être animal.
Dans le domaine de la médecine vétérinaire, l’Anses (Agence nationale du médicament vétérinaire) a mis en place dès 1999 un suivi des ventes des antibiotiques vétérinaires en France . Ce suivi est réalisé en collaboration avec le Syndicat de l’Industrie du Médicament Vétérinaire et Réactif (SIMV) selon la ligne directrice de l’OIE sur « la surveillance des quantités d’antibiotiques utilisées en élevage » (Code des Animaux Terrestres de l’OIE 2010 – chapitre 6.8).

L’Europe est en train de mettre en place une surveillance européenne des ventes. Un premier rapport est paru en 2012.

La DGAL a mis en place en 2009 un Comité national de coordination pour un usage raisonné du médicament vétérinaire pour élaborer un plan et coordonner les actions de lutte contre l’antibiorésistance en responsabilisant tous les acteurs (éleveurs, vétérinaires, pharmaciens, laboratoires, grand public). Ceci afin de lutter contre la réduction des possibilités de traitement en cas d’infection. Cette démarche s’inscrit en lien avec le plan pour préserver l’efficacité des antibiotiques mis en place en santé humaine depuis 2002.

Que prévoit le plan d’action qui vient d’être défini par l’ensemble des parties prenantes au sein du Comité national de coordination pour un usage raisonné du médicament vétérinaire ?

L’objectif du plan d’action est double. Il vise d’une part à diminuer la contribution des antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire à la résistance bactérienne, et d’autre part à préserver sur le long terme les moyens thérapeutique, d’autant plus que la perspective de développement de nouveaux antibiotiques, en médecine vétérinaire, est réduite.

L’objectif chiffré défini en 2011 est la réduction de 25% de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire en 5 ans, en développant les alternatives permettant de préserver la santé animale tout en évitant de recourir à certaines molécules. Mais au-delà de l’aspect quantitatif, une prise de conscience est nécessaire pour que chacun évolue de manière coordonnée dans ses pratiques.

Les 40 mesures du plan d’action déclinent en 5 axes :

  • Axe 1 : Promouvoir les bonnes pratiques et sensibiliser les acteurs aux risques liés à l’antibiorésistance et à la nécessité de préserver l ‘efficacité des antibiotiques, par des actions de formation notamment.
  • Axe 2 : Développer les alternatives permettant d’éviter les recours aux antibiotiques en favorisant notamment les mesures d’hygiène et de biosécurité et le recours à la vaccination en élevage et pour les animaux de compagnie. Cela passe par la sensibilisation et la formation de l’ensemble des acteurs professionnels ( éleveurs, vétérinaires, pharmaciens, propriétaires d’animaux de compagnie) mais également des consommateurs.
  • Le plan prévoit aussi de promouvoir les efforts de recherche et les alternatives aux antibiotiques adaptées aux contraintes relatives aux filières de production animales et au soin des animaux de compagnie. Des actions d’expérimentation et de recherche peuvent être nécessaires pour développer de nouvelles solutions aux pathologies chez l’animal et pour mieux connaître les agents pathogènes et leurs mécanismes de résistance.
  • Axe 3 : Renforcer l’encadrement des pratiques commerciales et des règles de prescription, et réduire les pratiques à risque, en faisant évoluer les réglementations nationale et européenne.
  • Axe 4 : Conforter le dispositif de suivi de la consommation des antibiotiques et de l’antibiorésistance.
  • Axe 5 : Promouvoir les approches européennes et les initiatives internationales car le problème de l’antibiorésistance ne connaît pas de frontières.