« Le sol est mon premier outil de travail »

Installé dans le Gers, entre maraîchage, grandes cultures et agroforesterie, Pierre Pujos expérimente des techniques novatrices. Rencontre avec le lauréat « exploitant » des Trophées de l’agriculture durable 2013.

Les débuts ont été difficiles. Au printemps, de fortes pluies provoquent des glissements de terre arable, lui faisant perdre une bonne partie de sa première récolte. On est à la fin des années 90, Pierre Pujos vient de s’installer en agriculture biologique sur les terres de ses grands-parents. Cet accident climatique le décide à « faire de l’agriculture bio à [sa] façon  ». C’est un tout « jeune » agriculteur, mais avec une vie professionnelle déjà très riche : il a travaillé pendant six ans dans un centre d’expérimentation de produits phytosanitaires, puis aenseigné les travaux paysagers et l’agronomie dans un lycée agricole. Deux expériences déterminantes.

« Le collectif, c’est rassurant et ça permet d’améliorer les pratiques »

L’agriculture biologique est pour lui une évidence. « J’ai touché pas mal de produits, j’ai vu leur dangerosité. Je ne voulais plus cautionner ça », explique-t-il. Il fait donc le choix du zéro intrant. Au fil des ans, il va parfaire son système d’exploitation basé sur la biodiversité, la porosité des sols et la rotation des cultures. Ainsi, il met en place de larges bandes enherbées et des haies qui freinent la circulation de l’eau et favorisent la présence d’insectes auxiliaires.« J’ai mis un certain nombre d’années pour savoir où placer les haies et pour comprendre le fonctionnement des bassins versants  », reconnaît-il.
Cet ancien professeur aime échanger sur ses pratiques avec d’autres agriculteurs. « Mon expérience n’aurait pas pu s’enrichir aussi vite sans ce partage de connaissances et d’expériences. Le collectif c’est rassurant et ça permet d’améliorer les pratiques », explique-t-il.
Depuis les premiers mois de son installation, Pierre Pujos apporte une grande attention au sol. Ingénieux, pour freiner l’écoulement d’eau dans les marques de roues des tracteurs, il change le sens de ses cultures et travaille perpendiculairement à la pente ! Pour limiter l’érosion, il est également passé au non-labour et aux couverts végétaux. « Le sol est mon premier outil de travail », aime-t-il rappeler.

Crédit ci-après
© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr
Lorsqu’il agrandit son exploitation en 2003, passant de 50 à 87 hectares, il prend le temps d’observer ses terres pour choisir les cultures et déterminer leur rythme de rotation. Aujourd’hui, il pratique une rotation culturale sur 8 ans, avec des assolements intégrant des légumineuses et une couverture quasi-permanente du sol. Restituer au sol les pailles des céréales et des autres cultures lui permet d’enrichir les sols et de limiter le désherbage. Et donc les coûts en matériel et carburants ! Les résultats économiques et techniques prouvent la cohérence du système de production. « Mes choix sont toujours basés sur l’agronomie. L’économique vient après ».

Passionné d’arbres, il s’est lancé en 2006 dans l’agroforesterie avec l’aide de l’association Arbre et paysage - qui l’a poussé à se présenter aux Trophées de l’agriculture 2013. Pour l’heure, ses arbres - des chênes, des merisiers et des frênes destinés au bois d’œuvre – sont encore jeunes. « C’est un pari sur l’avenir  » explique-t-il, mais aussi « la cerise sur le gâteau » car dans l’immédiat, avec leur système racinaire, les arbres entrent dans son dispositif anti-érosion. De plus, ils remontent l’eau et les éléments minéraux des profondeurs du sol, sans faire concurrence aux cultures en surface. Dans quelques années, avec la chute des feuilles, les arbres apporteront au sol des ressources supplémentaires. Une histoire d’agriculture à long terme......

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