Jean-Luc Perrot, directeur de Valorial : "L'alimentaire disrupte, innovons autrement"
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© Xavier Remongin/Min.Agri.Fr
Interview de Jean-Luc Perrot, directeur de Valorial, le pôle de compétitivité agroalimentaire du Grand Ouest.

« L'alimentaire disrupte, innovons autrement » est le thème du colloque que vous avez organisé le 6 décembre 2016. Pourquoi ce thème ?

Disruption, ubérisation. Avec la transformation numérique, la chaîne alimentaire connaît de profonds bouleversements, tant dans l’industrie agroalimentaire, que côté distributeurs et consommateurs. Cette journée vise à sensibiliser les acteurs de l'agroalimentaire à ces enjeux ainsi qu’à les inciter à travailler avec des start-up de la Foodtech. Elles procurent de l’agilité dans un monde qui va tellement vite !

Vous parlez de transition plutôt que de révolution numérique. Pourquoi ?

Je préfère parler de transition car cette évolution se fait tant avec les acteurs qui sont dans la place qu’avec l'entrée de nouveaux acteurs. Tous secteurs confondus, cette transition numérique est entamée depuis un certain temps. L’arrivée des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazone) a provoqué des remises en cause profondes de certains secteurs économiques. Les acteurs économiques prennent conscience qu'ils doivent opérer une bascule forte et massive, avec un sentiment d'urgence. Jusqu'à présent, les filières agroalimentaires ont été moins touchées, mais elles doivent aussi opérer leur transition numérique, quelle que soit la taille de l'entreprise.

Ce n'est pas la première innovation technologique forte. Qu'est-ce qui est spécifique au numérique ?

Dans les années 80, l'usine type se caractérisait par un stade de production auquel succédait une phase de contrôle. On agissait a posteriori. Dans les années 2010, c'est l'usine en temps réel qui s’est déployée permettant de fonctionner à flux tendus, et d’accroître la performance industrielle. Demain, ce sera l'usine prédictive. L'outillage numérique, le traitement massif de données faciliteront les prévisions de commandes et l’anticipation de l’allocation des ressources de l’entreprise (emplois, matières premières, machines, flux financiers, etc). Le numérique touche toutes les fonctions de l'entreprise et doit les faire interagir entre elles, c'est pourquoi cette mutation digitale revêt un caractère éminemment stratégique.

En quoi le numérique modifie la relation au consommateur ?

Le numérique modifie profondément la relation avec le client – distributeur, restaurant ou consommateur – tout simplement parce que celui-ci est massivement utilisateur de ces nouveaux outils. Pouvoir capter l’information sur les réseaux sociaux par exemple constitue un gisement riche et nouveau permettant d’établir un lien plus personnalisé avec les consommateurs. On va pouvoir accélérer le passage d'une production en grand volume peu différenciée à une production segmentée et personnalisée. Aujourd'hui, il existe encore des verrous technologiques dans les outils industriels pour avoir cette souplesse et cette personnalisation de l’offre. Les pôles de compétitvité sont là pour accélérer et faciliter ces transformations.

Cette relation directe avec le consommateur modifie donc la chaîne production-distribution-consommateur ?

Pour être encore plus près du consommateur, la désintermédiation est un enjeu tant pour les grandes entreprises leaders sur leurs marchés que pour les PME. Elle suggère à mon sens de repenser les méthodes et le management de l'innovation en privilégiant agilité et innovation ouverte et collaborative.

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