Hubert Charuel, son Petit Paysan et ceux de demain
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© Sylvain Tallon / Min.Agri.Fr

Réalisateur du film Petit Paysan et fils d'éleveurs laitiers, Hubert Charuel est très attaché à son territoire, la Haute-Marne. En fin d'année, il a participé à une journée d'échanges dans un établissement d'enseignement agricole, près de Chaumont, en présence de 80 jeunes du lycée et de missions locales voisines, invités à s’exprimer autour de son film et du métier d’agriculteur. Une plongée au cœur des aspirations et inquiétudes de ces futurs agriculteurs, comme autant d'échos au parcours du réalisateur.

« Oui, je suis beaucoup sollicité, mais je trouvais ça normal de venir ici, en Haute-Marne : c'est l'endroit où j'ai grandi et c'est le milieu dont je parle ! », lance Hubert Charuel en s'engouffrant dans le bâtiment principal, pour s'abriter de la pluie. Souriant et volubile, il semble aussi à l'aise dans ces couloirs que derrière une caméra ou dans une salle de traite. Direction le self de la cantine pour une discussion à bâtons rompus autour d'une salade de carottes râpées : « C'est aussi une façon de remercier le territoire qui m'a aidé : sans le soutien de la région Grand Est, je n'aurais pas pu faire mon premier court-métrage. »

Dehors, la pluie continue de tomber et donne des allures de ville fantôme à l'établissement Edgard Pisani de Chamarandes-Choignes, qui accueille pourtant près de 300 élèves, de la 4e au BTSA. Changement d'ambiance dans la grande salle commune où les 80 jeunes, réunis en petits groupes de 8 à 10 élèves accompagnés d’un facilitateur, commencent à lister leurs aspirations. Chaque jeune exprime toutes les idées positives, motivations, attraits pour le métier d’agriculteur. Puis les élèves se regroupent et le débat s’engage pour retenir trois idées majeures qui seront présentées en plénière. Dans une deuxième étape, ils expriment leurs inquiétudes.

« Je trouve ça très intéressant de voir comment ils imaginent l'avenir », commente le réalisateur, qui se fait ici simple spectateur. Discret, il se mêle aux différents groupes, parle peu et écoute beaucoup. « Il n'était pas question de monopoliser la parole. À la base, je venais pour échanger avec eux et, peut-être, apporter quelque chose… Mais je me rends compte que c'est moi qui suis en train d'apprendre d'eux, sur ce qu'ils ont à dire du milieu d'où je viens. »

« L'amour pour les animaux, c'est ça qui domine »

Pendant 2h30, on y parle sans tabous amour des animaux, sentiment d'utilité publique, passion pour un métier d'avenir, beauté des paysages… mais aussi fatigue morale et physique, difficultés financières, risques climatiques et sanitaires... ou encore peur de décevoir sa famille. Autant de thématiques qui sont au cœur du film Petit Paysan, projeté un peu plus tôt, en préambule de cette journée. « C'est d'ailleurs la première chose que les spectateurs retiennent du film : "On ne se doutait pas qu'ils aimaient autant leurs animaux, que c'était des gens à ce point passionnés par leur métier" », raconte Hubert Charuel. Visiblement une évidence pour tous ces jeunes qui, émus par la justesse du film, ont été si timides lors du débat organisé à l'issue de la projection.

Ému, Hubert Charuel l'a aussi sans douté été par eux qui, pour beaucoup, s'apprêtent à embrasser la profession d'éleveur, comme ses parents. Une voie que lui a choisi de ne pas suivre, préférant le cinéma… et parler du monde rural, de la question de la transmission, à travers le prisme de la fiction. « En fait, la seule chose que j'ai envie de leur dire, c'est : n'ayez pas peur d'innover ! Que vous héritiez d'une ferme ou que vous en achetiez une, il ne faut pas hésiter à en faire autre chose que ce que vous avez toujours connu », conclue-t-il avant de reprendre la route pour le centre-ville de Chaumont, où une autre projection l'attend le soir-même. Tiens, on ne s'en était même pas rendu compte, il s'est enfin arrêté de pleuvoir.

L'événement « La Parole aux jeunes : quelles visions du métier d’agriculteur ? » était organisé par des agents du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Référencé lors de la Semaine de l’innovation publique, il faisait écho aux États généraux de l’alimentation et, en particulier, à la question de l'attractivité des métiers de l'agriculture (atelier n°13).

 

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