Grand Est : une région transfrontalière à multiples visages
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr

Diversité des paysages, des productions agricoles, richesse des dynamiques transfrontalières, complémentarité des terroirs locaux avec des industries de notoriété mondiale, recherche d’équilibre entre activités humaines et expression de la biodiversité, mais surtout engagement des femmes et des hommes... présentation des multiples visages de la région Grand Est.

Poids lourd de la production céréalière en Europe, mais aussi pour ses industries agroalimentaires, voilà l’un des visages de la région Grand Est, vu de la plaine champenoise ou alsacienne.

Petite montée en altitude : depuis la montagne de Reims ou les collines sous-vosgiennes, des vignes à perte de vue forgent les 7 cépages alsaciens et ce vin pétillant mondialement reconnus, pour 1/3 des salariés agricoles régionaux. De manière plus confidentielle, quelques espèces d’arbres fruitiers y marquent la personnalité du territoire : mirabelles et quetsches notamment.

L’ascension n’est pas terminée, prenons ce chemin à travers forêts et prairies : nous nous trouvons maintenant sur le massif vosgien (culminant à 1 424 m) planté d’une ressource abondante de bois certifié et issu de forêts majoritairement publiques, engendrant une création de 47 000 emplois en secteur forêt bois et un décloisonnement des espaces de montagne.

Quant à la présence des prairies, elles permettent le maintien d’un équilibre entre milieux naturels d’exception (2 parcs naturels régionaux), terroir et tissu économique : chèvres de Lorraine et vaches vosgiennes peuvent y être rencontrées et le très reconnu munster y être dégusté.

Enfin, vu des sommets, on peut apercevoir toutes ces vallées (Moselle sauvage, lacs et étangs de Champagne-Ardenne, « rieds » alsaciens) préservées en herbe et réservoirs de biodiversité grâce à la présence des élevages bovins ou caprins (785 000 hectares de surfaces toujours en herbe) et à la contractualisation de mesures agro-environnementales (préservation des habitats et espèces d’intérêt communautaire : Milan royal, Râles du genêts, papillons, etc.).

Et si on regardait plus à l’est que le Grand Est ? Quatre frontières européennes se dessinent, et autant de partenariats et d’échanges à nouer, au travers notamment des instances de la Grande Région et de la Conférence du Rhin Supérieur avec lesquelles se montent des projets dits Inter-reg, financés au niveau européen : bien-être et santé animale, compétitivité ou bien formation (43 établissements sont concernés pour la région).

Un produit, un lycée agricole, une forêt, un événement, une initiative...

Retrouvez ci-dessous les spécificités de la région avec, au choix :

La saveur douce et sucrée du lentillon de Champagne

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© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr

Autrefois présent dans les cultures champenoises, le lentillon de Champagne est un de ces légumes oubliés qui reviennent au goût du jour. Grâce à sa saveur douce et sucrée, qui lui vient de la nature du sol calcaire, il entre dans la composition de recettes élaborées par les chefs de restaurants parmi les plus renommés de la région.

Le musée du Louvre en possèderait trois exemplaires non cuits, provenant de tombeaux égyptiens. Ils sont très proches de la variété cultivée dans le nord et l’est de la France, dénomée « Lentille rouge », « Lentillon », « Lentille de la reine » ou « Lentille de printemps ».

Sa production a été relancée par un agriculteur qui, dans les années 80, a découvert quelques sacs de ces précieuses graines dans un grenier. Ne nécessitant pas ou peu d'intrants, il se sème en octobre en association avec du seigle, qui lui sert de tuteur. Il est récolté avec le seigle fin juillet, avec un rendement moyen de 1 t/ha. Une CUMA a été créée en 2012 afin de réaliser le triage de la production : elle compte aujourd’hui 9 adhérents, tous en agriculture biologique pour tout ou partie de leur exploitation.

La question des circuits de commercialisation du lentillon et d’obtention d’une indication géographique protégée est aujourd’hui en réflexion. Souhaitons qu’elles contribuent à la prospérité de cette légumineuse.

Le Pôle d'Enseignement Edgard Pisani fête ses 50 ans

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© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr
Le lycée agricole fêtait ses 50 ans d'existence les 20 et 21 avril 2018 à Chaumont Choignes en Haute Marne.
Homme politique engagé et visionnaire, ancien ministre de l'Agriculture (1961-1966), Edgar Pisani est à l'initiative de l'établissement agricole en 1967. Il lui a par la suite donné son nom.
Dès sa première rentrée, ce lycée agricole de la Haute-Marne accueille 106 élèves dans deux classes de 4e et deux classes de seconde, complétées par la suite par les classes de 3e, baccalauréat D et BTA. Il se spécialise dans les productions animales avec le BTSA Productions Animales en 1984, puis la filière vente en animalerie en 2000. Il offre la possibilité aux étudiants de BTSA de préparer un BP JEPS Activités Equestres. En 2018, 270 élèves et 70 apprentis sont accueillis par le lycée qui jouit d'une très bonne réputation avec son taux de réussite de 95,8% en 2017.

