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Les méthodes de lutte contre la rage

Un objectif prioritaire : la protection de la santé publique. Toute zoonose majeure posant un problème de santé publique amène les administrations centrales à définir des objectifs d’un programme de lutte consistant à établir :
- des mesures de prévention, destinées à protéger l’homme et les animaux - et des mesures de lutte pour réduire l’incidence de la maladie jusqu’à son éradication totale.

Concernant la rage animale, et jusqu’en 1986 , les méthodes de lutte étaient exclusivement fondées :
- sur la réduction des populations de renards (prime à la queue de renard abattu et subvention aux fédérations de chasseurs pour l’achat de chloropicrine pour le gazage des terriers)
- et sur la protection médicale et sanitaire à la fois de l’homme et des animaux domestiques (vaccination antirabique obligatoire des chiens et des chats).

Ces méthodes de lutte (offensive et défensive) ont permis d’éviter l’apparition de tout cas de rage humaine, mais se sont révélées insuffisantes pour faire régresser l’enzootie. La vaccination des renards contre la rage par voie orale Introduite en Europe en 1978, à titre expérimental en Suisse, cette méthode d’interruption du cycle de la rage est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.) et l’Organisation internationale des épizooties (O.I.E.).

Méthode de vaccination  : Elle consiste à déposer, dans les zones contaminées ou directement menacées, des appâts appétents pour les renards, renfermant une capsule contenant un vaccin antirabique. Deux vaccins sont utilisés en France :
- le SAG2 des laboratoires VIRBAC
- le RABORAL des laboratoires MERIAL

Les campagnes de vaccination ont lieu au printemps et à l’automne, et sont menées au minimum trois fois de suite sur une même zone. Au début des premières campagnes de vaccination encore expérimentales, les appâts étaient déposés à pied sur de petites surfaces. Les limites de cette technique sont apparues rapidement lorsqu’il a fallu traiter de plus grandes superficies. Aussi, depuis 1988, les appâts sont largués depuis des hélicoptères, méthode qui offre les garanties d’efficacité et de rapidité d’intervention. Lors d’une campagne de vaccination, 15 à 25 appâts sont distribués en moyenne par km (nombre variant en fonction de la topographie du terrain et du risque rabique présenté par la zone traitée). Le prix moyen d’un appât est 7,30 F, et le prix moyen de la dépose des appâts par hélicoptère est de 53 F/HT au km. Le coût de la vaccination orale des renards représente en moyenne 280 F/HT par km et par campagne. Il comprend : - le prix des appâts,
- le stockage de ceux-ci en chambre froide,
- le largage par hélicoptère,
- les frais de mission des agents,
- et le suivi scientifique des campagnes.

Résultat des campagnes de vaccination orale : la surface à vacciner a été diminuée au fur et à mesure de l’élimination de la rage sur les zones traitées. Chaque année, de 1991 à 1997, avec une régularité remarquable, les opérations de vaccination orale des renards ont permis une diminution d’incidence de la maladie de l’ordre de 60%, ce qui s’est soldé par le retrait successif d’année en année, de départements de la liste des départements déclarés officiellement infectés de rage. En France, est considéré comme département indemne de rage " tout département qui n’est pas couvert par un arrêté ministériel le déclarant officiellement infecté de rage " (conformément aux prescriptions réglementaires du décret du 27/06/96 relatif à la lutte contre la rage).

Le 22 juillet 1999 , 11 départements infectés de rage (l’Aisne, l’Aube, le Doubs, le Gard, la Marne, la Haute-Marne, le Nord, le Haut-Rhin, la Haute-Saône, les Vosges et le Territoire de Belfort) sont officiellement déclarés indemnes de la maladie par la levée d’arrêtés ministériels d’infection de rage.
A cette date, cinq départements étaient encore infectés par la rage. Ce sont : les Ardennes, le Bas-Rhin, la Meuse, la Meurthe-et-Moselle et la Moselle. En mai 2001 , l’éradication totale de la rage du renard en France est acquise. Le statut de " département officiellement déclaré atteint de rage " est levé par arrêté du 30 avril 2001, pour les cinq derniers départements concernés. Il est à souligner que, parmi les pays qui ont mis en uvre ces plans de vaccination orale des renards, la France est le seul pays qui ait obtenu un succès continu.
Ce succès s’explique :
- d’une part par la rigueur de l’évaluation technique et scientifique qui a accompagné les campagnes de vaccination
- et d’autre part par la rapidité d’intervention et d’adaptation du ministère de l’agriculture et de la pêche et de ses partenaires à des situations nouvelles.

