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DossierPolitique agricole commune : Cap sur 2013

Interview de Bruno Le Maire

27/09/2010

"La PAC est au service des 500 millions de consommateurs européens"

A l’occasion d’une interview accordée au site Internet du ministère de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire, Bruno Le Maire détaille sa vision de la politique agricole commune, et la position de la France sur la réforme à venir.

    • Au plan international, les discussions autour de la réforme de la PAC ont débuté. Si on fait un bilan sur les premières discussions, quelles avancées pensez-vous avoir réussi à obtenir depuis un an ?

Bruno Le Maire : J’estime qu’en matière de Politique Agricole Commune, et en l’espace d’un an, nous avons réussi à inverser totalement la tendance. Il y a un an tout juste, en août/septembre 2009, quand nous parlions de Politique Agricole Commune, quelles étaient les propositions sur la table ?

Dérégulation totale, libéralisation totale des marchés. Chacun estimait, c’était l’opinion commune, qu’il fallait renoncer à tous les instruments d’intervention sur les marchés et laisser le marché faire ce qu’il voulait en matière de prix.

Deuxième élément de la position qui dominait en Europe : l’idée qu’il fallait réduire le budget de la PAC, parce qu’il était trop important. Les propositions officielles, écrites, notamment de la Commission, visaient une réduction de 30 à 40% du budget de la PAC. Je vous laisse imaginer ce que cela aurait signifié pour les agriculteurs français.

Troisième élément : Une France qui n’avait plus de partenaire de préférence en Europe en matière agricole et qui courrait le risque de se retrouver isolée dans les négociations de la PAC en 2013. Quelle est la situation exacte au moment où je vous parle ? J’estime une fois encore que nous avons renversé totalement la situation : nous étions partis pour la libéralisation ; aujourd’hui, c’est l’idée de la régulation des marchés fait l’objet d’un consensus le plus large au sein des pays européens.

C’est une idée que la France porte depuis plusieurs mois. Cela signifie simplement que nous voulons doter les marchés agricoles d’instruments pour prévenir les crises et pour y répondre, quand elles apparaissent dans certains secteurs, comme on l’a vu dans le secteur du lait.

Sur le budget de la PAC, nous avons obtenu que plus de vingt États se prononcent en décembre dernier pour le maintien du budget de la PAC en l’état. C’est-à-dire qu’on conserve les mêmes moyens financiers pour soutenir et défendre l’agriculture européenne. C’est un changement majeur, et un renversement majeur de tendance en Europe.

Enfin, j’ai souhaité travailler depuis le début avec notre premier partenaire agricole, celui qui pèse le plus, avec nous en Europe dans le monde agricole, c’est-à-dire l’Allemagne. Depuis près d’un an, je travaille avec l’Allemagne à une position commune sur l’avenir de la Politique Agricole Commune, et j’ai bon espoir que d’ici quelques semaines, nous pourrons présenter cette position commune entre la France et l’Allemagne, qui marquera notre volonté de rester les principaux leaders de l’agriculture en Europe.

    • Outre l’Allemagne, comment voyez-vous les discussions avec les autres États membres, mais aussi avec la Commission, et les parlementaires européens, qui auront leur rôle à jouer ?

Bruno Le Maire : Je souhaite que les discussions soient les plus ouvertes possibles, et qu’on travaille avec chacun, sur la base de la proposition que la France et l’Allemagne déposeront en matière d’avenir de la politique agricole commune.

Cette position n’est pas une position fermée, c’est une position ouverte à tous, ouverte à nos amis qui sont entrés plus récemment dans l’Union Européenne, comme la Pologne, la Hongrie ou la République Tchèque, ouverte à des partenaires agricoles que nous connaissons depuis longtemps, qui sont des partenaires majeurs comme les pays du Sud (Espagne, Italie, ou Portugal). Mais ouverte aussi, je le dis avec beaucoup de simplicité, à tous les États qui ne partagent pas forcément notre vision de l’agriculture européenne (Royaume-Uni, Pays-Bas, Danemark). Nous avons parfois des points de divergences avec eux sur notre conception de l’avenir de l’agriculture. Ce que je souhaite, c’est que l’on arrive à aplanir ces divergences, à trouver des accords entre nous. Je le redis, cette position de la France et de l’Allemagne sur l’avenir de la Politique Agricole Commune est une position ouverte à tous les États-membres, et ouverte à la discussion avec tous les États-membres.

