Glyphosate : les réponses de Stéphane Travert à l'Assemblée nationale
Au lendemain du vote de l'Union européenne pour le renouvellement du Glyphosate pour 5 ans, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation a répondu aux questions des parlementaires sur ce sujet à l'Assemblée nationale.

Réponse à Mme Élisabeth Toutut-Picard, députée de Haute-Garonne

Madame la députée,

Je vous remercie pour cette question et pour votre mobilisation à la présidence de la mission d’information commune sur les produits phytopharmaceutiques.

Ce sujet du glyphosate est une parfaite illustration des tensions qui peuvent exister entre le possible et le souhaitable.

La Commission a clairement cherché un « possible » : vous le savez, elle devait dégager une majorité qualifiée au sein des 28 États membres de l’Union sur l’utilisation du glyphosate dans les prochaines années. Cette majorité qualifiée, elle l’a trouvée hier sur une durée de renouvellement de cinq ans.

C’est beaucoup mieux que les dix ans envisagés initialement. Mais ce « possible là » ne règle pas 2 sujets cruciaux :

  • il n’assure pas une sortie automatique du glyphosate à la fin de la période ;
  • il ne prévoit aucune restriction d’usage permettant de préparer progressivement cette sortie.

Le président de la République a défini hier soir le « souhaitable », et c’est son rôle : sortir le plus vite possible du glyphosate, sans laisser les agriculteurs sans solution. Il a fixé pour ce faire une échéance à trois ans.

Cette tension entre le possible et le souhaitable, c’est exactement le moteur des États Généraux de l’Alimentation : partager les diagnostics, identifier les contraintes, co-construire les solutions, avec un engagement de tous les acteurs dans l’action.

Aujourd’hui, le Gouvernement est au travail. Nicolas Hulot, Agnès Buzyn, Frédérique Vidal et moi avons demandé à l’Inra d’analyser la situation filière par filière. Les acteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire sont aussi mobilisés dans le cadre de l’élaboration de plans de filière. Il nous appartient, collectivement, de rendre possible le souhaitable, avec ambition et pragmatisme.

Réponse à M. Jérôme Nury, député de l'Orne

Monsieur le député, je vous remercie pour cette question, sur un sujet sensible et important.

Hier, 18 États membres de l’Union européenne ont voté favorablement sur un renouvellement pour cinq ans de l’autorisation d’utilisation du glyphosate. La France a voté contre. Dans la soirée, le président de la République a précisé le cap pour la France : sortir du glyphosate « dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans trois ans ». Il y aurait sur-transposition si nous restions inactifs pendant trois ans, en attendant le couperet de l’échéance. Ce n’est évidemment pas ce que souhaite le Président.

Ce qui est attendu du Gouvernement, c’est qu’il mobilise tous les acteurs pour avancer ensemble vers la sortie du glyphosate :

  • les chercheurs, pour trouver des alternatives – l’Inra y travaille déjà ;
  • les services de l’État, pour réfléchir à des restrictions d’usage efficaces et rapidement opérationnelles ;
  • les producteurs, sans lesquels rien ne sera possible et dont les contraintes doivent être pleinement prises en compte dans la construction des solutions ;
  • mais aussi les experts sanitaires car il est indispensable de sortir des divergences entre l’OMS et les agences européennes sur la dangerosité réelle du glyphosate.

C’est au vu de tout cela et du chemin qui aura été parcouru d’ici trois ans que l’on saura s’il y a sur-transposition ou pas en France. Prenons deux hypothèses :

  • si tous les experts convergent pour reconnaître une dangerosité extrême au glyphosate, l’Union européenne sera sans doute sensible aux enjeux de santé publique ;
  • si les utilisateurs ont réussi à réduire drastiquement leur consommation de glyphosate mais butent sur un usage donné, la situation d’ensemble en France méritera d’être réévaluée.

Vous le voyez, il est trop tôt pour savoir où nous en serons dans trois ans. Pour l’heure, nous devons faire tous nos meilleurs efforts pour progresser dans tous les domaines avant l’échéance fixée par le Président de la République.

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