Le vétérinaire, cheville ouvrière des relations franco-iraniennes ?
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© Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
Depuis la levée de l’embargo iranien en 2015, la France a tissé avec l’Iran de nombreux partenariats qui illustrent l’excellence des politiques publiques françaises en matière de partenariat international dans les domaines de l'agriculture et d’export. Retour sur les dates clefs de cette histoire commune, composée de crises sanitaires et de diplomatie douce, avec Francis Geiger, actuellement correspondant pour la mise en œuvre et le suivi de la coopération agricole France-Iran. Bien avant la levée de l’embargo, il fut la cheville ouvrière des relations franco-iraniennes en matière d’agriculture.

1995. « Mon histoire d’amour avec l’Iran débute quand,  jeune Inspecteur de la santé publique vétérinaire en poste au ministère, j’atterris une nuit à Téhéran en pleine crise de l’ESB (encéphalite spongiforme bovine, vache folle).  L’Iran venait de décider de fermer ses frontières à nos (importantes) exportations de JBB (jeunes bovins de boucherie). Nos liens étaient alors très distendus et le gouvernement français m'a alors missionné pour construire une relation vétérinaire qui s’inscrive dans le temps … »
Un partenariat gagnant-gagnant est établi : 15 vétérinaires iraniens sont formés dans différents domaines, dans les écoles vétérinaires, des laboratoires de recherche, des organisations professionnelles et les services extérieurs du ministère. Ainsi l'un de ces agents, formé à l'épidémiologie animale à l’Ecole nationale vétérinaire de Maison-Alfort, créé en 2007 le réseau d’épidémiosurveillance des maladies animales iranien, bénéficiant de l'expérience française tout en l'adaptant au contexte iranien.

Surveiller la fièvre aphteuse

Cette collaboration aboutit, in fine, à la création d’un Observatoire de surveillance de la fièvre aphteuse en Asie centrale, mis en place en Iran sur fonds européens via la FAO, de 2005 à 2008. Dans le cadre de ce projet, Francis Geiger participe aux opérations de surveillance des souches de virus de Fièvre aphteuse qui circulent sur le territoire iranien. Transmises au laboratoire mondial de référence de Pirbright, en Angleterre, les prélèvements effectués sur le terrain, permettent de mettre à jour la banque européenne des vaccins FA qui permet de mettre en œuvre chaque année des campagnes de vaccination dans la zone « tampon » turques, la Thrace, afin de prémunir l’Europe de toute éventualité de transmission de la maladie.

2013. Le conseiller aux affaires agricoles pour le Moyen Orient relance le dialogue institutionnel avec le ministère de l'agriculture iranien qui débouche au printemps 2014 sur la signature à Paris d'un accord de partenariat bilatéral dans le domaine agricole identifiant les priorités d'actions.

Une coopération agricole florissante

2015. Le 14 juillet, les accords sur le nucléaire lèvent l’embargo imposé par les Nations Unies  à l’Iran depuis 2006. Dès septembre 2015, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, se rend à Téhéran, accompagné de Mathias Fekl, avec 23 entreprises agricoles et agroalimentaires. Quelques mois plus tard, début 2016, François Hollande accueille le président iranien Hassan Rohani en France. « Investissements franco-iraniens, joint-venture dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage, accords de coopération dans le domaine de la recherche, de la médecine vétérinaire et de la protection des plantes, cette coopération agricole franco-iranienne née dans un contexte diplomatique favorable est aujourd’hui très riche »,  explique Francis Geiger. Plus de 20 accords commerciaux ont été signés entre  des entreprises iraniennes et françaises, petites et grandes (Andros, Lesieur, Sodiaal, Lactalis, Ge.O.de…), pour des montants estimés entre 2,5 millions d’euros (production de vaccins pour l’aviculture et la pisciculture)  à 15 millions (réalisation de cultures sous serres).
La coopération institutionelle n’est pas en reste. Mehdi Khalaj, le Chef des services vétérinaires iraniens recense des partenariats avec près de 42 sociétés françaises dans les domaines variées allant des vaccins, produits vétérinaires, alimentation animale et génétique animale.   Il aimerait aller plus loin et «  trouver d’autres domaines de coopération avec la France »…

2017. L’Iran est l’invité d’honneur du Sommet de l’élevage, les 4, 5 et 6 octobre. Vitrine de l’excellence française en matière d’élevage de bovins viandes, de génétique, de matériel et d’organisation de filière, ce salon se tient comme chaque année en Auvergne, au cœur du massif central, « la plus grande prairie d’Europe ». La France, premier élevage européen de bovins viande et deuxième de bovins lait, expose ses savoir-faire, la qualité et la diversité de son élevage :  Salers, Limousine, Aubrac, Charolaise… , plus de 70 races seront présentes et près de 2 000 animaux de haute valeur génétique.
 

L’Iran, un grand pays agricole

L’Iran, un pays désertique ? « Cliché ! Grand pays agricole, l’Iran est au centre névralgique d’une région de 200 millions de bouches à nourrir ! »,  analyse Francis Geiger, correspondant pour la mise en œuvre et le suivi de la coopération agricole France-Iran au ministère de l’agriculture et de l’alimentation. Grand pays agricole de la région, l’agriculture emploie 25 % de la population iranienne et représente 11 % du PIB.  Avec une surface agricole utile de 24 millions d’hectares, céréales, betteraves à sucre, oléoprotéagineux, fruits et légumes poussent dans ses climats multiples qui permettent de produire au même moment des fruits d’ « hiver » et d’ « été ». Dans ces paysages diversifiés cohabitent petites fermes traditionnelles extensives et méga-fermes intensives de plus de 4000 têtes, financées par des fondations religieuses, principaux fournisseurs du marché intérieur en lait… Et 80 millions de petits ruminants élevés en extensif, l’équivalent de sa population !
Avec des ressources en eau contraintes, la politique agricole de l’Iran se cherche à développer une production durable. Troisième producteur de viande au Moyen-Orient, le pays est notamment à la recherche de génétique végétale et animale performante et rustique, efficace dans son utilisation d’eau.

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