Outre-mer : une biodiversité exceptionnelle, une bioéconomie à construire
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr
Selon l’inventaire national du Patrimoine naturel, on recense 35 fois plus de plantes endémiques en Outre-mer qu’en métropole, sans compter les espèces marines. Une telle richesse fait l’objet d’une attention de plus en plus soutenue de la part des pouvoirs publics. À côté des valorisations traditionnelles, de nouvelles perspectives se dessinent avec la bioéconomie : énergie, bio-fertilisant, bio-combustibles, néomatériaux ou chimie du végétal.

Aux Antilles, à La Réunion et à Mayotte, du fait de l’histoire, la biodiversité est importante, avec des espèces de nature très variée. On trouve une flore endogène, mais aussi des plantes venues au XIXe siècle des côtes d’Afrique et d’Asie. Auxquelles s’ajoutent les cultures importées, environ 200 espèces, que l’on trouve dans tous les Tropiques : la canne à sucre, la banane, les plantes médicinales, la vanille, le café ou le thé. En Guyane, la biodiversité amazonienne est exceptionnelle, et très bien conservée jusqu’à aujourd’hui.

Cette biodiversité est une ressource pour les habitants : aux Antilles et à La Réunion, 60 à 80% de la population utilisent les plantes en usage quotidien. Les jardins de case (les jardins médicinaux traditionnels) sont encore très courants pour l’alimentation, mais aussi pour un usage cosmétique ou en médecine traditionnelle populaire.

Culturellement ancrée dans l’imaginaire collectif et faisant partie intégrante des modes de vie ultramarins, « l’utilisation de ces végétaux s’est transmise de générations en générations, sans qu’on ait réellement cherché à en distinguer les usages », explique Patrick Garnon de France Agri Mer. Mais cet état d’esprit évolue. On prend conscience d’une part de ce potentiel insuffisamment valorisé, et par ailleurs de la perte de biodiversité dans le monde et de la nécessité de stocker du carbone pour lutter contre le réchauffement climatique. Les progrès scientifiques et technologiques ouvrent de nouvelles perspectives : à côté des usages traditionnels - comme l’agroalimentaire, les plantes aromatiques, médicinales et cosmétopées ou la filière forêt-bois -  il est désormais possible de valoriser toutes les ressources locales en biomasse, y compris les déchets, pour en faire de l’énergie, des biocarburants, des fertilisants ou des matériaux biosourcés dans la construction ou autre secteur.

La biodiversité ultramarine est une source de services écosystémiques, elle représente également une opportunité de développement et de création d'emplois au sein des territoires ultramarins. Créé en 2006, Qualitropic est le seul pôle de compétitivité des territoires d’Outre-mer. Il a fait de la bioéconomie locale sa priorité. « Notre rôle est d’accompagner les entreprises pour leur permettre de doper leur compétitivité grâce à l’innovation », explique son président, Alain Dambreville. « Avec l’objectif d’atteindre un équilibre social et environnemental. Il faut créer de l’emploi, de la compétitivité pour les entreprises, organiser des filières, mais les projets ne doivent pas dénaturer notre territoire ».

C’est tout l’enjeu du prochain Colloque International des Plantes Aromatiques et Médicinales qui se tiendra à Tahiti du 19 au 23 novembre 2018.