Le bonheur est dans le pré

Une bergerie écolo, un potager bio, des animaux un peu partout... voilà l’univers d’Isabelle, ancienne journaliste partie dans l’arrière pays niçois, avec pour ambition de devenir agricultrice ! Comme plus de 35 %des urbains qui envisagent de s’installer durablement à la campagne, Isabelle en rêvait et elle l’a fait.

Isabelle Sallusti - Graine et ficelle

Tandis que certains attendent avec impatience l’arrivée des vacances d’été, d’autres ont vraiment pris la tangente toute l’année. Au palmarès des destinations les plus courues ? Le soleil, la mer et les régions rurales proches des grandes agglomérations.« La campagne est un symbole de la beauté et de la liberté. Dans l’imaginaire néorural, on habite sur son lieu de vacances. On rêve de faire de son domicile une sorte de maison d’hôtes ou de camping privatif. C’est le triomphe de la civilisation du barbecue. Et du potager », analyse Jean Viard [1], sociologue, spécialiste de la ruralité. Héritiers d’une vieille civilisation paysanne, les Français veulent à nouveau cultiver leur jardin, et retrouver le goût du paradis perdu.C’est ce qu’a fait Isabelle Sallusti. Journaliste à Paris ne supportant plus le rythme parisien, elle achète en 2002 un terrain agricole en friche, complètement vierge, dans le sud de la France. Celle que l’on surnommait Manon des sources, défriche, débroussaille, plante, et arrose... seule. Deux ans plus tard, elle obtient son permis de construire et bâtit une maison d’hôtes lumineuse et spacieuse en quatre mois.

Isabelle voit désormais la vie en bio : elle n’est pas intégriste mais pratique la permaculture – qui consiste à ne pas labourer la terre - « C’est tout simplement du bon sens paysan. Je travaille selon lerespect de la nature, en l’observant. C’est un peu un jardin de paresseux. Le potager s’autogère tout seul. Je n’utilise pas d’engrais et je ne ramasse pas tous les jours mes légumes, ce qui permet à la terre de se régénérer  », précise Isabelle, avant d’ajouter : « Je veux avant tout montrer aux enfants ce qui est sain et bon pour eux.  » D’ailleurs sa table d’hôtes remporte un vrai succès : « Les hommes arrivent avec une certaine appréhension. Bio et sain riment souvent avec « light » et « baba cool ». Ils repartent pour la plupart enchantés d’avoir découvert autre chose qu’une côte de bœuf – pomme de terre. Pour moi, manger bio, c’est avant tout prendre soin de soi et de la planète.  »

Toute l’année, Isabelle reçoit des enfants dans sa ferme pédagogique ou autour de grands goûters d’anniversaire ... bio, évidemment. En plus de sa table d’hôtes, elle donne des cours de cuisine « un peu selon les envies de chacun  », et a des chambres d’hôtes. « J’ai une clientèle très variée. Du parisien bobo pure souche aux familles nombreuses moins aisées. L’idée n’était pas de faire un refuge élitiste. La pause saine et calme au milieud’une nature authentique doit être accessible à tout le monde. Même si certains me trouvent encore trop raffinée et bobo  », ironise Isabelle.

Isabelle, ancienne journaliste, jeune agricultrice a changé de vie. Certains en rêvent tout juste au beau milieu du métro, elle s’est jetée à l’eau. Et non sans difficulté. Il n’est pas simple de se faire une place quand on n’est pas issu du monde agricole. Sans être des Jean de Florette des temps modernes, les citadins candidats à la reconversion verte n’ont pas encore bonne presse. Qu’importe : « Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer. [2] »


Retrouvez Isabelle dans sa ferme Graine et Ficelle - 670, Chemin des Collets 06640 Saint-Jeannet ou sur www.graine-ficelle.com


[1] Chercheur CNRS au centre d’étude de la vie politique française

[2] Extrait du poème de Paul Fort, Le Bonheur