L’accompagnement des éleveurs pour réduire les mésusages d'antibiotiques
Catherine Cavarait, vétérinaire, accompagne près d’une centaine d’élevages de porcs de la coopérative Agrial dans l’ouest de la France dans la réduction de leur usage d'antibiotiques. Témoignage d’une professionnelle convaincue.

 

« Biosécurité, manipulations, bien-être, espace de vie, bâtiment, alimentation... Réduire ses antibiotiques et améliorer la santé d’un élevage est une opération délicate où il faut tirer l’ensemble des ficelles… Simple à dire mais lorsque l’on travaille sur du vivant, c'est lent et compliqué à mettre en place ! Le processus de démédication d’un élevage n’est pas anodin. Lorsque l’on décide l’arrêt de l’antibiotique préventif chez les jeunes porcelets d’à peine un mois qui pèsent 7-8 kilos, c’est très angoissant pour l’éleveur. Il perd alors une grosse protection !

Un binôme au service de la réduction de l'usage des antibiotiques

Il faut être très vigilant sur la situation sanitaire de l’ensemble de l’élevage. J’accompagne les éleveurs quant à la maîtrise des facteurs de risque des maladies. Nous passons quatre fois par an sur leur exploitation, en binôme avec un technicien de la coopérative Agrial, voire plus si la gestion sanitaire de l’élevage l’exige. Nous réalisons le suivi sanitaire, préventif et curatif. Je me suis formée à l’homéopathie et la prescris depuis trois ans. C’est la première thérapeutique que je propose, les éleveurs sont parfois un peu réticents, mais la majorité est partante. Je fais beaucoup d’actions de prévention pour une réflexion plus globale, vers une écologie de la santé de l’élevage.

Les mesures coercitives pour réduire les antibiotiques dans les élevages ont fait avancer les filières. Elles s’impliquent dans la baisse des antibiotiques, s’interrogent sur les manières de démédicaliser, les investissements nécessaires et les économies réalisées. La filière porcine a déjà montré sa capacité à diminuer de façon nette ses consommations d’antibiotiques : entre 2004 et 2014, les dépenses de santé curatives ont baissé de 40% ».

« One Health, une seule santé »

Chaque année en France, on estime que 12 500 décès humains sont liés à une infection par une bactérie résistante aux antibiotiques. En médecine vétérinaire, les objectifs chiffrés fixés par le premier plan Ecoantibio sont en passe d'être atteints : sur les quatre premières années du plan (2012-2015), l'exposition des animaux aux antibiotiques a reculé de 20% (les données de 2016 seront connues au second semestre 2017).

L’approche « One Health » considère aujourd’hui que la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont interconnectées et forment un tout. Ces trois santés sont impactées par la perte d'efficacité des antibiotiques vis-à-vis de bactéries pathogènes. L'antibiorésistance est un phénomène naturel amplifié par l’administration abusive ou inopportune, tant en médecine humaine que vétérinaire, d’antibiotiques, et potentiellement aussi par la circulation de bactéries antibiorésistantes via l’environnement. C'est pourquoi la lutte contre l'antibiorésistance est un défi à relever sous une approche « One health, une seule santé ».


 

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