L’avenir du pastoralisme en Corse
21/09/2015
Henri-Luc Thibault
Si le pastoralisme constitue un des fondements de l’identité de l’île, l’élevage corse souffre d’une crise structurelle. Le CGAAER a été chargé d’examiner la situation et d’identifier les moyens de redynamiser la filière…

Mise en place d’un service d’action pastorale en Corse
© Agriculture.gouv.fr
Rapport de mission d’expertise n°15021 CGAAER

L’avenir du pastoralisme en Corse

Henri-Luc Thibault

Mai 2015

Mots clés : Agro-pastoralisme, transhumance, berger, Corse

 

 

Mise en place d’un service d’action pastorale en Corse

© Agriculture.gouv.fr

Enjeux

L'élevage corse, à dominante pastorale, constitue l'un des fondements de l'identité insulaire. Occupant les espaces les plus accidentés et les moins accessibles de l'île, il fait partie du patrimoine culturel, social, environnemental et culinaire auquel les Corses sont attachés et les touristes sensibles.

Mais il est aussi confronté à des difficultés structurelles comme l'insécurité foncière souvent attachée aux territoires qu'il contribue à mettre en valeur, la « fermeture » progressive des zones de parcours accentuant un déséquilibre fourrager déjà patent, ou le faible taux d'installation de nouveaux acteurs…

Redessiner un avenir pour l'élevage corse suppose non seulement de traiter les handicaps spécifiques auxquels il est confronté, mais aussi de l'appréhender comme une composante de dynamiques territoriales auxquelles participent de nombreux acteurs ne relevant pas tous de la sphère agricole. La mission a exploré les voies pour y parvenir.

Méthodologie

La mission a d’abord élaboré une note de cadrage fondée sur la documentation disponible. Elle a procédé à des entretiens avec des acteurs institutionnels et professionnels impliqués dans la promotion du pastoralisme corse. Elle a étudié les enseignements tirés de la visite du ministre en Corse en février 2015.

La deuxième phase de la mission a consisté, à l'occasion de deux déplacements sur place, en une série d'entretiens individuels puis collectifs - par grandes familles professionnelles - qui a concerné près de quatre vingt acteurs directs ou indirects du pastoralisme insulaire.

Enfin, la mission a réalisé une série de tests portant sur les recommandations élaborées.

Résumé

L’élevage pastoral corse est en crise. Celle-ci est structurelle.

L’effectif et la production du troupeau ovin sont en chute. Quant au troupeau caprin, il se maintient avec une production laitière en légère augmentation, transformée à la ferme et valorisée en circuit court.

Le troupeau bovin, largement divagant, semble détenu plus pour les aides communautaires qu’il génère que pour les ressources fourragères qu’il transforme.

Les ateliers porcins sont également concernés. La charcuterie, certes appréciée, est essentiellement produite sur place à partir de porcs importés, ou fabriquée hors du territoire insulaire.

La crise affecte les espaces que ces élevages sont censés valoriser. Elle s’accompagne d’une déprise agricole, de l’extension du maquis, de la fermeture concomitante de nombreux espaces auparavant mis en valeur, ainsi que par du déclin de la transhumance.

Pourtant les territoires dans lesquels se pratique l’élevage pastoral font l'objet d'attention de nombreux acteurs agricoles et non agricoles : défenseurs de l'environnement, forestiers sapeurs, promoteurs du tourisme non balnéaire, chasseurs, agents immobiliers… Mais leurs interventions n'enclenchent pas de véritables dynamiques territoriales. Ceci concerne tout particulièrement les organisations qui interviennent en matière d’appui au développement agricole et à l’élevage. Leurs actions semblent peu coordonnées ni inscrites dans une vision de long terme et partagée, sur la place que pourrait et devrait occuper le pastoralisme dans le développement de la Corse intérieure.

Face à ce constat, la capacité d’un nouveau service technique dédié au pastoralisme à inverser les tendances observées, paraît très incertaine. En revanche la constitution d’une véritable « coalition » des forces qui interviennent aujourd’hui de façon segmentée et non coordonnée dans ce secteur serait de nature à relever le défi proposé. Il conviendrait, pour cela, qu’elles s’engagent résolument à œuvrer de façon collective et qu’elles s'accordent sur une vision de long terme du pastoralisme corse. Mais il faudrait, aussi, qu'elles affichent des objectifs stratégiques clairs et mobilisateurs mettant notamment l'accent sur l’augmentation de la production, sa qualité, l’amélioration de la technicité des éleveurs et de la rentabilité de leurs ateliers, l’organisation des producteurs, la structuration des filières où l’aval aurait sa place, l’accès au foncier et au crédit. Une telle coalition n'aura de consistance et de permanence que si elle s'incarne dans un objet juridique solide (GIP ou GIE), et qu’elle se dote d’un mandat précis et régulièrement évalué, intégrant des considérations d’« observatoire », de « prospective », d’« appui technique »  et d’« organisation ». Elle pourrait ainsi disposer d'une cellule opérationnelle comptant quelques agents affectés par redéploiement d’une partie des effectifs de ses membres et attachés à faire vivre son mandat. Le responsable de la cellule gagnerait à ne pas être issu des membres constitutifs et pourrait être pris en charge par des partenaires extérieurs.

Les réponses, qu'appelle la crise actuelle du pastoralisme corse, ne relèvent pas du seul domaine technique et c'est, en priorité, sur la définition d'un projet de long terme partagé que ses acteurs doivent se mobiliser.

Lien vers le rapport


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