Histoire de l'agriculture - Le bas Moyen Âge
Les nouvelles techniques



Aux environs de l'an mil, deux inventions relatives au cheval vont modifier sinon bouleverser la vie économique, sociale et politique :

- l'étrier qui permet une meilleure assise du cavalier sur le cheval et l'emploi de la lance et du sabre . L'art de la guerre va changer par la constitution d'une cavalerie de choc qui servira durant les Croisades et aussi les combats inter-féodaux, les tournois, etc.

- le collier d'épaule perfectionné peu à peu en harnais, permettant l'utilisation du cheval comme animal de trait pour l'agriculture et les transports. Sa puissance équivaut alors à celle des bovins et son efficacité est plus grande car sa vitesse est double et il est plus nerveux.

Cependant la mutation ne se fera que très lentement et le buf restera longtemps l'animal de labour par excellence et le cheval attelé à la herse.



Durant toute cette période, l'outillage agricole s'améliore et se diversifie.

L'araire reste l'instrument de labour privilégié du Midi mais on réutilise le fer pour durcir le soc tandis qu'au Nord la charrue, déjà connue, se complexifie avec le coutre, le versoir et y est généralement adoptée à la fin du XIème siècle.

Les jougs des bovins deviennent plus efficaces, les herses sont en fer dès le XIIème siècle, ainsi que la faucille pour la moisson et la faux pour la fenaison.

L'artisanat rural progresse avec le travail du fer et crée les nouveaux métiers de ferronnerie : maréchal-ferrant, charron, bourrelier.

Le fléau sert au battage des céréales et les houes, bêches deviennent plus solides et plus efficaces car leur tranchant est renforcé par une ferrure.



Conjointement, les techniques de culture se modifient :

Les façons culturales se perfectionnent en remplaçant, du moins dans le Nord, les deux labours croisés à l'araire par trois labours à la charrue dans le même sens, le troisième étant peu profond pour garder le fumier, suivi de hersage et de binage.

Progressivement, on retrouve les pratiques fertilisantes romaines comme le marnage des terres acides, le chaulage en Picardie, la vase et le goémon sur les côtes.

La pratique des assolements triennaux sauvegardée dans les grandes villas et du moins en théorie dans les domaines religieux, se répand : blés d'hiver (bons blés ou hivernois) en première sole, blés de printemps (gros blés ou trémois) qui sont des céréales secondaires ou des légumineuses comme les lentilles, pois, fèves en deuxième sole puis une jachère.

Ce qui conduit au paysage rural classique des champs ouverts ou
"openfield" typique du Nord et Nord-Est de la France, par l'abandon des clôtures et la pratique de la vaine pâture pour le troupeau communal gardé par un berger sur les terres en jachère et aussi sur les terres cultivées laissant les chaumes entre les récoltes et les semailles : le grain est au propriétaire mais la tige est à la communauté (droit d'éteule) et c'est pourquoi la faucille est réservée à la moisson et la faux à la fenaison.

De cette époque date le découpage si typique et si particulier de la France en trois zones à structures agraires différentes, qui se perpétuera jusqu'au milieu du XXème siècle.

Au Nord, la
"civilisation" de l'openfield et de la charrue, à assolement triennal, aux champs découpés en lanières parallèles étroites et très longues afin d'éviter le demi-tour trop fréquent de la charrue et l'empiètement sur les autres parcelles. Ce système rigoureux implique la participation collective sous peine de sanction et entraîne un lien extrêmement fort entre tous les membres de la communauté.

Au Sud, la
"civilisation" du Midi et de l'araire, à assolement biennal, à champs ouverts et irréguliers, de forme massive, c'est-à-dire rectangulaires ou trapézoïdaux, car l'araire est légère et le retour au sillon suivant facile.

A l'Ouest, la
"civilisation" du bocage à champs clos entourés de haies, avec une forte densité de prairies.



Les moulins à eau, déjà cités à propos du Polyptyque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, se répandent et libèrent des tâches pénibles et accaparantes.

Elles sont la source de profits supplémentaires pour leurs possesseurs par l'obligation faite d'apporter leur grain à moudre à tous les tenanciers contre redevance.

De retour des Croisades, les chevaliers importent la technique des moulins à vent orientaux, qui commencent à proliférer dans le Midi.

Il s'agit alors d'une petite
"révolution industrielle" consécutive à l'introduction de ces nouvelles techniques, conduisant à une amélioration du travail de la terre, à une hausse des rendements agricoles, une production accrue et une meilleure alimentation humaine.

 


Sources :

© Texte de Michel Guy pour Pages d'Histoire , L'Agriculture au fil du temps