Phénomène en vogue, les circuits courts attirent de plus en plus de consommateurs, désireux d’une alimentation de qualité. Les pouvoirs publics conscients de l’enjeu d’une telle pratique ont mis en place un plan d’action afin d’en favoriser le développement. Catherine Rogy, du ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche, nous explique les objectifs de ce plan en 14 mesures, mis en place en 2009.
Qu’est ce qu’un circuit court ?
Catherine Rogy (CR) : Il n’existe pas de définition officielle, mais la typologie la plus admise fait état de deux modes de commercialisation. On distingue d’une part la vente directe, du producteur au consommateur, par exemple la vente à la ferme, les AMAP ou les marchés traditionnels ; et d’autre part la vente indirecte représentée par la restauration ou le commerçant détaillant, comme le boucher de quartier.
Est-ce phénomène important ou encore isolé ?
CR : En 2005, 88 600 exploitations agricoles, soit 16,3%, réalisaient de la vente directe. Au total, elles représentent 26,1% des Unités de Travail Agricole (U.T.A), soit une partie importante du travail agricole. Le recensement agricole, qui débutera en septembre 2010, nous permettra de chiffrer plus précisément le phénomène, puisque pour la première fois des questions seront consacrées aux circuits courts.
Quelles sont les filières concernées ? Les circuits courts se développent-ils dans toutes les régions ?
CR : La vente directe concerne toutes les filières. Celles des fruits et légumes, de l’horticulture, de la viticulture et des filières animales sont particulièrement prisées. Mais elle est plus développée dans le Sud-Est, le Nord et l’Alsace. Les points de vente collectifs se situent principalement en Rhône-Alpes.
Quel est l’enjeu économique d’une telle démarche ?
CR : Tout d’abord, le producteur peut mieux valoriser sa production. Le circuit court permet également la réalisation d’économies en limitant le nombre d’intermédiaires lors de la commercialisation des produits. Enfin, les circuits courts, puisqu’ils concernent en majorité la filière des fruits et légumes, appellent de la main d’œuvre supplémentaire et créent donc des emplois.
En avril 2009, un plan d’action visant à développer les circuits courts a été mis en place. Quels en sont les tenants et les aboutissants ?
CR : Ce plan tient en quatre axes. Le premier est d’informer les consommateurs de même que les agriculteurs. Les agriculteurs souhaitant s’engager dans les circuits courts ont en effet besoin d’informations sur des champs très larges. Ainsi une rubrique consacrée aux circuits courts et ayant ces objectifs intégrera prochainement le site du ministère. Pour les agriculteurs, des informations seront disponibles en particulier sur les exigences sanitaires applicables en la matière, sur les aides à l’installation....Enfin ce premier axe vise également à mobiliser les outils de recherche et développement sur ces démarches : un million d’euros a été alloué aux circuits courts pour l’appel à projet CASDAR 2010 (Compte d’affectation spécial pour le développement agricole et rural.)
Le deuxième axe tient à la formation des agriculteurs à ce mode de commercialisation. En effet, ils doivent non seulement savoir produire, mais aussi transformer et vendre.
Troisièmement, il est indispensable de favoriser l’installation des agriculteurs en circuits courts en les accompagnant tout au long de leur projet, et en évaluant la viabilité économique de cette démarche. En outre, il faut poursuivre la mise en place de chartes départementales de maîtrise du foncier agricole et sensibiliser les collectivités territoriales sur les dispositifs permettant de protéger les terres agricoles, tels que les ZAP (zones agricoles protégées).
Enfin, le dernier axe consiste en l’organisation concrète des circuits courts. Il vise à développer le conseil en organisation, à intégrer la thématique des circuits courts dans les plans régionaux en faveur d’une offre alimentaire sûre, variée, diversifiée et durable mis en place au niveau des Directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, à sensibiliser les collectivités locales aux atouts que représente le développement des circuits courts pour leur territoire.
Dans le prolongement de ce plan d’action, la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, récemment adoptée par le Parlement, a pris en compte les circuits courts en tant que mode d’organisation commerciale à part entière : la loi fixe, en particulier, un objectif d’utilisation de productions issues de circuits courts dans la restauration publique de l’Etat. Le développement des circuits courts sera, par ailleurs, un élément important du programme national de l’alimentation, institué par la loi.
Un plan en 14 mesures pour les circuits courts
Ce plan, piloté par le ministère de l’alimentation, s’appuie sur les conclusions d’un groupe de travail associant autour des pouvoirs publics un grand nombre d’acteurs actifs dans ce mode de commercialisation. Il répond à la volonté de développer la part des produits de saison et de proximité dans les achats alimentaires, dans le double intérêt des consommateurs et des agriculteurs.
Ce plan comprend 14 mesures concrètes déclinées en 4 axes :
améliorer les connaissances sur les circuits courts et les diffuser
adapter la formation des agriculteurs de la production à la vente
favoriser l’installation d’agriculteurs en circuits courts
mieux organiser les circuits courts.
Pour en savoir plus
www.agriculture.gouv.fr, rubrique alimentation
WebTv, l’émission Consomag « Circuits courts : du pré à l’assiette »
