Identi'Terre (Charente-Maritime) : le choix de l'audace
25/02/2009
En seulement deux ans, Benoît Biteau a réalisé dans son exploitation un véritable travail d’aménagement du territoire citoyen et responsable. Amélioration du paysage, conservation de races animales menacées, production d’aliments bio, biodiversité, gestion de l’eau optimisée par l’abandon du maïs irrigué... Benoît s’est converti en agriculteur polyvalent, au service de la nature. Tour d’horizon sur le parcours de ce lauréat des premiers Trophées de l’Agriculture durable.

Benoît Biteau a 40 ans, et déjà une vie bien remplie. Père de cinq enfants et diplômé en Ingénierie des techniques agricoles, il a occupé des postes à responsabilité : ingénieur de développement à la coopération agricole, responsable technique dans la gestion de l’eau, directeur technique au Parc du Marais Poitevin, conservateur du patrimoine technique, scientifique et naturel...

Autant dire que Benoît dispose d’un bagage de connaissances riches et diversifiées, qu’il n’a pas manqué de mettre à profit lorsqu’il a repris les 180 hectares de son père, en mars 2007. Jusqu’alors, et depuis 1971, ces terres étaient cultivées en monoculture intensive de maïs irriguée. Bien trop irriguée, aux yeux de Benoît, et loin de ses convictions : “J’ai toujours milité, à travers ma vie associative et syndicale, pour le respect de la nature et de ses ressources” . Dès qu’il s’est installé, il s’est mis sur le chemin de l’agriculture durable.

 

Cela s’est traduit par une refonte totale de l’exploitation. D’abord en arrêtant la culture de maïs. Ce qui, d’entrée de jeu, a fait passer les prélèvements en eau de 290 000 m3 à 50 000 m3 (les ostréiculteurs de la Région, pour qui l’eau douce est indispensable en été, l’en remercient) ! Ensuite en convertissant toute l’exploitation en agriculture biologique : arrêt complet des engrais chimiques. Enfin en diversifiant totalement les productions. Des 180 hectares, Benoît en a confié 20 à son frère Jean-Jacques, en production viticole, et 4 à deux maraîchers, qui commercialisent leur production en circuit court. Le reste, Benoît le partage en polyculture (céréales, protéagineux, oléagineux et légumineuses), en élevage conservatoire multi-spécifique (bovins, caprins et équins à faibles effectifs), et en agroforesterie.

De la générosité et du bon sens

Deux ans après son installation, Benoît peut être fier de lui. “Ma première récompense, c’est quand je regarde autour de moi : mes sols sont en bonne santé, l’eau est de bonne qualité, la biodiversité se redéveloppe, et mes animaux sont beaux et heureux” , énumère-t-il. En bref, tous les équilibres naturels sont respectés... et la nature le lui rend bien.

Chez lui, tout s’imbrique, tout est logique, tout est pensé. Côté cultures, Benoît protège ses plantations des maladies et ravageurs en choisissant des variétés qui se complètent au cours des rotations, et dont l’alternance permet de casser le rythme des adventices. “Cette stratégie n’est autre que du bon sens ! Je n’ai rien inventé” , lâche Benoît, qui utilise un semoir de précision et une bineuse pour toutes les espèces cultivées.

 

Côté élevage, Benoît chouchoute une vingtaine de vaches Maraîchines robustes et rustiques ; une quarantaine de chèvres poitevines à la robe brune liserée de blanc - avec un rendement fromager du lait incomparable -, six juments poitevines mulassières, quatre baudets du Poitou et - croisement oblige - un mulet poitevin. Toutes ces races font l’objet de programmes de sauvegarde et de développement, dans lesquels Benoît est très impliqué.

À l’autre bout de l’exploitation, l’agriculteur a consacré 14 hectares à l’agroforesterie : un millier d’arbres - Cormiers, Alisiers, Noisetiers - sont espacés de 28 mètres pour permettre la mécanication. Outre l’intérêt paysager évident, le rendement d’une surface en agroforesterie serait meilleur que si l’on additionnait les rendements de chaque parcelle séparée. Benoît en fait l’expérience : il a consacré un bout de terre en foresterie simple. Affaire à suivre...

Voilà donc comment Benoît, après avoir muri son projet - audacieux - pendant vingt ans, a réalisé son rêve : apporter la preuve concrète qu’il est possible de gagner sa vie en produisant des aliments sains. “ Je suis d’ailleurs ravi de recevoir ce Trophée, car cela crédibilise ma démarche, qui n’est pas toujours bien comprise par la profession”.

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