Ensuite, il y a la discussion avec la Commission, qui présentera ses propositions d’ici la fin de l’année. Ce que je constate de manière très pragmatique, c’est que depuis que Dacian Ciolos est Commissaire Européen à l’agriculture, il a formulé des propositions utiles et intéressantes sur beaucoup de sujets qui, je crois, répondent à la fois aux intérêts des agriculteurs, et répondent en même temps à l’intérêt de l’Union Européenne et des 500 millions de citoyens européens eux-mêmes, c’est-à-dire avoir une agriculture qui reste un élément stratégique de la puissance européenne, et qui garantisse la sécurité alimentaire de tous les les Européens.
Enfin, je veux saluer le travail qui a été fait par les parlementaires européens. Le Parlement européen est un nouvel acteur sur la scène européenne, mais ce n’est pas un acteur mineur. C’est un acteur majeur qui aura un mot déterminant à dire sur l’avenir de la Politique Agricole Commune. Sur la base du rapport Lyon, il a formulé un certain nombre de propositions, et je dois dire que je me retrouve très largement dans les propositions du Parlement européen, que ce soit sur la régulation des marchés, sur le maintien du budget, sur la nécessité de tenir compte des questions environnementales, sur les questions de sécurité sanitaire. Je crois que le rôle du Parlement européen, c’est tout simplement de refléter les attentes des citoyens européens eux-mêmes, et il le fait remarquablement bien.

    • J’aurais une dernière question : comment informer les citoyens européens, notamment français sur la légitimité et la nécessité d’avoir une PAC forte ?

Bruno Le Maire : Je crois que l’information des citoyens européens sur la PAC est un des grands défis que nous avons à relever dans les années à venir. Ils ne sont pas suffisamment informés sur l’importance de la Politique Agricole Commune. Quitte à être un peu provoquant, je crois que ce qu’il faut expliquer aux citoyens européens, c’est que la Politique Agricole Commune n’est pas au service des agriculteurs européens. Elle est au service des 500 millions de consommateurs européens. Nous avons besoin, grâce à la défense de la Politique Agricole Commune, d’expliquer que cette PAC sert à la bonne alimentation de tous les citoyens européens, leur garantit que quelque soient les crises climatiques qui peuvent exister ici ou là, ou exploser sur tel ou tel continent, ils auront une sécurité alimentaire, quoi qu’il arrive. Nous devons expliquer que grâce à l’agriculture, et grâce à la PAC, nous garantissons une sécurité sanitaire totale sur les aliments qu’ils consomment. Comment pourrions-nous garantir la même sécurité sanitaire avec des produits importés de l’étranger ? Nous devons expliquer également que les agriculteurs participent à la défense de l’environnement, au maintien de la biodiversité et à l’aménagement du territoire. Regardez un territoire comme la France, avec toute sa diversité, avec ses plaines, ses montagnes, ses zones de littoral, dans quel état serait-il, quel visage aurait-il s’il n’y avait pas les agriculteurs pour l’entretenir et s’il n’y avait pas les soutiens de la Politique Agricole Commune pour soutenir ces agriculteurs.

Je crois que c’est tout cela que nous devons expliquer. La PAC n’est pas un instrument au service des agriculteurs européens, mais un instrument au service d’une certaine idée de l’Europe, et de ce point de vue là, elle mérite d’être défendue.

Consultez également l’article paru dans "Le Monde" du 16 septembre 2010 "La PAC réchauffe le couple franco-allemand"

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