Le Comte de Tessé, 1er écuyer de la Reine (1735-1768)
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1768. L’hôtel est acheté par le comte de Tessé pour Marie Leczinska dont il est le premier écuyer, pour y installer les écuries de la Reine. Le projet sera abandonné. En revanche, l’escalier d’honneur témoigne de cette époque avec ses doubles LL dorés, monogramme de Louis XV. Le comte de Tessé occupe les lieux jusqu’en 1790, époque à laquelle il doit émigrer.

A la Cour, le service des "écuries de la Reine" comprenait un premier-écuyer, un écuyer ordinaire, un écuyer cavalcadour, quatre écuyers servants par quartier, des pages avec leur gouverneur, leur précepteur et leur aumônier, des "cochers du corps", d’autres cochers, des postillons, des valets de pied, enfin un grand nombre de palefreniers affectés à l’entretien tant des carrosses que des chevaux de trait ou de selle.

Toute cette organisation était commandée par le premier-écuyer de la Reine, qui se nommait, en 1767, René-Mans, sire de Froulay, comte de Tessé, marquis de Lavardin, Grand d’Espagne.

A cette époque, l’installation parisienne des écuries de Marie Leczinska se trouvait à l’angle de la rue de l’Université et de l’esplanade des Invalides, sur l’emplacement actuel du ministère des Affaires étrangères, mais elle ne pouvait pas y être maintenue et le premier-écuyer lui cherchait un nouveau local. Apprenant que le duc de Villeroy était disposé à vendre son hôtel de la rue de Varenne, il visita cet immeuble et le trouva propre, avec ses vastes communs qui contenaient des stalles pour cinquante chevaux, à recevoir les nouvelles écuries de la Reine : il exposa donc à Louis XV la convenance de cette acquisition.

Par arrêt du 10 septembre 1767, le roi autorisa le comte de Tessé à signer le contrat de vente proposé par le duc de Villeroy, après quoi il en passerait déclaration au profit de Sa Majesté qui paierait l’hôtel avec les deniers royaux. Le premier-écuyer solderait seulement les dépenses accessoires, telles que frais de contrat et débours d’installation. En retour, à la mort de la reine, moment où le personnel des écuries serait licencié, il conserverait, conjointement avec la comtesse sa femme, la jouissance de l’hôtel de Villeroy, et ce leur vie durant.

L’acte d’acquisition ayant été signé le 15 septembre 1767, par devant M e Bro, notaire à Paris, un arrêt du Conseil du 28 septembre rendit définitives les dispositions convenues. L’hôtel de Villeroy devenait propriété royale moyennant le prix de 271.000 livres et une somme de 35.000 livres représentant la valeur des glaces, tableaux et poêles vendus avec l’immeuble.

Mais le comte de Tessé n’eut pas à supporter les dépenses d’installation des nouvelles écuries de la Reine dans les communs de la rue de Varenne : le 24 juin 1768, en effet, Marie Leczinska succombait à l’âge de soixante-cinq ans.

Le paiement de l’hôtel de Villeroy n’était pas achevé ; le duc et la duchesse y résidaient encore, ne devant le quitter qu’après le dernier versement, au 31 décembre 1768. Quand l’année 1769 commença, le comte et la comtesse de Tessé purent s’installer, sans autres frais, dans l’immeuble royal dont l’arrêt du 28 septembre 1767 leur assurait l’usufruit.

Pendant vingt-ans, l’hôtel de la rue de Varenne n’eut pas d’autre histoire que celle des nobles demeures parisiennes de cette époque.

La salle à manger ovale du duc de Villeroy continua à recevoir les représentants des plus vieilles familles de France. C’est vers ce temps que la rampe "en fer doré", qui décorait depuis 1723 l’escalier d’honneur de la maison Desmares, fut remplacée par une autre, celle-ci en fer forgé.

Comme l’hôtel appartenait maintenant au domaine royal, le maître ferronnier reproduisit à intervalles réguliers, dans le dessin des ballustres, le monogramme doré qu’avait adopté Louis XIV et que Louis XV faisait sien : deux L entrelacés. On peut admiré encore, ce beau travail du XVIII ème siècle, classé comme monument historique par arrêté du ministre des Beaux-Arts en date du 15 mai 1909.

En 1770, M. de Tessé fut nommé premier-écuyer de Mme la Dauphine, et, en 1774, quand Marie-Antoinette monta sur le trône, il retrouva son titre de premier-écuyer de la Reine. Sa jouissance de l’hôtel de Villeroy n’en fut aucunement troublée, car il dirigeait maintenant une organisation n’ayant rien de commun avec celle autrefois créée pour Marie Leczinska, et les écuries de la nouvelle reine étaient installées rue de Bourgogne.

Bientôt vint la Révolution, qui allait changer les destinées de la maison Desmares. La prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre lui montrèrent, peu à après quels dangers courait la monarchie, et, dès le 5 mai 1790, il envoyait sa démission de membre de l’Assemblée Constituante. Puis le comte et la comtesse de Tessé quittaient l’hôtel de la rue de Varenne, partant pour une longue émigration.


Source :
L’hôtel de Villeroy et le ministère de l’Agriculture de G. Mareschal de Bièvre, Lauréat de l’Académie française, 1924.