C. Boulard. INRA- Nouzilly. 37380
Les études visant à évaluer l’incidence économique de l’hypodermose et le coût d’une prophylaxie ont été entreprises, à la demande de différents partenaires de la filière bovine (éleveurs, industrie laitière, abattoirs, industrie du cuir). Hypodermose et performance zootechniques . A partir des années 60, le contrôle de l’hypodermose passait d’un évarronnage manuel répétitif, (au moins quatre interventions au cours du printemps) à un contrôle précoce unique , en automne, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux insecticides à activité systémique, beaucoup plus efficaces que les organo-phosphorés. Des projets de prophylaxie coordonnée ont alors été envisagés et l’analyse des coûts bénéfices de tels programmes engagée. Que ce soit en Amérique du Nord, (4, 5, 7, 9, 13, 15) ou en Europe, en Grande Bretagne (3) et en Pologne (16) les résultats des travaux visant à mesurer l’impact de l’hypodermose sur la croissance des bovins confirmaient ceux menés en France par Tapernoux, Magat et Faure (17). Ces auteurs ont démontré notamment que des broutards charolais infestés par 3 à 57 varrons ( Fig.1 ) accusaient un retard atteignant de 15 à 20 kilos par bovin, par rapport à des animaux indemnes d’hypodermose, élevés dans les mêmes conditions, ayant le même âge et le même poids 6 mois auparavant. Plus récemment, les études menées en Amérique du Nord, par un groupe d’économistes et de biologistes, aboutissaient à des résultats équivalents (11). Rappelons que le premier programme de contrôle de l’hypodermose a été initié dès 1899, par les éleveurs Danois conscients des pertes engendrées par cette maladie. Les productions laitières sont également touchées par l’hypodermose. Des travaux irlandais comparant des exploitations maintenues infestées ou traitées font état de baisses de production de lait due à l’hypodermose, comprises entre 7.4% à 11.1%. (18). L’incidence sur les productions laitières est loin d’être négligeable et c’est à la demande des laitiers hollandais que s’est mis en place un plan de contrôle national de l’hypodermose dès 1948 (8). Hypodermose et qualité de la viande Les larves d’hypodermes en fin de migration dans le tissu sous cutané dorsal provoquent de longues traînées démateuses que les bouchers doivent éliminer, l’importance de ces réactions augmente avec le nombre de varrons. Rich (14) et Klein (10) estimaient que pour des infestations supérieures à 10 varrons la moyenne des pertes due à "l’épluchage des carcasses" était de l’ordre de 1.1kg/carcasse. ( Fig.2 ). Hypodermose et qualité des cuirs et peaux Bien que chacun des secteurs de la filière bovine puisse à lui seul justifier économiquement d’un contrôle de cette parasitose (le coût du traitement en 2000 revient de 6 à 30 francs par bovin, suivant le mode de traitement) c’est l’industrie du cuir et de la maroquinerie qui a subi les dépréciations les plus spectaculaires mais pas forcement les plus élevées financièrement ( Fig. 3 ). Outre les peaux détériorées par les trous de varrons, les peaux cicatrisées restent de qualité médiocres car elles sont rendues perméables au niveau des cicatrices de varrons En France, le centre technique du cuir a été le maître d’uvre du contrôle de l’hypodermose jusqu’en 1978.
Hypodermose et statut sanitaire . Les larves d’hypoderme secrètent des enzymes agissant sur différents facteurs participant au maintien de l’intégrité du système de défense de l’organisme des bovins (système du complément, prolifération des lymphocytes, expression des récepteurs lymphocytaires). Les larves d’hypodermes échappent ainsi, aux mécanismes de défense de l’hôte, au cours des 11 mois de leur évolution parasitaire. Ces enzymes affectent globalement les mécanismes de défense immunitaire et fragilisent l’animal en favorisant l’évolution d’autres pathologies (1,2). Hypodermose humaine Les cas d’hypodermose humaine sont devenus très rares en France depuis l’application du plan varron en 1988. Ce sont surtout les enfants qui présentaient cette pathologie au cours de l’automne. Chaque année 4 à 5 cas étaient déclarés. Les signes cliniques se traduisaient par des accès fébriles souvent une forte éosinophilie et un syndrome de Larva migrans . Ces patients étaient porteurs de larves infestantes d’hypoderme. Ils avaient contracté le parasite au printemps précédant en étant au contact avec des bovins sur lesquels des ufs d’hypoderme étaient en cours d’éclosion. Chez les humains, comme chez les bovins, ces larves ont un géotropisme négatif. Les larves d’hypoderme atteignent après quelques mois de migration, les épaules, la tête des patients et les localisations oculaires sont fréquentes (6) avec parfois pour conséquence la perte de l’il. Dans les cas d’hypodermose humaine ces larves n’évoluent qu’exceptionnellement au stade varron. Bien être de l’animal Bien que nous n’ayons pas de critères d’évaluation de la douleur provoquée par ces abcès dans le dos des bovins, leur attitude particulière, le dos "voussé", le grattage du dos sur les surfaces dures, suggèrent fortement que les varrons sont à l’origine d’irritations. Par ailleurs, il est tout a fait évident, que le pus qui s’écoule des abcès est attractif pour les mouches domestiques et les mouches des étables, autres agents de nuisances pour ces animaux.

