La cure de jouvence du blé noir breton

«  Nourriture des pauvres  » selon Alexandre Dumas, symbole de « rudesse et de misère » pour Pierre Jakez Hélias, le blé noir retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesse dans les champs de Bretagne. Depuis une vingtaine d’années, une poignée d’agriculteurs et de meuniers se bat pour faire revivre une culture un peu oubliée. Reportage à Rennes, au Moulin deCharbonnière.

©Xavier Remongin/Min.Agri.Fr.
L’histoire du blé noir de Bretagne, Vincent Schmitt la connaît par cœur. Meunier depuis trois générations et vice-président de l’association Blé Noir Tradition Bretagne, sa famille n’a cessé de lutter pour la sauvegarde des cultures de blé noir breton. Il explique : «  En 1960, on comptait 116 000 hectares de culture de blé noir. En 1980, on en dénombrait pas plus de 200 !  » En 2010, les surfaces bretonnes cultivées avec du blé noir tournent autour de 3 000 à4 000 hectares. Plus de la moitié sous l’égide de l’association.

« On sème, on récolte et c’est tout ! »

Blé Noir Tradition Bretagne est née de la volonté de quatre meuniers qui n’avaient qu’une idée en tête : motiver les agriculteurs à pratiquer cette culture isolée. Aujourd’hui, ils sont plus de 350 agriculteurs, au cœur de l’association, à semer la graine chaque année. « On a tous en tête cette idéologie du respect de la terre que l’on travaille. Le blé noir nous offre la possibilité de pratiquer une culture respectueuse de l’environnement, sans travail supplémentaire  », explique Franck Adenys, agriculteur en production laitière et cultivateur de blé noir de père en fils. Car le blé noir est une culture propre. Elle n’a ni besoin d’engrais, ni de pesticides, elle est naturellement répulsive aux taupins et riche en fibres. « On sème, on récolte, c’est tout ! », ajoute Franck.

Un blé majoritairement d’importation

©Xavier Remongin/Min.Agri.Fr.
Mais alors pourquoi la culture a-t-elle été abandonnée ? « Avec l’arrivée du maïs et du blé, l’alimentation du bétail qui explosait, les agriculteurs ont donné la priorité aux cultures rentables  », explique Vincent Schmitt. Aussi, même s’il existe un réel potentiel en Bretagne, notamment grâce à ses paysages diversifiés, à ses terres riches et azotées,la production locale ne suffit pas à alimenter les meuniers. Seul 20 à 30 %du blé noir consommé est d’origine bretonne. Le reste vient de l’importation, principalement d’Asie du sud-est. « Changer les habitudes est le plus gros de notre travail. La majorité des crêpiers utilise du blé noir d’importation, car il est non seulement moins cher, mais aussi plus facile à utiliser  », souligne Vincent. Le blé noir breton a en effet la caractéristique d’être plus sensible aux variations de température, d’être plus fort en odeur et plus parfumé. «  En somme, une galette au blé noir de Bretagne, c’est meilleur !  », sourit le meunier.Travailler main dans la main avec les producteurs, les meuniers et les crêpiers, tel est l’objectif de cette association. Assurer un rendement juste aux agriculteurs, garantir une traçabilité sans faille et une nourriture de qualité aux consommateurs, en voici les valeurs.

Le blé noir, cousin de la rhubarbe

La fleur du blé noir
Appelé aussi Sarrazin, son nom scientifique, le blé noir ne fait pas partie de la famille des graminées, contrairement au maïs, mais de celle des polygonacées. Semé mi-mai, pour éviter les gelées qu’il ne supporte pas, le blé noir est récolté entre la mi-septembre et la mi-octobre.Il en existe plusieurs sortes. La variété cultivée en Bretagne est la harpe. Créée par la famille Schmitt dans les années 60, elle est protégée par l’association Blé Noir Tradition Bretagne.

Le blé noir, une tradition bretonne

Le blé noir a toujours été lié à l’histoire de la Bretagne. D’origine asiatique, il est arrivé en France par la route des Celtes. Imposé par la Duchesse Anne au XVème siècle, il a longtemps été la nourriture de base des paysans. A l’époque, les cerfs, qui ne possédaient pas de terres, ne le cultivaient que pour alimenter l’aristocratie locale. Plante qui pousse rapidement et qui s’accommode d’une terre pauvre, le blé noir était pour les cerfs un apport alimentaire et nutritif conséquent.

Données Express

©Pascal.Xicluna/min.agri.fr
L’association Blé Noir Tradition Bretagne a été récompensée en 2010 aux Trophées de l’agriculture durable.Le plus souvent transformé en farine, la farine de Blé noir de Bretagne a obtenu une indication géographique protégée (IGP) début 2010.Utilisé principalement pour les galettes de sarrasin, le blé noir sert aussi à la confection des crozets, du whisky, ou de la cervoise, la fameuse bière bretonne.

 
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