Le Plan Mayotte 2015 : professionnaliser l'agriculture
20/10/2011

Depuis sa départementalisation, le 31 mars dernier, on assiste à une accélération de l’histoire et de l’économie de Mayotte, d’où la nécessité du “Plan de rattrapage Mayotte 2015”, souligne Patrick Poyet, directeur de la Daaf du département. Aucun recensement exhaustif de l’agriculture n’avait été fait avant celui de 2010.

Mayotte est une île de culture africaine et musulmane pour le foncier. Il n’existait donc ni cadastre ni titre de propriété. La terre appartenait de facto aux familles qui, depuis plusieurs générations, les cultivent.« Ce n’est que depuis 1000 que les collectivités locales ont commencé à régulariser ces occupations. C’est une tache complexe qui est loin d’être terminée. Par ailleurs, les zones agricoles apparaissent désormais dans les plans d’occupation des sols des communes. Auparavant, seules les zones construites et naturelles y figuraient. »

À Mayotte, on dénombre 15 000 foyers agricoles “grattant du sol” pour produire, sur des surfaces moyennes de 4 500 m2, des denrées auto-consommées. Les rares surplus sont vendus sur des marchés “informels” au bord des routes. « À l’heure actuelle, poursuit Patrick Poyet, seuls 20 exploitants valorisent des surfaces qu’on peut qualifier d’exploitations professionnelles.
Entre ces deux groupes, on dénombre 1 300 agriculteurs enregistrés à la Chambre d’agriculture et disposant d’un numéro de Siret. »
L’objectif du “Plan de rattrapage” est de créer, d’ici 2015, entre 100 et 150 exploitations professionnelles capables de prendre les marchés formels de l’île : grandes surfaces, cantines scolaires, etc. actuellement moins de 3 %des denrées proposées par ces marchés formels proviennent de la production locale.

Dresser un inventaire complet des besoins

Compte tenu de la poussée démographique (40 000 habitants en 1950… 200 000 en 2011) et de l’élévation du niveau de vie, passer de l’auto-consommation à une agriculture qui produit pour vendre est un enjeu majeur. Pour y arriver, il faut désenclaver les exploitations par l’amélioration des voies de communications. Les denrées commercialisables sont encore trop souvent transportées.

« Nous avons aussi réuni tous les acteurs de l’agriculture mahoraise (Chambre d’agriculture, coopératives, Cirad, lycée agricole, etc.) pour dresser un inventaire complet des besoins en matière de recherche, de formation, de mise en place de références technicoéconomiques locales pour faire accepter les changements et accompagner la nouvelle agriculture mahoraise. Dans cette dynamique, un réseau d’innovation technique agricole sera bientôt mis en place. Il faut donner l’envie aux jeunes de devenir de “vrais” agriculteurs en leur proposant de vraies formations, des exploitations mécanisées desservies par de vraies routes et de rééls débouchés commerciaux ainsi qu’une vraie protection sociale avec une retraite agricole  », conclut Patrick Poyet.

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