Phénomène : c'est moi qui cultive !

Les citadins seraient-ils nostalgiques du temps où les jardins ouvriers fleurissaient partout en ville ? Sur les balcons, les terrasses … les courgettes, salades, tomates poussent à vive allure. Si les circuits courts sont déjà en vogue, c’est désormais la fièvre du fait maison qui touche les urbains.

©Xavier Remongin-Eve Deroide/Min.Agri.Fr.

Plus qu’un effet de communication ou de mode, l’homme tend de plus en plus à revenir aux fondamentaux terriens, à la saisonnalité, à la qualité et à la traçabilité. Réapprendre à faire soi-même, voilà l’adage des nouveaux citadins. L’émergence des circuits courts avait déjà prouvé l’envie de renouer l’agriculture avec l’alimentation. L’engouement pour « l’urban farming », expression née d’une étude pour le programme des Nations Unies pour le développement, finit de nous convaincre. Échapper à une alimentation standardisée, être guidé par une envie d’originalité – il est vrai qu’aller chercher une salade sur son balcon lors d’un dîner a une certaine allure – mais surtout aller cueillir soi-même des légumes ou des fruits qu’on a pris le temps de semer, de voir grandir puis de récolter, se révèle plus que satisfaisant.Prendre le temps de regarder ce que l’on met dans nos assiettes, voilà l’expression fédératrice de cette envie potagère. Alors le retour à la terre est-il un fantasme de citadin ? Louange des valeurs de la terre, course après le bonheur simple ? Il est certain que désormais c’est le “vivre mieux” qui prime. Et si bien sûr, récolter sur un balcon ne permettra pas de nourrir la famille, les jardiniers en herbe sont avant tout dictés par l’envie de faire comprendre aux jeunes générations qu’un poireau ne pousse pas dans une barquette, ou qu’une carotte ne sort pas d’un orange impeccable de la terre.

Le retour des jardins ouvriers

©Michel Lavoix/Min.Agri.Fr

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le potager n’est pas le simple fait de seniors retraités. En 2009, sur 29 %de la population qui possédait un potager, 27 %avait moins de 50 ans. Nostalgie du temps où chacun connaissait un paysan, esthétisation des balcons, magie de la cueillette … Les raisons qui poussent les consommateurs à s’investir dans un potager sont nombreuses. Certains vont même jusqu’à louer une parcelle de terre près de chez eux. Des sociétés immobilières se sont ainsi spécialisées dans la vente et la location de terres à potager dans les grandes villes. A Nantes, Lyon, Bordeaux, et bientôt Paris … chou-fleur, betterave, radis envahissent nos zones urbaines, à l’image des jardins ouvriers qui ont poussé partout sur le territoire au XIXème siècle.Comme aux jardins familiaux, une association qui loue à ses adhérents des jardins, moyennant une cotisation annuelle, pour que les « jardiniers » urbains cultivent fruits et légumes, à destination de leur famille exclusivement. Preuve de cet engouement, il n’est pas rare d’attendre plus de deux ans pour obtenir son lopin de terre !En 2009, Cannes, qui comptait pas moins de 450 parcelles individuelles dans les années 40, a inauguré une dizaine de jardins collectifs de 100 m² et une cinquantaine de parcelles de 40 m² . Pour un prix symbolique annuel de 1 € le mètre carré, la municipalité loue ses terrains aux citadins en mal de verdure. Une offre qui permet aussi d’entretenir des terrains abandonnés.Au Mans, l’association Cours et Jardins encourage, quant à elle, les enfants à cultiver des légumes en plein centre-ville grâce à l’aménagement de jardins collectifs. Sur le principe du potager partagé, les enfants apprennent les rudiments de l’agriculture et se divise le gain ! Et les exemples sont légions : les potagers poussent à vitesse grand V !

Un chef amoureux des légumes

On se doute que la folie Passard n’y est pas pour rien. Celui qui avait dit un jour « Je suis persuadé que dans quelques années on parlera des légumes comme de certains grands crus  », n’avait sûrement pas tort. Dans les années 2000, Alain Passard, chef du restaurant l’Arpège à Paris, décide de consacrer sa cuisine étoilée aux légumes. Gonflé ! Il monte son premier potager à Fillé sur Sarthe, et suivent deux autres dans l’Eure à Buis sur Damville et en Bretagne en Baie du Mont-Saint-Michel. Trois régions choisies en fonction de leur sol et de leur qualité, où de très nombreuses variétés et espèces peuvent s’épanouir. Depuis, il ne cesse de répéter : « Quand je regarde au fond de ma casserole, je vois mon jardin ! » Un engouement qu’il transmet à tous. « La folie potagère » n’a donc pas fini de faire parler d’elle.

Pratique

A lire Un potager sur mon balcon aux éditions LarousseA voir www.potager-au-balcon.com


Retrouver toujours plus d’initiatives pour bien manger au quotidien

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