« Le modèle alimentaire français évolue, mais conserve ses spécificités »
Thinkstock
Claude Fischler est sociologue, spécialiste des questions sur les rapports des humains à leur alimentation. Directeur de recherche au CNRS, il a notamment publié plusieurs études sur ce sujet. Ces travaux portent, entre autres, sur les caractéristiques du modèle alimentaire français et ses évolutions. Interview.

Le « modèle alimentaire français » est-il une réalité ?
Il y a clairement des spécificités françaises. Nombre d’études nationales et internationales, quantitatives ou qualitatives, les ont repérées. En particulier une série d’enquêtes comparatives que nous avons publiée en 2008 sur les représentations de l’alimentation en Europe et aux États-Unis. En France, plus encore qu'ailleurs, l'alimentation est vraiment au centre de la vie sociale et de la sociabilité…

Quelles sont les caractéristiques de ce modèle ?
En France, « manger », ce n’est pas seulement absorber de la nourriture, c'est remplir des conditions de temps, de lieu, de personnes présentes et d'ordre des mets. La comparaison avec les pays de développement équivalent montre que, de manière générale, nous mangeons davantage que quiconque à heures fixes, le plus souvent en compagnie, et que nous y consacrons aussi plus de temps. C'est une norme sociale. En France, la « commensalité », le repas partagé, est une institution rituelle très structurée qui socialise et légitime le plaisir alimentaire.

Assiste-t-on à une remise en question de ce modèle ?
Je ne dirais pas cela. Ce « modèle » n’est pas un village d’Astérix assiégé. C’est plutôt un système qui évolue, s'assouplit, mais pour l’instant conserve ses particularités. Les pressions de la mondialisation sont par définition mondiales : moins de temps passé à cuisiner, évolution de l'offre et des pratiques… Mais elles sont modulées par la culture locale. L'étude « Mond'Alim 2030 » du ministère de l'Agriculture le confirme : jusqu’ici, le modèle alimentaire français évolue en s'adaptant.