Interview : Daniel Laborde, conseiller agricole à l’ambassade de France au Maroc
/Min.Agri.Fr
Jeudi 28 avril 2016, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt participe à la 1ère réunion des partenaires de l’Initiative « 4 pour 1000 les sols pour la sécurité alimentaire et le climat », à Meknès (Maroc). À cette occasion, Daniel Laborde revient sur son travail de conseiller agricole de l’ambassade de France à Rabat.

Portrait de Daniel Laborde, conseiller agricole au Maroc
©Cheick.Saidou/Min.Agri.Fr
Quel est le rôle d'un conseiller agricole auprès de l'ambassade de France au Maroc ?

Depuis maintenant quatre mois je suis conseiller agricole à l’ambassade de France du Maroc en charge de deux pays : le Maroc et la Tunisie. Mon rôle est extrêmement diversifié en termes d’objectifs et de missions, mais iI repose avant tout sur les orientations prioritaires définies par la France et le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF) vis-à-vis du Maroc et de la Tunisie dans les domaines de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et plus globalement de la ruralité. Une particularité au Maroc : les sujets pêche et aquaculture sont également suivis par le conseiller agricole, alors qu’ils ne relèvent plus du MAAF depuis 2012.

Le conseiller agricole doit développer sa connaissance du territoire, des filières, des interlocuteurs principaux (institutionnels, professionnels et politiques). Il a la charge de suivre les sujets importants en termes politique, technique, réglementaire, pour pouvoir en informer les autorités françaises (principalement le MAAF et la Direction Générale du Trésor dont relève localement le conseiller agricole) mais aussi les professionnels et les acteurs économiques. Il identifie des pistes de coopération institutionnelle, commerciale, technique et propose des déclinaisons concrètes à travers des actions de coopération bilatérale ponctuelles, des actions de promotion de savoir-faire, de matériel, ou encore de produits, l’organisation d’événements thématiques, l’émergence de jumelages institutionnels sous l’égide de l’Union européenne au titre de la politique communautaire de voisinage…). Il s’occupe aussi de la dynamisation d’un club agroalimentaire réunissant les entreprises françaises implantées au Maroc. La participation à l’organisation d’une visite officielle du ministre français de l’agriculture dans le pays constitue évidemment un temps fort de la mission du conseiller agricole.

Un événement consacré à la démarche "4 pour 1000" est organisé à Meknès le 28 avril prochain, pouvez-vous nous en dire plus ?

Il s’agit de l’événement phare du salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), organisé en étroite liaison entre le MAAF (DGPE) et son homologue marocain, de portée ministérielle (plusieurs dizaines de ministres présents) et placé sous la coprésidence de Stéphane Le Foll et de son homologue Aziz Akhannouch. Cet événement s’inscrit dans le prolongement de la validation officielle de l’initiative 4/1000 intervenue lors de la COP 21 à Paris en décembre 2015, et préfigure le passage de témoin à la partie marocaine pour la COP 22.

Il constitue l’occasion de décliner concrètement en un plan d’actions l’initiative 4/1000 (les sols pour la sécurité alimentaire et le climat) et de mettre en place une gouvernance adaptée et durable pour décliner ce plan d’actions dans les années à venir, tout en replaçant l’agriculture comme acteur majeur de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique.

Tenir cet événement en Afrique emporte une connotation symbolique majeure au regard du défi alimentaire auquel sera confronté ce continent dans les prochaines décennies.

Suite à la COP21 qui s'est tenue à Paris en 2015, la COP22 se tiendra au Maroc en 2016. Sur le plan agricole, comment se déroulera le passage de relais ?

De façon générale, la COP 22, prévue à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016, revêt une importance particulière pour le Maroc, à la fois parce qu’elle donnera une visibilité mondiale aux réalisations et aux projets de ce pays dans la lutte contre le changement climatique, mais aussi en ce qu’elle s’inscrit dans le prolongement d’une réussite absolue, celle de la COP 21 en France, pays que le Maroc considère plus que tout comme un partenaire privilégié. Et naturellement, dans le domaine agricole, le Maroc porte une très grande ambition pour la COP 22, avec le triple objectif : faire fructifier les avancées obtenues lors de la COP 21 par la France, porter des initiatives spécifiques et accorder une attention toute particulière à l’Afrique subsaharienne en la matière.

Pour accompagner le Maroc dans cette phase de transition progressive entre COP 21 et COP 22, l’ambassade de France à Rabat dispose depuis quelques semaines d’une fonctionnaire du Quai d’Orsay spécifiquement dédiée à cette mission. En matière agricole, de nombreux échanges et missions, au Maroc comme en France, sont programmés d’ici à la COP 22, avec des réunions à Paris ou Rabat entre les équipes des ministères de l’agriculture. L’accompagnement français porte tout autant sur le fond des questions qu’en matière de gouvernance et d’émergence d’initiative susceptible d’être portée lors de la COP 22 ; de fait, nos équipes sont mobilisées dans tous les registres et la coopération comme l’échange sont permanents entre elles. Entre autres thématiques sur lesquelles le Maroc est très demandeur, celle de l’interministérialité, culturellement très peu développée mais néanmoins essentielle pour garantir la réussite du passage de relais entre COP 21 et COP 22 au plan agricole.

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