Patrick Dehaumont, directeur général de l'alimentation : « C'est la santé des générations futures qui est en jeu »
Patrick Dehaumont, directeur général de l'alimentation ©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr
Les maladies animales représentent une menace potentielle pour la santé publique. 60% des maladies infectieuses humaines sont d'origine animale. L'existence de nombreux pathogènes communs entre médecine humaine et vétérinaire a suscité une approche globale sous le concept one world / one health. Explications par le directeur général de l'alimentation.

Pourquoi parler d'une seule santé ?

Apparu en 2004, ce concept one world/one health est porté par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L'objectif est de renforcer les liens entre santé humaine, santé animale et gestion de l'environnement, en particulier de la biodiversité. Les crises sanitaires, par exemple l'ESB en France dans les années 2000, ont révélé combien un événement sanitaire initialement animal peut représenter une menace pour la santé publique, avec des conséquences de dimension mondiale sur l'économie, l'environnement et les sociétés. Que ce soit par transmission alimentaire (maladie de la vache folle, salmonelloses), par transmissions vectorielles (fièvre du Nil occidental, encéphalites à tiques), ou encore par simple contact (la rage), les possibilités de transmission interespèces sont multiples. De plus, l'érosion de la biodiversité a un impact sur la santé publique, de nombreux pathogènes se révèlent capables de menacer les êtres humains lorsque leur niche environnementale a subi de profondes perturbations. C’est la santé des générations futures qui est en jeu.

Comment se décline en France ce concept d'une seule santé/one health ?

C'est par exemple le plan antibiotiques en santé humaine et le plan Écoantibio pour les animaux. Pour les hommes comme pour les animaux, il est recommandé de moins prescrire d'antibiotique pour préserver leur efficacité, car la population de bactéries devient résistante. C'est ce que l'on appelle l'antibiorésistance. Il est de plus en plus difficile de découvrir de nouvelles molécules efficaces, il est donc essentiel de préserver l’arsenal thérapeutique dont on dispose, en médecine vétérinaire et médecine humaine. Il faut notamment utiliser en dernier recours les « antibiotiques critiques », c'est-à-dire limiter l'usage des molécules très efficaces vis à vis de germes très dangereux.

Comment promouvoir un usage responsable des antibiotiques ?

Au cours des années 2000, la France est devenue leader européen et même mondial dans la lutte contre l’antibiorésistance en médecine vétérinaire. La DGAL a travaillé avec l’ensemble des partenaires – vétérinaires, éleveurs, filières – pour élaborer le premier plan Écoantibio. Son objectif était de diminuer de 25% en 5 ans (2012-2016) leur usage en médecine vétérinaire et en particulier des antibiotiques d'importance critique. Ce plan est une réussite puisque qu'on a enregistré une baisse de l'exposition des animaux aux antibiotiques de 37% sur la période 2012-2016.
Un deuxième Plan (2017-2021) a été élaboré. Il doit permettre de pérenniser ces bons résultats. L'un de ses axes porte sur le renforcement de la communication et de la sensibilisation des éleveurs et des vétérinaires. C'est pourquoi, une nouvelle campagne de communication à destination des éleveurs et des vétérinaires a été lancée en octobre 2017. Elle a pour message-clé « Les antibios, comme il faut, quand il faut ».

La recherche se mobilise également  pour développer des alternatives, des outils en faveur de la prophylaxie sanitaire et des mesures zootechniques.