Jardins de Cocagne : cultiver la solidarité

Créés pour favoriser l’insertion socioprofessionnelle d’adultes en difficulté, les Jardins de Cocagne ont su tisser un nouveau lien entre l’exploitation agricole et le consommateur. Grâce à la production et à la vente de paniers de légumes bio, ces jardins offrent un emploi et la perspective d’un projet personnel à des adultes en difficulté. Rendez-vous à Vernon, dans l’Eure, à l’Arbre aux légumes.

©Xavier Remongin/Min.Agri.Fr.

Des jardins solidaires

Avec ses 100 jardins en activité sur l’ensemble du territoire, avec ses 3 400 jardiniers, ses 20 000 familles d’adhérents, ses 600 encadrants et ses 1 500 bénévoles, le réseau Cocagne est en pleine expansion. Issu d’un modèle suisse, auquel a été ajouté un volet social, le premier Jardin de Cocagne démarre en 1991 à l’initiative de Jean-Guy Henckel et suscite rapidementun vif intérêt. Pour faire face aux demandes croissantes de particuliers, d’associations, de collectivités, les Jardins de Cocagne, au nombre de 50 en 1999, se dotent d’une structure d’envergure nationale : le Réseau Cocagne est alors créé.Les « jardiniers » sont des personnes en situation précaire : allocataires des minima sociaux, personnes sans revenu, sans domicile, chômeurs de longue durée, etc. Ils sont employés aux différents postes qu’offre un Jardin : préparations et cultures, sous serres ou en plein champ, confection et livraison des paniers de légumes, entretien des locaux et du matériel, secrétariat et gestion…Tout au long de leur engagement, les jardiniers sont encadrés par une équipe de professionnels, maraîchers, travailleurs sociaux et bénévoles ; ils bénéficient d’un accompagnement socioprofessionnel destiné à faciliter leur recherche d’emploi ou à la mise en place de leur projet professionnel.

Au cœur de l’Arbre aux légumes

©Xavier Remongin/Min.Agri.Fr.
«  Nous sommes localement le seul chantier d’insertion, aussi la demande est-elle très forte. Nous pourrions accueillir ici deux à trois fois plus de personnes ! Ce que nous cherchons à repérer, lors de l’entretien d’embauche, c’est l’importance de la valeur du travail pour chacun. Car l’objectif n’est pas de rester ici, mais de trouver un emploi ailleurs. Nous sommes là pour les accompagner dans le franchissement d’un cap  », explique Jean-Pierre Mureau, accompagnateur socioprofessionnel, directeur et salarié de l’association.

280 paniers à préparer

Fournir chaque semaine 280 paniers, cela ne s’improvise pas. Jean-Marie Lafitte est responsable du maraîchage : « Nous préparons 252 semis différents au fil de l’année, il faut établir un calendrier cultural. Nous prévoyons aussi des excédents que nous faisons préparer par une conserverie artisanale, sous forme de potages, de coulis ou de confitures de tomates qui permettent de compléter le panier quand la production d’hiver est moins variée. Nous offrons aussi de redécouvrir des légumes oubliés comme les topinambours, les scorsonères [1] ou les rutabagas. Cela permet de prendre conscience de la saisonnalité des productions, c’est important d’y revenir.  »

Des paniers hebdomadaires à 6 euros

Et on y revient. Car les adhérents de l’Arbre aux légumes, fondé en 2001, sont en constante augmentation pour avoisiner les 300 aujourd’hui, dotant l’association d’une situation saine avec un chiffre annuel de 10 000 euros. L’ensemble des coûts étant estimé à environ 50 000 euros, l’implication des bénévoles est réellement déterminante. Pour 306 euros par personne, soit 48 paniers hebdomadaires à 6 euros environ, chaque adhérent se voit proposer, chaque semaine, au moins quatre portions de légumes différents, à venir chercher sur place ou à prendre à l’un des deux points de livraison en ville.

Produire à destination de consommateurs demande rigueur et organisation. Comme tous les producteurs, l’Arbre aux légumes est soumis à des contrôles et analyses, conformément à la réglementation. La qualité de l’eau du puits qui sert à l’arrosage est régulièrement vérifiée. « Tout cela permet d’améliorer nos pratiques et de rassurer le consommateur sur la qualité de nos produits », fait remarquer Jean-Claude Folliot, bénévole chargé de la communication.

Plus d’infos sur reseaucocagne.asso.fr ou sur larbreauxlegumes.net


[1]Scorsonères : Salsifis noirs

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