Jeunes de l'enseignement agricole et citoyens d'un monde qui bouge
Crédit ci-après
© Cheick Saidou / Min.Agri.Fr
L'enseignement agricole a pour mission de former de futurs professionnels – et citoyens – ouverts sur le monde et conscients des enjeux internationaux. Les jeunes présents le 18 mai dernier au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation dans le cadre de l'événement « Jeunes de l'enseignement agricole et citoyens d'un monde qui bouge » en ont été les parfaits ambassadeurs...

Lycéens et étudiants venus de toute la France, issus d'établissements publics ou privés, étaient réunis pour un après-midi placé sous le signe de l'engagement citoyen, du « vivre ensemble » et de la coopération internationale. Ce fut l'occasion de dévoiler les lauréats du prix Moveagri 2016, concours qui récompense les meilleurs blogs et photos de jeunes de l'enseignement agricole partis à l'étranger, ainsi que les lauréats du prix ALIMENTERRE 2017, concours de films courts dédié aux jeunes de moins de 25 ans de l'enseignement agricole sur le thème « Nourrir la planète aujourd'hui et demain ». Ce fut également le moment choisi pour mettre en avant quatre beaux projets déjà réalisés – ou en cours de réalisation – dans lesquels sont impliqués des jeunes de l'enseignement agricole.

Projet « keka wongan » avec le lycée Nantes-Terre-Atlantique (Loire-Atlantique)

L'aventure « keka wongan » (notre cacao) est née en 2010 à partir d’un projet d'élèves. La coopération avec le collège régional d'agriculture (CRA) d'Ebolowa (sud du Cameroun) a débuté autour d'un développement classique d'échanges interculturels. Il a rapidement intégré un projet de valorisation, par la transformation locale en chocolat, des fèves de cacao produites sur place et trop peu payées aux producteurs locaux.

Le projet s’inscrit dans une logique de développement de circuits courts, de commerce équitable Nord-Sud, de maîtrise technique d'une production durable et de la transformation à l'échelle humaine de celle-ci. « Aujourd'hui, les tablettes de chocolat existent et on en est très fier », raconte Laurie, une lycéenne qui a participé à l'aventure. « Cela fait trois générations d'élèves qui se transmettent le flambeau. C'est une expérience très enrichissante : on y apprend l'interculturalité, mais aussi des savoir-faire et des savoir-être. »

Projet de solidarité en Bosnie avec la MFR La Palma (Rhône)

Deux classes, dont une de bac pro SAPAT (Service aux personnes et aux territoires), sont engagées autour d'un projet commun avec des agricultrices bosniennes. Il s'agit de mettre en place une action de solidarité suite à la création de la première PREC du pays (structure équivalente à une MFR). Les 53 élèves, âgés de 16 à 18 ans, consacrent en moyenne 3 heures par semaine au projet. Ils accompagnent le groupe de femmes dans la transformation de leur production maraîchère locale, mais aussi dans sa commercialisation avec la proposition d'un emballage créé avec l'aide d'un designer.

Si plusieurs élèves ont prévu de se rendre en Bosnie en octobre prochain, les échanges se font pour le moment par Skype. « Nous avons découvert une autre manière de vivre et, par la même occasion, fait tomber certains a priori que nous avions sur la Bosnie », racontent Émilie et Mylène. « Participer à un tel projet permet de multiplier les expériences et de s'ouvrir aux autres. »

Accueil de volontaires étrangers au lycée Toulouse-Auzeville (Haute-Garonne)

À la Cité des sciences vertes, la coopération internationale se vit au quotidien. L'établissement accueille régulièrement des jeunes volontaires étrangers dans le cadre de dispositifs comme le Service Civique ou bien le service volontaire européen (programme Erasmus+). Si leur mission principale consiste à contribuer à l'animation de la vie de l'établissement, elle peut prendre des formes très variées.

Sensa, jeune Burkinabé de 26 ans passionné d'apiculture, a par exemple initié une dizaine de lycéens français à la culture du Burkina Faso en vue d'un prochain échange. Quant à Sévak, jeune Arménien féru de culture orientale, il a participé à la création d'un jardin potager mandala. Autant d'initiatives qui favorisent l'interculturalité, le « vivre ensemble » et le partage d'expériences. Sensa sait déjà le message qu'il souhaite porter à son pays : « Quel que soit le milieu dans lequel tu vis, il faut le valoriser. Et le valoriser en fonction de ce qu'il est ».

Projet « Carnet d’exil » avec l'ISETA, le lycée agricole de Poisy (Haute-Savoie)

C'est en janvier 2015 que la classe de bac pro Aquaculture rencontre pour la première fois Khairollah, jeune Afghan exilé de son pays natal à l'âge de 11 ans. « Son parcours nous a marqués, expliquent Adrien et Yanis, et on a eu envie de faire quelque chose pour lui, de raconter son histoire, de la faire partager ». Les élèves, moteurs du projet et soutenus immédiatement par l'équipe éducative, se lancent alors dans cette belle aventure collective.

L'engagement des élèves est total : six heures d'entretiens enregistrés, un atelier d'écriture avec l'écrivain Nabil Louaar, une résidence d'écriture sur le Plateau des Glières… Après deux ans et demi de travail, l'ouvrage, mêlant écriture, photographie, dessin et cartographie, est enfin prêt. « Ce projet nous a rapprochés », conclut Adrien. Projet porté jusqu'au bout par un esprit d'ouverture et de fraternité, l'impression des exemplaires a été financée par le biais d'un site de crowdfunding (financement participatif).

Si les projets sont différents, qu'il s'agisse des enjeux et/ou des ambitions, ils sont porteurs de valeurs communes, comme l'a souligné François Collart-Dutilleul, professeur émérite des universités de France et spécialiste du droit de la sécurité alimentaire, en conclusion de l'après-midi : « Les valeurs dont vous êtes porteurs, tous, sont celles de citoyenneté, de professionnalisme et de solidarité. Sans oublier la joie qui, du début à la fin, transparaît de vos témoignages et de tous les projets, films et blogs qui ont été présentés au cours de l'après-midi ».

Voir aussi