Evolution du nombre de cas de rage par année par rapport aux campagnes de vaccination orale des renards

AnnéeNombre de cas de rage vulpineSuperficies vaccinées
1989 4 21228 305 km
19902 984105 908 km
19912 165159 711 km
19921 285192 419 km
1993261142 613 km
19949986 703 km
199540107 563 km
19961793 692 km
1997151 490 km
19983 (dont 1 cas erratique sur un chien importé)31 044 km
1999019 024 km
2000017 152 km

Les partenaires de la vaccination orale des renards contre la rage  : Le financement des campagnes de vaccination orale des renards est assuré :
- par le ministère de l’agriculture et de la pêche à hauteur de 60%
- et par l’Union européenne pour les 40% restants (par l’attribution d’aides communautaires accordées dans le cadre des plans d’éradication des maladies contagieuses). (Jusqu’en 1997, les Conseils Généraux des départements concernés par les campagnes de vaccination participaient financièrement à hauteur de 25% du coût.)

La maîtrise d’uvre et la surveillance scientifique  : sont assurées par le laboratoire d’études sur la rage et la pathologie des animaux sauvages à l’A.F.S.S.A Nancy. La coordination et l’exécution des campagnes de vaccination  : sont réalisées par sur le terrain par les services vétérinaires départementaux, en collaboration avec l’A.F.S.S.A-Nancy et l’Entente interdépartementale de lutte contre la rage (E.I.D.). Historique sur la mise en place des opérations de vaccination : A l’initiative du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, les premières opérations de vaccination des renards par voie orale ont débuté en 1986 , le long des frontières belge et luxembourgeoise, afin de renforcer les plans de vaccination antirabique conduits par ces deux pays. Ces opérations ont été poursuivies jusqu’en 1989.

Les résultats obtenus ont été décevants :
- en premier lieu parce que des renards atteints de rage se sont réintroduits dans les zones vaccinées, à partir de la Belgique à nouveau contaminée
- mais aussi parce que les zones concernées par les opérations de vaccination étaient trop réduites. En revanche, la vaccination réalisée en Haute-Savoie, menée en parallèle avec celle entreprise en Suisse, fut un franc succès et permit de libérer le département de la rage dès 1989. Il apparaissait cependant tout indiqué d’organiser des plans de vaccination plus ambitieux en respectant :
- certaines règles dictées par l’expérience acquise
- et les connaissances sur la biologie du renard.

Le laboratoire d’études sur la rage et la pathologie des animaux sauvages à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments de Nancy (anciennement nommée centre national d’études vétérinaires et alimentaires ou C.N.E.V.A.) a alors défini de nouveaux plans de vaccination :
- visant à couvrir d’emblée des surfaces très étendues et d’un seul tenant (afin de limiter l’interface entre les zones contaminées et les zones traitées), en s’appuyant sur des territoires indemnes (en l’occurrence la moitié du sud-ouest de la France)
- et devant être répétée plusieurs années de suite (compte tenu du renouvellement très rapide des populations de renards) jusqu’à éradication locale de la maladie.

En 1989 , le nombre de cas de rage atteint son plus haut niveau, avec une avancée importante du front de l’enzootie allant jusqu’à la Manche en passant par le nord de Paris. Il a été alors décidé de constituer une barrière immunitaire continue de la Manche à la Suisse. Les zones à vacciner ont été étendues progressivement jusqu’à atteindre les frontières de l’Est. La totalité du territoire contaminé est couvert en 1992 (soit 192 419 km traités.) Au fur et à mesure de l’élimination de la rage sur les zones vaccinées, la surface traitée a été diminuée. Chaque année, de 1991 à 1997, avec une régularité remarquable, les opérations de vaccination orale des renards ont produit une diminution de l’incidence de la maladie de 60%.

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