Sur le même site, en 1970, naît l'exploitation agricole du lycée « la Ferme des Antes »m sur 220 hectares issues de terres défrichées grâce au travail des élèves. Elle comporte un troupeau, renommé dans le Grand Est, de 110 vaches reproductrices Limousines inscrites au Herd book complété d'une troupe de 200 brebis Ile-de-France et quelques chevaux Ardennais.
Acteur de la sélection animale, la ferme est membre du GIEE APAB (Agriculture Porteuse d'Avenir dans le Barrois) qui agit pour des systèmes basés sur l'agriculture de conservation. Des projets pédagogiques innovants comme PEPIETA, enseigner la transition agroécologique, montrent le dynamisme des équipes enseignantes et fait de l'exploitation un outil pour la réussite des jeunes.

La forêt domaniale de Haye, un poumon vert pour Nancy

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© DRAAF Grand Est
Fréquentée par 1,5 million de visiteurs, venus pour ses loisirs, ses larges allées pédestres, cyclables ou équines, la forêt domaniale de Haye, sur 6 400 hectares de hêtraie majoritaire, constitue un véritable poumon vert pour les habitants de Nancy. Mais pas que… Qu’y a-t-il à l’ombre du feuillage ?

  • une forêt historique : elle conserve les traces d'anciennes exploitations de fer et d’un vaste parcellaire gallo-romain ;
  • une forêt pédagogique : longtemps « forêt école » de l’école forestière de Nancy, elle abrite les plus vieilles placettes d’études sur la sylviculture (1882) ;
  • une forêt expérimentale : le tiers de la forêt, ravagé par la tempête Lothar en 1999, a été reconstitué en intégrant la stabilité des peuplements face aux aléas climatiques. C’est ici qu’a été créée une réserve biologique intégrale dédiée à la conservation et à l'étude de la dynamique naturelle. Le projet « Des hommes et des arbres, les racines de demain » vient renforcer cette démarche : Il est lauréat de l'appel à manifestation d'intérêt de l’action « Territoires d’innovation de grande ambition (TIGA) » du Programme d’investissements d’avenir, porté par la Métropole du Grand Nancy et la Communauté de Communes d'Epinal, alliant haut niveau d’innovation et écosystème territorial ;
  • une forêt d’exploitation : un tiers des peuplements est concerné par les coupes. La révision du plan de gestion sur 20 ans débutera d'ici quelques mois ;
  • une forêt péri-urbaine : la forêt vient d'obtenir son classement en forêt de protection contre les pressions de l’urbanisation.

La coopération transfrontalière, un atout pour le secteur agricole du Grand Est

En Grand Est, les acteurs du monde agricole et forestier, des organisations professionnelles et filières aux administrations, en passant par les ONG et les établissements de formation, travaillent étroitement avec les pays transfrontaliers sur des questions concrètes comme celles des différentiels de compétitivité, de formation des jeunes, de transformation des systèmes de production.

Comment sont mises en œuvre les directives européennes « nitrates » ou « pesticides » dans les pays voisins ? Quels sont les effets frontières de la mise en œuvre de la PAC ? Comment amener des jeunes français à se former en apprentissage dans une entreprise allemande ? Quelle offre de formation pour les professionnels agricoles dans le Rhin supérieur ? Quelles adaptations des bâtiments et pratiques d’élevage peuvent être diffusées entre Suisse, Allemagne et France pour améliorer le bien-être animal ?

Autant de questions qui sont traitées lors de colloques organisés par la Conférence du Rhin supérieur (Allemagne, Suisse, France), la Grande Région Transfrontalière (qui associe Luxembourg, Belgique, Allemagne et France) ou à travers des projets Interreg.

La région Grand Est en chiffres

  • 45 800 exploitations agricoles, SAU de 3,06 millions d’hectares ;
  • environ 100 000 actifs permanents en exploitations agricoles ;
  • 1,9 million d’hectares de forêt (35 % du territoire) ;
  • 9 350 élèves et 3 100 apprentis en enseignement agricole ;
  • 10 départements pour 10 millions de tonnes de céréales produites : 1er rang des régions céréalières françaises.

Retrouvez le site de la Direction régionale de la région Grand Est