Quand le Président de la République distingue la créativité artistique du lycée agricole de Rethel
©elysée.fr
Ils sont tous venus en groupe, en bus de Rethel, simplement fiers de recevoir à l’Elysée le prix de l’audace artistique remis par le Président de la République, la ministre de l’Éducation nationale et des mains du comédien Denis Podalydès, représentant du jury. Créé en 2013, le prix de l'Audace artistique distingue chaque année 3 établissements, valorisant ainsi le travail mené quotidiennement sur le terrain par les enseignants, les artistes, les institutions et associations culturelles avec les collectivités territoriales. L’objectif: familiariser les élèves aux arts et à la culture. En 2014, le lycée du Neubourg avait déjà été récompensé.

L’émotion est encore entière pour Denis Podalydès. Ce sociétaire de la Comédie française et fils d’enseignant se souvient encore de son professeur de français qui a su lui faire apprécier Baudelaire, et auquel il rend un hommage appuyé. Image qui lui rappelle aussi le printemps de sa vie. Il ne cache pas non plus son admiration pour tous ces professeurs, qui ont su « mener des projets extrêmement audacieux dans des villes, des territoires ou des villages » et ce qui explique pourquoi il a accepté de faire partie du jury.

Le soutien sans faille de l'équipe pédagogique

De l’audace, il est vrai que celui du lycée agricole de Rethel n’en manque pas. Pour faire travailler des élèves de première et de terminale S sur ce chantier, il a fallu plus de 2 ans de préparation, rappelle le directeur de l’établissement, Sébastien Vial. Sans compter les heures de répétitions y compris en dehors des heures de classe, martèle Nancy Goulier, professeur d’Allemand. « On n’y serait jamais arrivé, si on ne s’était pas soutenu entre profs ». « Car l’ingénierie de projet est lourde et demande un investissement total », insiste Eliado Cerrajero, professeur d’éducation socio-culturelle et coordinateur du projet. L’objectif n’étant pas de s’en tenir à une classe, mais de faire participer les familles, tout l’établissement et l’environnement dans lequel il s’inscrit.

Un projet international

Un vrai pari, au moins 4 profs impliqués : français, philosophie, éducation physique et allemand, un partenariat avec deux lycées professionnels en Roumanie et en Turquie, sans compter le concours précieux des Escargots ailés, la compagnie d’André Mandarino qui a initié avec Sibille Planques, chorégraphe, cette curieuse idée d’un spectacle autour de la chauve-souris. Mauvaise réputation pour l’animal dont le mode de vie, l’hibernation, la migration sont mal perçues, que ce soit ici et a fortiori au pays de Dracula. Mais raison de plus pour les artistes qui ont aussitôt saisi l’opportunité de marier l’imaginaire de la littérature et du cinéma à la découverte du rongeur nocturne que les élèves sont allés recenser jusque dans les caves des Carpates et de Balikesir.

Pour Tessie Schmit, jeune participante de 1ère, la découverte de la danse et les progrès réalisés en anglais ont été réels. Ce que confirme Lucas Fichelet, son camarade de classe qui s’est exercé à la corde pour de l’acrobatie aérienne. « C’était super, on a pu visiter 2 pays, on a pu également comparer et partager nos cultures, nos niveaux de vie ». C’est maintenant qu’ils réalisent l’ampleur du projet, déjà tout absorbés par les épreuves du BAC. Mais c’est aussi la beauté du spectacle vivant dont l’éphémère est la marque : 3 représentations en France, des souvenirs qui se balancent comme les trapèzes, dans leur tête.

         François Hollande : « Les lycées agricoles, pionniers en matière d’éducation artistique et culturelle »
« D’une rencontre naît parfois une vocation. Tous ces projets ont permis a beaucoup d’élèves pour lesquels la culture était simplement un mot, une valeur éloignée de leur quotidien, de faire ce chemin vers la connaissance ». C’est par ces mots que François Hollande a tenu à souligner tout l’intérêt de la 4ème édition du prix de l’audace artistique. « Car, il n’y a pas de fatalité, et dans une République ouverte à tous, chacun peut choisir son destin. Liberté de création, liberté de choix et dans la destinée des parcours ».

« Le lycée agricole de Rethel a eu un projet de cirque dans le cadre du projet Erasmus », poursuit le chef de l’État. « Cela nous revoie à ce que doit être l’Europe, pas seulement en terme de discipline et de règle, de procédures et d’institution, mais un ensemble de valeurs partagées. Je veux insister sur les lycées agricoles, pionniers en matière d’éducation artistique et culturelle. Ils ont été les premiers à s’engager dans ce domaine, ce qui a permis à beaucoup de jeunes d’accéder à des pratiques culturelles, car le milieu agricole voulait être partie prenante de la construction culturelle de la France. C’est pourquoi, je veux d’ailleurs encore amplifier l’effort sur l’éducation artistique et culturelle ».