Les ducs de VILLEROY

(1735-1768)

Le nouveau propriétaire de la maison Desmares était un des plus grands seigneurs de la Cour. Issue d'un Secrétaire des finances de Louis XII, la maison de Neufville avait donné un premier maréchal de France qui fut nommé gouverneur de Louis XIV en 1646 et créé duc de Villeroy en 1651. Celui-ci eut pour fils le maréchal de Villeroy auquel ses défaites n'enlevèrent pas la faveur du roi-soleil ; institué gouverneur de Louis XV, il fut pour ce prince un déplorable éducateur et mourut en 1730.

François-Louis était le petit fils de ce dernier. Riche de trois cent mille livres de rente, duc de Villeroy, de Retz et de Beaupréau, pair de France, gouverneur de la ville de Lyon, ainsi que des provinces du Lyonnais, Forez et Beaujolais, brigadier des armées du roi, capitaine de la première compagnie des gardes du corps de S.M. et bientôt chevalier du Saint-Esprit, il occupait donc à Versailles une situation fort en vue.

Si le duc de Villeroy n'avait pas d'enfant, son frère, titré duc d'Alincourt, était mort en 1732, laissant, de son mariage avec Marie-Josèphe de Boufflers, fille du maréchal, un fils prénommé Gabriel ; la maison de Villeroy continuerait donc.

D'après l' Almanach Royal de 1736, ce fut au cours de cette année que le duc, ayant indemnisé lord Waldegrave, prit pos-session de son hôtel. Le 29 décembre, il

 

en augmentait les dépendances vers la gauche achetant un terrain de 592 toises (22 ares environ) ; l'étendue totale de sa propriété se trouvait portée à soixante-six ares.
L'enfant qu'on nommait le marquis de Villeroy fut élevé, jusqu'à l'âge de huit ans, par sa mère la duchesse d'Alincourt ; celle-ci étant morte, en 1738, "d'une fièvre maligne", le duc de Villeroy prit en main l'éducation de son neveu et héritier.

En cette demeure qu'aucune femme n'animait, les réceptions étaient rares. Le duc y accueillait ceux de ses proches qui s'intéressaient à l'enfant devenu si vite orphelin, et principalement sa soeur, la délicieuse duchesse de Boufflers, sur laquelle on chantait à Versailles ces trop justes petits vers :

Quand Boufflers parut à la Cour
On crut voir la mère d'Amour :
Chacun s'empressait à lui plaire,
Et chacun...


Mais devenue veuve en 1747 du duc de Boufflers, la soeur de M. de Villeroy renonça aux galantes aventures et devint la digne épouse du maréchal de Montmorency - Luxem-bourg, la protectrice de Jean-Jacques Rousseau, la reine d'un des lus célèbres salons littérai-
res du XVIIIème siècle.